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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202305

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202305

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP BREUILLOT - VARO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 juillet 2022 et le 31 octobre 2022, Mme B C, représentée par la SELARL Breuillot et Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 mai 2022 du préfet de Vaucluse lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal et dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.

Mme C soutient que :

* sur la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie en méconnaissance des articles L. 432-13 et L. 435-1 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît le droit fondamental d'être entendu, dès lors qu'elle n'a pu être entendue au cours de la procédure en méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit, dès lors qu'elle remplit les conditions permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle était fondée à obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à titre humanitaire et exceptionnel sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

La préfète soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née le 4 janvier 1983, est entrée pour la dernière fois en France le 29 mars 2018. Elle a sollicité le 6 décembre 2021 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 19 mai 2022 du préfet de Vaucluse lui refusant le droit au séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

3. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, la requérante ne peut utilement faire valoir que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne aurait été méconnu par la décision lui refusant un titre de séjour. Il résulte aussi de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, lequel se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir. En l'espèce, les circonstances invoquées par la requérante, tirées de sa vie privée et familiale et de son souhait de suivre une formation professionnelle, ne permettent pas d'établir, eu égard aux éléments versés au dossier, que l'autorité préfectorale aurait pris une décision différente de celle finalement édictée. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à une décision administrative défavorable qu'elle tient du principe général du droit de l'Union.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

6. D'abord, Mme C n'établit pas résider en France depuis 2012. Si elle soutient être entrée en France et s'être maintenue sur le territoire français depuis 2009, dès lors qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable du 20 juillet 2009 au 19 juillet 2012, renouvelé à deux reprises, de tels titres comportaient l'obligation pour elle de maintenir sa résidence habituelle hors du territoire français. Par ailleurs, Mme C n'établit pas être isolée en cas de retour au Maroc, son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans au moins. Enfin, la seule circonstance de la présence en France de ses parents et d'une partie de sa fratrie n'est pas de nature, à elle seule, à établir l'erreur manifeste d'appréciation dont l'intéressée se prévaut. De telles circonstances ainsi décrites ne sont pas de nature à caractériser des circonstances humanitaires exceptionnelles au sens des dispositions de l'article L. 345-1 précité.

7. Ensuite, les pièces du dossier, qui sont à cet égard insuffisamment nombreuses et probantes, ne permettent pas d'établir que Mme C résiderait de manière continue sur le territoire français depuis plus de dix ans. Mme C n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet devait soumettre sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à la commission du titre de séjour.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, et eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme C, qui est célibataire et sans charge de famille, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 précité et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent pour les mêmes motifs être écartés.

10. Il résulte des éléments qui précèdent que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant Mme C à quitter le territoire français :

11. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, Mme C ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français serait privée de base légale.

12. En second lieu, pour les motifs précédemment retenus s'agissant de la décision portant refus du titre de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de la requérante à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie, des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige. Les conclusions présentées par la SCP Breuillot et Varo, avocat de Mme C, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète de Vaucluse et à la SELARL Breuillot et Avocats.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

K. A

Le président,

J. B. BROSSIER

Le greffier,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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