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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201610

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201610

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, M. E A, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature ;

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé et a été pris en l'absence d'examen réel et complet de sa situation personnelle, le préfet s'étant estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car le défaut de prise en charge médicale de sa maladie l'expose à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et car il n'y a pas en Guinée de traitement approprié à sa situation médicale ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, car il poursuit ses études et pratique le bénévolat, de sorte qu'il est particulièrement intégré sur le territoire ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est a été prise en l'absence d'examen réel et complet de sa situation personnelle au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et des libertés fondamentales dès lors que son retour en Guinée occasionnera des risques pour sa sécurité et sa vie.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, né le 2 janvier 1988 à Telimele en Guinée, est entré irrégulièrement en France le 3 février 2019. Par une décision du 21 septembre 2020, l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile. Par une décision du 1er décembre 2020, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté son recours contre la décision précitée de l'OFPRA. Le 26 mai 2021, M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 8 juin 2021, la préfète du Gard a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 12 juillet 2021, la préfète du Gard a toutefois retiré cette décision pour prendre un nouvel arrêté rejetant la demande initiale de M. A le 1er mars 2022. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre et l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme B D, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture du Gard, qui a reçu délégation de la préfète du Gard par arrêté du 3 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. L'arrêté en litige mentionne la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses articles L. 425-9, L. 612-1 et L. 721-4. Il précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale du requérant, fait état de l'avis défavorable du collège de médecins de l'OFII rendu le 24 janvier 2022. En outre, il ne ressort ni de la lecture de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Gard se serait crue liée par l'avis en cause dont elle s'est approprié les termes et le sens. Par ailleurs, cet arrêté souligne que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les décisions attaquées comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui ont ainsi permis au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait pourra être écarté. Il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que la préfète du Gard n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation personnelle de M. A et plus particulièrement de sa situation médicale. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article L. 611-3 du même code dispose : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 24 janvier 2022, que si l'état de santé de M. A, qui souffre d'une Hépatite B, nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, l'avis précise que l'état de santé de l'intéressé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Les deux certificats médicaux produits par l'intéressé émanant d'un médecin généraliste assurant son suivi et d'un médecin de l'agence régionale de santé, qui évoquent la nécessité d'un traitement sur le territoire français, ne sont pas, à eux seuls, suffisants pour contredire l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII corroboré par les éléments probants versés au débat par la préfète du Gard quant à la possibilité, pour le requérant, de bénéficier effectivement d'une offre de soins et d'un traitement approprié relatif à la prise en charge de l'hépatite B en Guinée. Dans ces conditions, la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui refusant un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du CESEDA.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire et sans charge de famille, déclare être entré en France au mois de février 2019 en vue d'y poursuivre des études supérieures. Après avoir obtenu à l'issue de l'année universitaire 2020/2021, un master en sciences humaines et sociales mention sociologie à l'Université de Montpellier, il s'est inscrit en Licence de droit à l'université Nîmes au titre de l'année 2021/2022 et a suivi des cours de langue et civilisation française du 28 juin au 26 juillet de la même année. Toutefois, le séjour en France de M. A n'a été permis qu'à raison de la présentation d'une demande d'asile ayant finalement fait l'objet de décisions de rejet prises par l'OFPRA le 21 septembre 2020, confirmée par la CNDA le 1er décembre 2021. Pour établir la réalité de son intégration dans la société française, le requérant produit des documents attestant de l'évolution progressive de ses études, de sa persévérance et de son assiduité. Cependant, sous réserve de ses missions de bénévolat dans une association, il n'établit pas avoir développé en France un réseau social particulièrement dense ou y avoir noué des relations d'une particulière intensité. En outre, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas se réinsérer socialement en Guinée, pays où il a vécu une majeure partie de sa vie et où résident certains membres de sa famille. Dans ces conditions, la préfète n'a pas, en prenant la décision en litige, porté une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de tout ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas davantage fondé à invoquer, par la voie de l'exception contre la décision fixant le pays de destination, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

11. M. A, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA et par une décision de la CNDA, soutient être exposé en cas de retour en Guinée à un risque grave pour sa sécurité et sa vie du fait de son engagement politique. Toutefois, les pièces qu'il verse au dossier ne sont pas de nature à établir qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux d'atteinte à sa liberté ou son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, la préfète du Gard n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 et les dispositions précitées.

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Gard n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation du requérant au regard des stipulations et dispositions évoquées aux points précédents.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 2022 où siégeaient :

M. Antolini, président,

M. C, magistrat honoraire.

Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2020.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

J. ANTOLINILe greffier,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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