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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202153

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202153

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTURRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Turin, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022, par lequel le maire de la commune d'Avignon a délivré un permis de construire à la société civile immobilière (SCI) Le lac, ensemble la décision par laquelle cette autorité a rejeté son recours gracieux ;

2) de mettre à la charge de la commune d'Avignon une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait dès lors qu'il ne précise pas les conditions de desserte du projet ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Avignon ;

- l'allée qui dessert le projet est la propriété de l'association syndicale libre " l'orée d'Avignon " et la société pétitionnaire ne dispose d'aucune servitude de passage lui permettant d'utiliser cette voie, ni d'aucune autorisation de démolir le muret séparant l'allée du terrain d'assiette du projet ;

- le terrain d'assiette du projet est enclavé et, par voie de conséquence, inconstructible ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2022, la SCI Le lac, représentée par Me Guin, conclut au rejet de la requête de la requête de M. A.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, la commune d'Avignon, conclut au rejet de la requête de M. A.

La commune soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour M. A de démontrer que le projet en litige affecte directement les conditions d'occupation, de jouissance ou d'utilisation du bien qu'il détient ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- et les observations de M. E, représentant la commune d'Avignon.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 janvier 2022, le maire de la commune d'Avignon a délivré à la SCI Le lac un permis de construire trois villas, ainsi que trois garages, sur une parcelle cadastrée section DV n°778. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ensemble la décision par laquelle le maire d'Avignon a rejeté son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Avignon :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Il ressort des pièces du dossier que la propriété de M. A jouxte le terrain d'assiette du projet. Celui-ci porte sur la construction de trois villas en R+1 et de trois garages. Les immeubles projetés seront visibles depuis la propriété du requérant et génèreront des flux de circulation. M. A, qui a la qualité de voisin immédiat du projet, établit que le projet est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien. La fin de non-recevoir opposée par la commune d'Avignon en défense tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant doit, par suite, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D, directeur général adjoint des services de la commune d'Avignon en charge du pôle " paysages urbains ". Par un arrêté du 20 juillet 2021, le maire d'Avignon a accordé une délégation de signature à Mme D pour les actes relevant de l'urbanisme règlementaire, et notamment la délivrance des permis de construire. Cet arrêté a été transmis à la préfecture de Vaucluse le 20 juillet 2021 et affiché le même jour. Le moyen tiré de ce que Mme D ne bénéficierait pas d'une délégation de signature régulière doit, dès lors, être écarté.

5. Le moyen tiré de l'insuffisance de ce que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé en fait dans la mesure où il ne précise pas les conditions de desserte du projet doit, en tout état de cause, être écarté comme inopérant.

6. Aux termes de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Avignon, alors applicable : " () / Lorsque les voies forment une impasse, elles doivent être aménagées dans leur partie terminale de manière à permettre aux véhicules des services de sécurité, de défense contre l'incendie, de protection civile et de collecte des déchets de faire demi-tour par une manœuvre simple. (). ".

7. M. A allègue que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme dans la mesure où la voie de desserte du projet ne permet pas aux véhicules assurant la collecte des déchets, ni aux véhicules de défense contre l'incendie de faire demi-tour par une manœuvre simple. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d'une part, que la communauté d'agglomération du grand Avignon, compétente en matière de collecte des déchets, a émis, le 3 novembre 2021, un avis favorable au projet assorti de prescriptions reprises dans l'arrêté attaqué. M. A ne produit aucun élément qui permettrait de contredire utilement l'avis de la communauté d'agglomération. D'autre part, la commune d'Avignon fait valoir que la longueur de l'impasse desservant le terrain d'assiette du projet est inférieure à 60 mètres, ce qui ne nécessitait pas la création d'une aire de retournement destinée aux véhicules de lutte contre l'incendie, et, qu'en tout état de cause, il est possible d'effectuer un demi-tour par une manœuvre simple à partir de la placette située en limite ouest de la parcelle cadastrée section DV n° 778. Le requérant ne produit pas davantage d'éléments qui lui permettraient de contredire utilement cette appréciation des services instructeurs. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.

8. Si M. A allègue que l'impasse qui dessert le terrain d'assiette du projet est la propriété de l'association syndicale libre " L'orée d'Avignon " et que la société pétitionnaire ne dispose d'aucune servitude de passage lui permettant d'utiliser cette voie, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite la délibération adoptée le 4 novembre 1985 par le conseil municipal d'Avignon, la commune a acquis auprès de la société d'équipement du département de Vaucluse la parcelle cadastrée section DV n°302, sur laquelle est située la partie de la rue de la Sorgue destinée à desservir le projet en litige. Dès lors que la voie qui dessert le projet est publique, la société pétitionnaire n'avait pas à justifier de l'existence d'une quelconque servitude de passage et peut procéder librement à la démolition du muret séparant la voie du terrain d'assiette du projet. Les services de la commune d'Avignon n'étaient ainsi pas tenus de demander à la société pétitionnaire de compléter son dossier de demande de permis de construire en ce qui concerne les modalités de desserte du projet.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen tiré du caractère inconstructible du terrain d'assiette du projet qui résulterait de son enclavement ne peut qu'être écarté.

10. Aux termes de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Avignon, alors applicable : " () / Dans les secteurs UDa et UDb, lorsque les constructions ne sont pas implantées en limite séparative, elles sont implantées en retrait à une distance égale à au moins la moitié de la hauteur de la construction, sans pouvoir être inférieure à 4 mètres () ".

11. Si M. A remet en cause les limites de propriété figurant dans le dossier de demande de permis de construire présenté par la société pétitionnaire, il n'apporte aucune précision portant sur les inexactitudes ou les mentions erronées relatives aux limites séparatives. Cette branche de moyen ne peut donc qu'être écartée comme non assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En revanche, il ressort du plan de coupe constituant la pièce PC3 du dossier de demande de permis de construire que le projet prévoit que la façade de la maison implantée au sud du terrain d'assiette est située à une distance de 3,95 mètres de la limite séparative, inférieure à la distance minimale de 4 mètres prescrite par les dispositions précitées de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme. Ce point n'est au demeurant pas contesté par la commune d'Avignon dans son mémoire en défense. Par suite, cette branche du moyen doit être accueillie.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il méconnaît les dispositions de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Avignon, alors applicable.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

13. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

14. Ces dispositions permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme non divisible dans le cas où l'illégalité affectant une partie identifiable d'un projet de construction ou d'aménagement est susceptible d'être régularisée par un permis modificatif. Eu égard à la nature du vice relevé au point 11, une régularisation est possible par la délivrance d'une autorisation modificative. Il y a lieu, en l'espèce, de fixer à trois mois le délai dans lequel la SCI Le lac pourra obtenir une autorisation modificative et solliciter la régularisation de son autorisation.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de de mettre à la charge de la commune d'Avignon une quelconque somme à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 janvier 2022 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par M. A sont annulés en tant qu'ils méconnaissent les dispositions de l'article UD7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Avignon alors applicables. Ce vice pourra être régularisé par la délivrance d'une autorisation modificative dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune d'Avignon et à la société civile immobilière Le lac.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ciréfice, président du tribunal,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,

F. C Le président,

C. CIRÉFICE

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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