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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202354

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202354

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantXOUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés les 1er août 2022 et 22 mars 2024, le préfet de Vaucluse demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le maire de Pertuis a délivré un permis de construire à M. A B, en tant qu'il autorise la création d'un logement.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- il n'est pas établi que l'édification initiale du bâtiment concerné par le projet a été régulièrement autorisée, de sorte que le permis de construire ne pouvait être délivré sans que la demande porte sur la régularisation de ces travaux ; en tout état de cause, cette construction a nécessairement fait l'objet de travaux de restauration irréguliers ;

- le permis de construire en litige méconnaît l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il méconnaît les prescriptions du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) de la basse vallée de la Durance.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, la commune de Pertuis, représentée par Me Xoual, conclut au rejet du déféré et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans le déféré ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Xoual pour la commune de Pertuis et celles de Me B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 28 septembre 2021, M. B a déposé auprès des services de la commune de Pertuis une demande de permis de construire portant sur la création d'une exploitation agricole et d'un logement en extension d'un bâtiment existant sur un terrain situé Pont de Viguier, parcelles cadastrées section F nos 277 et 278, classées en zone agricole du PLU. Le préfet de Vaucluse demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le maire de Pertuis a délivré le permis de construire sollicité, en tant seulement qu'il autorise la création d'un logement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article A1 du règlement du PLU : " Dans l'ensemble de la zone, sont interdites toutes les occupations et utilisations du sol, constructions, travaux, ouvrages, installations et changements de destination non prévus à l'article A2 ci-après ". Selon l'article A2 de ce règlement : " Sauf mention contraire prévue au 2-2 ci-dessous, sont admises les occupations et utilisations du sol suivantes : * les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole (bâtiments de l'exploitation, habitations, constructions et hébergement agritouristiques nécessaires à l'exploitation) sous réserve du respect des conditions suivantes : - En toutes hypothèses, les constructions à usage d'habitation et l'extension de celles existantes nécessaires à l'exploitation agricole ne pourront excéder 300 m² de surface de plancher par exploitation () / * l'extension des habitations existantes dans la limite totale cumulée () de 10% de la surface de plancher existante à la date d'approbation du plan local d'urbanisme, sans création de nouveaux logements () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B exerce depuis plusieurs années une activité de maraîchage écologique consistant en la culture de légumes, d'espèces vivaces et d'arbres fruitiers. Le projet litigieux porte sur le déplacement de son exploitation agricole sur le terrain, impliquant notamment l'installation de six serres et la construction de locaux de stockage et sur la création d'un logement par changement de destination et extension du bâtiment édifié sur l'une des parcelles en cause, seule cette seconde partie étant en litige. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, comme le fait valoir le préfet de Vaucluse, l'activité de M. B, dont l'objet vient d'être rappelé, ne requiert pas sa présence permanente sur les lieux de son exploitation. Le logement dont la création est autorisée par le permis de construire attaqué ne constitue, dès lors, pas une construction à usage d'habitation nécessaire à l'exploitation agricole du pétitionnaire et ne pouvait être autorisé à ce titre. D'autre part, dès lors que le projet implique la création d'un logement par changement de destination et extension d'un bâtiment non affecté à un tel usage, il ne pouvait davantage être autorisé au titre des dispositions de l'article A2 relatives à l'extension des habitations existantes. Au regard de ces éléments, le préfet de Vaucluse est fondé à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article A2 du règlement du PLU, et ce sans qu'il soit besoin d'examiner la régularité de l'édification initiale de la construction existante.

4. Les autres moyens soulevés ne sont, en l'état de l'instruction, pas susceptibles de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué au titre de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

5. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 de ce même code : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé".

6. Le vice relevé au point 3 dont est affecté le permis de construire en litige n'est pas susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application des dispositions du code de l'urbanisme mentionnées au point précédent.

7. Il résulte de ce qui précède que le préfet de Vaucluse est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 février 2022 en tant qu'il autorise la création d'un logement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la commune de Pertuis et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Pertuis du 17 février 2022 est annulé en tant qu'il autorise la création d'un logement.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pertuis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de Vaucluse, à la commune de Pertuis et à M. A B.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Avignon.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 où siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

L. LAHMAR

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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