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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202421

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202421

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2022 et des mémoires enregistrés le 10 et le 11 aôut 2022, M. B, représenté par Me Bruggiamosca, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de prendre acte qu'il demande l'assistance d'un interprète en langue arabe ;

3°) d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions attaquées ;

4°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2022 par lequel le préfet de Vaucluse l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas produit l'intégralité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 28 septembre 2022 ; la décision portant assignation à résider devra dès lors être annulée ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme E, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 août 2022 :

- le rapport de Mme Villemejeanne, magistrate désignée,

- les observations de Me Bruggiamosca, représentant M. B, et de M. B, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens qu'elle précise ;

- le préfet de Vaucluse n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 27 août 1974, déclare être entré en France en 2005. Par arrêté du 28 septembre 2021 le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination. Cet arrêté a été confirmé par jugement du tribunal administratif de Nîmes du 21 janvier 2022. Par arrêté du 7 août 2022 la même autorité administrative l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. B demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande tendant à la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prendre l'arrêté contesté :

4. L'affaire est en état d'être jugée, que le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Par arrêté du préfet de Vaucluse du 23 février 2022, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de la préfecture, régulièrement publié le 25 février 2022 au recueil des actes administratifs spécial n°84-2022-02-021 de la préfecture, le préfet de Vaucluse a donné à M. A, délégation à l'effet de signer tous arrêtés, relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ". Selon l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

7. La décision attaquée, vise les textes dont elle fait application et notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose par ailleurs les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B en mentionnant que ce dernier a fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français prise à son encontre le 29 septembre 2021 qu'il n'a pas été exécuté, que l'éloignement demeure une perspective raisonnable et que l'intéressé " déclare détenir un passeport algérien qu'il précise avoir caché ". Dès lors, cette décision, qui n'est pas stéréotypée, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et ne peut donc qu'être écarté.

8. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation avant de décider de l'assigner à résidence. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, le requérant soutient que la décision en litige doit être annulée puisque le préfet n'a pas produit l'intégralité de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 28 septembre 2022 qui constitue la base légale de l'assignation à résidence litigieuse. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le requérant a reçu notification de la décision du 28 septembre 2022, qu'il a effectué un recours à l'encontre de celle-ci et que ce recours a été rejeté par jugement du 21 janvier 2022. Aussi, la circonstance selon laquelle cette décision n'aurait pas été produite en intégralité dans le cadre de la présente instance est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Le requérant évoque sans précision particulière l'existence d'une " vie privée et familiale sur le territoire " et fait état de ce qu'il réside en France depuis 17 ans. Ces circonstances sont cependant sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué qui ne constitue pas une mesure d'éloignement et n'a donc pas pour effet par lui-même de porter atteintes aux attaches privées et familiales qu'il allègue avoir en France. Ainsi, en l'assignant à résidence, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence est " entachée d'erreur manifeste d'appréciation " n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier la portée et celui-ci ne peut, dès lors, qu'être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de la loi du 10 juillet 1990 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens

D E C I D E

Article 1 er : M. D B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Vaucluse et à Me Bruggiamosca.

Une copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nîmes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

La magistrate désignée,

P. ELa greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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