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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2201735

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2201735

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2201735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDEBUICHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 1er juin, 1er juillet, 15 juillet et 31 août 2022, Mme C, épouse D, représentée par Me Debuiche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022, par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour a été signé par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 423-23 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile et viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il viole l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la préfète a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la décision en litige l'obligeant à quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant refus de titre de séjour ; la préfète du Gard a commis une erreur de droit ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Debuiche, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 7 décembre 1995 en Albanie, est entrée en France en 2019. Le 2 avril 2021, elle a sollicité son admission au séjour au titre de la " vie privée et familiale ". Par une décision du 2 mai 2022, la préfète du Gard a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté en litige a été signé par M. Fréderic Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard, qui a reçu délégation de signature par arrêté de la préfète du Gard du 3 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

4. D'une part, la Convention ne garantit aucun droit pour un étranger d'entrer ou de s'installer sur le territoire d'un pays déterminé. En matière d'immigration, ni l'article 8 ni aucune autre disposition de la Convention ne peuvent s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur résidence commune et de permettre le regroupement familial sur son territoire. Toutefois, si l'article 8 ne reconnaît pas aux étrangers le droit de s'installer dans un pays ou d'y obtenir un permis de séjour, le contrôle de l'immigration doit néanmoins être exercé par l'Etat d'une manière compatible avec les droits de l'homme des étrangers, en particulier le droit au respect de la vie privée et familiale.

5. D'autre part, pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Mme D fait état de ce qu'elle dispose d'attaches familiales sur le territoire français malgré son arrivée récente et de ce que, titulaire d'une promesse d'embauche, elle justifierait également d'une perspective d'insertion économique et sociale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme D a vécu la majorité de sa vie en Albanie, au moins pendant 24 ans, pays dans lequel résident actuellement ses deux parents. Si elle a indiqué dans sa demande de titre de séjour être régulièrement entrée sur le territoire national le 19 juillet 2019, elle ne justifie pas de cette date d'entrée et n'a pas fixé, dans sa demande de titre de séjour, le début de sa relation avec celui qui est devenu son époux le 20 septembre 2019. Par les pièces qu'elle verse aux débats, Mme D n'établit pas la continuité de son séjour en France avant la naissance de sa fille en juin 2021. Son mariage avec un compatriote, célébré le 20 septembre 2020, est récent à la date de la décision attaquée. Si le couple a un jeune enfant né en juin 2021 et si l'époux de la requérante, également de nationalité albanaise, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en septembre 2024, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Albanie dont tous les membres ont la nationalité, ou à ce que l'intéressée reparte temporairement en Albanie afin de revenir légalement en France auprès de son mari et de sa fille dans le cadre d'une mesure de regroupement familial. Si Mme D se prévaut également de ce que son beau-père, son beau-frère, sa belle-sœur et sa nièce vivent en France, elle a toutefois vécu séparée d'eux durant de nombreuses années et, au demeurant, la décision en litige ne la prive pas de la possibilité de maintenir avec eux des liens équivalents avec ceux préexistants à son arrivée en France. Enfin, la production d'une promesse d'embauche, postérieure à la date de la décision attaquée, pour un poste d'employée au sein de l'équipe d'accueil du public du Théâtre de Nîmes, ne permet pas de démontrer une insertion sociale et professionnelle particulière en France ni des perspectives significatives d'insertion. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de l'entrée et du séjour de l'intéressée en France et alors que ni l'article 8 ni aucune autre disposition de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par des couples mariés, de leur résidence commune sur son territoire, l'arrêté de la préfète du Gard n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. Mme D dont l'époux bénéficie d'une carte pluriannuelle en France jusqu'en septembre 2024, entre dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial en application des dispositions précitées de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la requérante, qui entre dans une catégorie ouvrant droit au regroupement familial, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui excluent expressément de leur bénéfice les personnes dans sa situation. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est donc inopérant. En tout état de cause, elle ne peut pas bénéficier, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale" sur le fondement de ces dispositions.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la préfète n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme D.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Mme D, qui fait valoir que la décision en litige méconnaît l'intérêt de son enfant né en juin 2021 n'invoque aucun élément faisant obstacle à un retour dans son pays d'origine afin d'être autorisée à séjourner en France dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, laquelle n'entraînerait qu'une séparation temporaire des membres de la famille, ou à ce que la cellule familiale se reconstitue au Albanie, où son enfant pourra être scolarisé, elle n'établit pas ainsi que le refus de titre, qui n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de sa mère, méconnaîtrait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire

12. Mme D n'établit pas l'illégalité de l'arrêté du 2 mai 2022 refusant son admission au séjour. Ainsi, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

13. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus de séjour, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur de droit, doivent, en l'absence de tout élément particulier invoqué tenant à l'obligation de quitter le territoire français, être écartés.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. B, magistrat honoraire,

Mme Bourjade, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J. ANTOLINILe greffier,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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