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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202518

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202518

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFUGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 août 2022, Mme A D demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 22-3080 du 18 août 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée de 2 ans et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du CESEDA et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la motivation est insuffisante et la décision révèle que le préfet n'a pas procédé à un examen individuel complet et sérieux de sa situation ; il est inexact qu'elle est célibataire, étant mère d'une enfant de deux ans ; elle conserve des attaches familiales et personnelles en France, à savoir sa mère, ses sœurs et sa fille ; la décision aurait dû viser l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

-la décision est entachée d'une erreur de fait ; il est inexact qu'elle est célibataire, étant mère d'une enfant de deux ans ; elle conserve des attaches familiales et personnelles en France, à savoir sa mère, ses sœurs et sa fille ; la décision aurait dû viser l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la CESDH ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- la motivation est insuffisante ; elle ne fait pas référence au critère de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement prévue par l'article L. 613-10 du code ;

- la décision est prise en violation de l'article 8 de la CESDH ;

- la décision est prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits e l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 octobre 2022 :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Fugier, pour Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D. Ressortissante serbe, née le 1er janvier 2004 en Serbie, a été condamnée le 21 février 2022 par le tribunal judiciaire de Nice à une peine d'emprisonnement d'une durée de douze mois pour des faits de vol aggravé par deux circonstances. Par arrêté du 18 août 2022, qui est l'acte attaqué, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. L'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme B E, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par arrêté n°2022-572 du 5 juillet 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°152-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme E a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le préfet, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de la requérante au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, et en particulier en examinant, eu égard aux éléments dont il disposait, les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme D.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

5. La requérante invoque une erreur de fait commise par le préfet des Alpes-Maritimes, qui l'aurait regardée à tort comme une célibataire sans charge de famille et sans liens anciens, intenses et stables, alors que selon elle a une enfant de deux ans, et vit en France avec sa mère et ses sœurs. Ces allégations ne sont toutefois pas étayées et en tout état de cause il ne résulte pas de l'instruction que le préfet, si cette situation avait été avérée, aurait pris une décision différente, à la sorite de prison de Mme D

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce, la requérante ne justifie pas de la situation personnelle dont elle se prévaut, et à supposer qu'elle ait une fille de deux ans présente en France, elle ne fait part d'aucun empêchement à quitter la France avec cette enfant. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention ne peut être qu'écarté.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale". Si Mme D se prévaut de la présence en France d'une fille de deux ans elle, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer l'enfant de sa mère et d'affecter l'intérêt supérieur de cet enfant. Dès lors, le moyen tiré de l'article 3 de la convention internationale doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le motif tiré de l'erreur manifeste de la situation de la requérante doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". En vertu de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". La décision n'a pas à préciser expressément qu'elle ne retient pas le critère relatif à l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, lorsque ce critère est sans objet, ce qui est le cas en l'espèce. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur de droit.

9 La décision, qui retient que l'intéressée ne démontre pas avoir résidé habituellement sur le territoire français depuis son arrivée sur le territoire, ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qui énonce que l'intéressé est célibataire sans enfant et non dépourvue d'attaches familiales en Serbie, et qui rappelle qu'au regard de sa condamnation pénale elle constitue une menace pour l'ordre public n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation ou constitue une mesure disproportionnée par rapport à sa situation.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7 les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peuvent être qu'écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 199 et de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Fugier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

F. C

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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