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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201528

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201528

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2022 M. C A, représenté par Me Granier, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 22-0973 du 16 mai 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de trois ans et fixe son pays de renvoi ;

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la CESDH ; il est depuis treize ans en France et y a constitué l'essentiel de sa vie privée et familiale ;

Sur l'interdiction de retour :

- la motivation est insuffisante ; le préfet n'a pas motivé sa décision de ne pas faire application des circonstances humanitaires ;

-il est fondé à exciper de l'illégalité de l'OQTF.

Le préfet des Alpes-Maritimes a conclu au rejet de la requête par un mémoire reçu le 6 juillet 2022. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mai 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Granier, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 8 avril 1984 à La Goulette, de nationalité tunisienne, demande l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022 du préfet des Alpes-Maritimes l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retourner sur le territoire français pendant trois ans.

2. Par arrêté du 19 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D, adjointe au chef de bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, a reçu délégation à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les décisions attaquées. Le moyen d'incompétence ne peut être qu'écarté.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, s'agissant notamment de sa vie privée et familiale.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. La décision d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel : " I. ' L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ". Le requérant, qui a bénéficié d'un titre de séjour ayant expiré le 24 juillet 2017 et qui n'a pas entamé de démarches en vue de renouveler son droit au séjour en France, et dont l'enfant vit en Tunisie, n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; pour les mêmes motifs la décision n'est pas prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères cités à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires justifieraient qu'il ne soit pas prononcé d'interdiction de retour et le requérant ne fait pas état de telles circonstances. La décision n'est dès lors pas dans son principe entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. S'agissant de la durée de l'interdiction, fixée en l'espèce à trois années, elle est justifiée par les éléments rappelés au point 4, ainsi que par la soustraction à l'exécution d'une mesure d'éloignement en date du 29 octobre 2020. Ainsi, eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressé, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision attaquée, laquelle ne revêt pas un caractère disproportionné et n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 mai 2022 du préfet des Alpes-Maritimes. Sa requête doit par suite être rejetée, y compris ses conclusions à fins de mise à la charge de l'État des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Granier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. B La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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