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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202484

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202484

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDESFOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 août 2022 au tribunal administratif de Nîmes, M. C A, représenté par Me Desfour, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de Vaucluse rejette sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

- d'enjoindre la préfecture de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile ou de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

- la mise à la charge de l'État d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de délivrance du titre de séjour :

- en sa qualité de réfugié au titre de la Convention de Genève sur les réfugiés un titre de séjour doit lui être délivré ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est insuffisamment motivée ; sa situation médicale n'a pas été prise en compte dans la motivation ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la CEDH ;

- la décision méconnaît l'article 2 de la CEDH ;

- la décision viole l'article 8 de la CEDH ; il est présent en France depuis octobre 2020 ;

- la décision viole l'article L. 511-4 10° du CESEDA ;

Sur le pays de destination :

- la décision viole les articles 2 et 3 de la CEDH et l'article 33 de la Convention de Genève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative aux réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 octobre 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de M. A, qui produit un compte-rendu d'échographie rénale en date du 4 octobre 2022, soutient que son état de santé et des rapports familiaux difficiles font obstacle à son éloignement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

2. M. C A, ressortissant ivoirien, né le 26 mai 1988 à Abengourou Indenie-Djuablin (Côte d'Ivoire) a présenté le 9 juillet 2021 une demande d'admission au séjour en qualité de réfugié. La demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 novembre 2021, la décision étant confirmée le 6 avril 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par arrêté du 7 juillet 2022, qui est l'acte attaqué, le préfet de Vaucluse a rejeté la demande de délivrance de titre de séjour, a obligé M. A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière du requérant au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, s'agissant notamment de sa vie privée et familiale.

Sur le refus d'admission au séjour :

4. La demande d'asile présentée par M. A ayant été rejetée, il ne pouvait bénéficier d'une admission au séjour en qualité de réfugié. Le moyen tiré de la violation de la convention de Genève sur les réfugiés ne peut être qu'écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. " et aux termes de l'article L. 431-2 " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". M. A, qui n'a pas présenté de demande sur un autre fondement que l'asile, pouvait être éloigné sur le fondement du 4° précité.

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". et aux termes de l'article L. 611-3 : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". En l'espèce, M. A ne justifie par aucun document, et notamment pas le document produit à l'audience, que son état de santé fait obstacle à son éloignement, en application des articles L. 425-9 et L. 611-3 9° précités.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. M. A, entré très récemment en France, ne justifie pas d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré d'une violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté. Il n'établit pas par ailleurs qu'au regard de sa situation personnelle la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Les moyens tirés de la violation des articles 2 et 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut pas être utilement invoqué à l'encontre de la décision d'éloignement, qui n'a pas pour objet de désigner le pays de destination.

Sur la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ". Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En se bornant à soutenir qu'il encourt un risque de persécution en cas de retour en Côte-d'Ivoire, du fait de ses opinions politiques et de son insoumission, de rapports familiaux difficiles et de l'existence de pathologies ayant justifié des examens en cours, le requérant n'apporte aucun élément permettant d'apprécier que son retour dans son pays d'origine contreviendrait aux stipulations précitées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Vaucluse du 7 juillet 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Vaucluse et à Me Desfour.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le magistrat désigné, La greffière,

F. BA. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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