mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2201704 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ROUAULT |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 mai, 18 août et 19 septembre 2022, M. D G et Mme B F épouse G, représentés par Me Néant, doivent être regardés comme demandant au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler le permis de construire tacitement accordé, daté du 12 octobre 2022 révélé par le certificat daté du 14 mars 2022, délivré par le maire de Nîmes à M. A E pour la construction d'une maison individuelle d'habitation et le permis de construire modificatif du 30 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge de M. E la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête n'est pas tardive compte tenu de l'irrégularité de l'affichage du permis de construire en litige ;
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- le permis de construire tacite n'a pas fait l'objet d'une publicité en mairie lors de sa délivrance ;
- il méconnait l'article Nh 2 du règlement du plan local d'urbanisme qui prohibe toute nouvelle construction de maison individuelle ;
- la confirmation formulée par le pétitionnaire sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme est tardive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, la commune de Nîmes, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt pour agir faute de démonstration d'une atteinte aux conditions d'utilisation ou d'occupation du bien des requérants, séparé du projet de construction par plusieurs autres constructions ;
- le recours en annulation est tardif compte tenu de l'affichage immédiat sur site du certificat de permis tacite délivré le 14 mars 2022 et de l'absence de preuve de ce que cet affichage n'aurait pas été continu ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, M. A E, représenté par Me Rouault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir contre le certificat du 14 mars 2022 qui ne fait que constater l'existence d'un permis de construire tacite ne faisant pas grief aux tiers ;
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.
II - Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 décembre 2022, 3 et 28 mai 2024, M. D G et Mme B F épouse G, représentés par Me Néant, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2022 par lequel le maire de Nîmes a délivré un permis de construire modificatif à M. A E ;
2°) de mettre à la charge de M. E la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- l'arrêté méconnait les dispositions des articles Nh1 et Nh2 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2024, la commune de Nîmes, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- la requête est irrecevable en l'absence de contestation de ce permis de construire modificatif dans le cadre de l'instance relative au permis de construire initial ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mars et 28 mai 2024, M. A E, représenté par Me Rouault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hoenen,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Néant, représentant les requérants, celles de M. C, représentant la commune de Nîmes et de celles Me Soulier, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E a déposé, le 17 mars 2017, une demande de permis de construire pour la construction d'une maison à usage d'habitation, sur un terrain situé 295 impasse de la grotte, sur le territoire de la commune de Nîmes, et classé en zone Nh du plan local d'urbanisme communal. Par un arrêté du 25 avril 2017, le maire a sursis à statuer sur cette demande pour une période de deux ans. Le tribunal administratif de Nîmes a prononcé l'annulation de cet arrêté par jugement du 13 mars 2018. Par un arrêt du 15 juillet 2020, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé ce jugement. Par deux courriers des 5 août 2020 et 4 janvier 2021, M. E a confirmé sa demande de permis de construire auprès des services de la commune et sollicité la délivrance d'un certificat constatant l'existence d'un permis de construire tacite. Le maire de la commune de Nîmes a délivré le certificat de permis de construire tacite le 14 mars 2022. Le 30 juin 2022, M. E a sollicité un permis de construire modificatif visant à modifier l'implantation de la construction. Par arrêté du 6 octobre 2022, le maire a délivré le permis modificatif. Par les deux requêtes distinctes susvisées, enregistrées sous les nos 2201704 et 2203773, M. et Mme G demandent l'annulation respectivement de ce permis initial et de son modificatif.
Sur la jonction :
2. Les deux requêtes susvisées qui sont dirigées contre les permis initial et modificatif délivrés à M. E pour le même projet de construction présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense concernant la requête n° 2201704 :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, le recours formé contre une décision administrative doit être présenté dans le délai de deux mois à compter de sa notification ou de sa publication. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". L'article R. 424-15 du même code dispose que : " Mention du permis () tacite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, () dès la date à laquelle le permis tacite () est acquis et pendant toute la durée du chantier ". Aux termes de l'article A. 424-17 de ce code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : "Droit de recours : Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme)." Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme) ".
4. Il résulte des dispositions précitées que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'une voie privée ouverte à la circulation du public. Lorsque le terrain d'assiette n'est pas desservi par une telle voie et que l'affichage sur le terrain ne pourrait, dès lors, satisfaire à cette exigence, seul un affichage sur un panneau placé en bordure de la voie publique ou de la voie privée ouverte à la circulation du public la plus proche du terrain fait courir le délai de recours contentieux à l'égard des tiers autres que les voisins qui empruntent la voie desservant le terrain pour leurs besoins propres.
5. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Nîmes a attesté, par certificat du 14 mars 2022, de l'existence d'un permis de construire tacite né le 12 octobre 2020 au bénéfice de M. E. Suite à la naissance de ce permis de construire tacite, M. E a fait établir par un constat d'huissier de justice qui est intervenu à trois reprises, les 11 février, 11 mars et 12 avril 2021 l'affichage sur sa parcelle, terrain d'assiette du projet en litige, du panneau faisant mention de ce permis de construire tacite. Le procès-verbal de constat de l'huissier précise que le panneau " est visible de la voie publique " et qu'il " indique de façon très lisible les informations nécessaires ". Cet affichage comportait donc l'ensemble des mentions exigées par la réglementation en vigueur, en dépit d'une erreur sur la date de délivrance du permis de construire tacite laquelle demeure sans incidence sur la régularité de l'affichage en l'état de la présence d'autres mentions permettant de remédier à cette omission. Les requérants n'apportent aucune preuve quant au non-respect de la durée de cet affichage, de sorte qu'en application des dispositions précitées, le délai de recours a commencé à courir à compter du 11 février 2021. Ainsi la requête introduite par les requérants, enregistrée au greffe du tribunal de céans le 24 mai 2022, a été introduite postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux et est, par suite, irrecevable.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense concernant la requête n° 2203773 :
6. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient dans tous les cas au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction ou, lorsque le contentieux porte sur un permis de construire modificatif, des modifications apportées au projet.
8. Il ressort du titre de propriété produit par les requérants qu'ils sont propriétaires de la parcelle cadastrée section CA n° 350, sise 206, impasse Puech du Buis, à Nîmes, voisins immédiats de la parcelle cadastrée section CA n° 1298, terrain d'assiette du projet. Comme il a été précisé au point 5, les requérants ont contesté tardivement le permis initial, devenu ainsi définitif et leur intérêt à agir contre le permis modificatif ne peut être apprécié qu'au regard de la portée des modifications que celui-ci, délivré le 6 octobre 2022, apportait au projet de construction initialement autorisé. Il ressort des pièces du dossier que le permis modificatif porte sur une modification de l'implantation de la construction portant l'éloignement de cette dernière de 18,50 mètres à 21,50 mètres par rapport à la limite séparative de la parcelle des requérants et un glissement d'un mètre vers la parcelle Est. Les requérants se prévalent d'un préjudice d'intimité ainsi que du risque de nuisances sonores. Toutefois M. et Mme G ne justifient pas que cette modification, qui conduit à éloigner l'habitation de leur parcelle, serait de nature à créer un préjudice différent que celui né de l'autorisation initialement accordée. Enfin ils ne peuvent utilement se prévaloir des éventuelles nuisances engendrées par les travaux de construction. Dans ces conditions, les modifications ne créées pas de nouvelles atteintes à la jouissance du bien qui préexistait. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par la défense tirée du défaut d'intérêt pour agir doit être accueillie et la requête, irrecevable, doit être rejetée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes enregistrées sous les nos 2201704 et 2203773, doivent être rejetée comme irrecevables.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. E, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge des requérants une somme de 1 200 euros à verser à M. E au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M.et Mme G enregistrées sous les n° 2201704 et n° 2203773 sont rejetées.
Article 2 : Les requérants verseront la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D G et Mme B F épouse G, à la commune de Nîmes et à M. A E.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Lahmar, conseillère,
Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
A-S. HOENEN
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2203773
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026