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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202060

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202060

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBARAKAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, M. A C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes et représenté par Me Barakat demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient, outre que sa requête est recevable, que :

* Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée par l'incompétence de son auteur ;

- la décision attaquée été prise en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en l'absence de consignation par les services de police lors de son audition de sa situation administrative en Italie où il souhaitait être réadmis ;

- faute de prononcer sa réadmission en Italie, la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* Sur la décision portant interdiction de retour :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est tardive :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme B ;

-et les observations de Me Barakat, représentant M. C, assisté de M. M'Halla, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens.

-le préfet du Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 5 février 1970, déclare, dans ses écritures, être entré sur le territoire français en mars 1992. Par un arrêté du 15 février 2022 dont il demande l'annulation, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme E D, attachée, chef du bureau de l'éloignement, laquelle bénéficiait d'une délégation de la part du préfet du Rhône en date du 1er mars 2022, et publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 69-2022-034 le 4 mars 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition établi par les services de la police le 15 février 2022 à 9h26 que M. C a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il a été mis à même de présenter ses observations, et qu'il a pu notamment indiquer qu'il était en France depuis 2013, qu'il avait sollicité un titre de séjour en Italie, qu'il attendait ledit titre et qu'il désirait rester en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu, tel que protégé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Et aux termes de l'article L. 621-1 de ce même code : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application des articles L. 621-1 et suivants, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

6. Si M. C soutient être titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes, il ne l'établit pas par la seule production de documents attestant d'une demande formulée le 13 juillet 2020 à 14h54. Il a d'ailleurs déclaré, ainsi qu'il a été dit au point 3, lors de son audition par les services de police le 15 février 2019 avoir sollicité un titre de séjour auprès des autorités italiennes et non en être titulaire. Le préfet du Rhône a en outre interrogé les autorités italiennes via le centre de coopération policière et douanière qui ont indiqué que le requérant n'était pas titulaire d'un titre de séjour italien, qu'il était au contraire connu pour ne pas avoir exécuté deux mesures d'éloignement en 2013 et 2015 et qu'il avait été condamné pour résistance à agent de l'autorité publique et refus de décliner son identité en 2004 ainsi que pour des faits de coups et blessures en 1998. Ainsi, et dès lors que M. C ne justifie ainsi pas disposer d'un titre de séjour en Italie, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées ni commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant une obligation de quitter le territoire français plutôt qu'un arrêté de remise aux autorités italiennes.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

8. Il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle comporte les considérations détaillées de fait et de droit qui en constituent le fondement et atteste ainsi de la prise en considération par le préfet du Rhône des quatre critères énoncés par les dispositions précitées et notamment de l'inexécution de deux précédentes mesures d'éloignement. Par ailleurs, M. C ne justifie pas de circonstances humanitaires qui n'auraient pas été prises en compte dans l'arrêté en litige. Dans ces conditions, cette décision n'est pas entachée d'une insuffisance de motivation.

9. En second lieu, M. C n'apporte aucun élément de nature à établir que l'interdiction de retour en France prononcée à son encontre méconnaitrait son droit à sa vie privée et familiale. Il ne fait par ailleurs pas état de circonstances humanitaires particulières. Dans ces conditions, l'interdiction de retour prononcée à son encontre à hauteur de trois années n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation et sa durée n'est pas disproportionnée.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Rhône.

Lu en audience publique le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

K. B

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202060

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