vendredi 2 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ABDOULOUSSEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 août 2022, complétée le 1er septembre 2022, M. A D, représenté par Me Abdouloussen, demande au Tribunal :
- l'annulation de l'arrêté du 29 août 2022, par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixe son pays de renvoi ;
- d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 100 euros par jour de retard et subsidiairement de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire
- la décision est entachée d'incompétence et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de fait au vu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention de New York sur les droits de l'enfant et de l'article L 423-7 du CESEDA, compte tenu de ses charges familiales et de l'absence de trouble à l'ordre public ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire
- la décision est entachée d'insuffisance de motivation et d'erreur de fait et de droit ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi
- la décision est entachée d'insuffisance de motivation et d'erreur manifeste d'appréciation ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, a préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'article 3-1 de la convention de New York sur les droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 619-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur les recours présentés contre les décisions de transfert vers l'Etat responsable de la demande d'asile prévus à l'article L. 572-5 du même code.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les observations de Me Abdouloussen pour M. D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D est un ressortissant tunisien né le 1er avril 1983. Par un arrêté du 29 août 2022 dont il sollicite l'annulation, la préfète de Vaucluse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination.
2. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de l'intéressé, a procédé à un examen de la situation particulière de M. D au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, qu'il s'agisse de l'obligation de quitter le territoire, de la décision refusant un délai de départ volontaire et de la décision fixant le pays de destination. Le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait insuffisamment motivé ou entaché d'un défaut d'examen particulier de son dossier doit donc être écarté.
3. L'arrêté contesté a été signé par M. C B, sous-préfet, directeur de cabinet de la préfète de Vaucluse, qui bénéficie, en vertu d'un arrêté préfectoral du 23 février 2022 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de Vaucluse le 25 février 2022, d'une délégation consentie à l'effet de signer les décisions attaquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire
4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " Un étranger remplissant les conditions énumérées à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a droit à la délivrance d'une carte de séjour temporaire, sous la seule réserve que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration lui oppose ce motif pour refuser de faire droit à sa demande, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
5. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () : 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France de manière irrégulière. Il est père d'un enfant prénommé Yanis, né 12 mars 2008 de sa relation avec une ressortissante française. M. D a sollicité le 28 avril 2008 une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français auprès du préfet des Alpes-Maritimes, à la suite de laquelle il s'est vu délivrer un titre de séjour valable du 23 mars 2009 au 22 mars 2010. Il a été condamné le 30 juin 2011 à 15 ans de réclusion criminelle pour " coups mortels ou atteintes volontaires à la personne ayant entraîné la mort ", faits commis le 23 juillet 2009. M. D a déposé le 4 juillet 2017, une demande de renouvellement de son titre de séjour et s'est vu délivrer 14 récépissés du 4 juillet 2017 au 22 juin 2021. Le 1er octobre 2018, un second enfant prénommé Nassim est né de sa relation avec une ressortissante française. Le 2 octobre 2018, l'intéressé a été placé en libération conditionnelle. M. D a ensuite eu un troisième enfant le 20 janvier 2022 avec une ressortissante française. Le 6 avril 2022, il a été écroué et condamné à une peine d'emprisonnement de 8 mois par le Tribunal correctionnel d'Avignon pour " menace de mort réitérée commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, récidive et port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, récidive ".
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, au vu des seuls documents présentés et notamment de la dernière condamnation dont il a fait l'objet, que M. D contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants dans les conditions prévues par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être rejeté. Par ailleurs, eu égard à la nature des faits en cause dans ses différentes condamnations, à leur répétition, à leur degré de gravité ainsi qu'à leur caractère récent, la préfète de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit ni d'erreur de fait en estimant que la présence de M. D constituait une menace pour l'ordre public.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. M. D, à l'appui de ses allégations sur la constitution d'une vie privée et familiale en France, fait valoir son séjour en France depuis près de 14 ans, les soins qu'il apporterait à ses enfants et à sa dernière compagne, atteinte d'une maladie dégénérative. Il soutient également disposer d'une promesse d'embauche. Toutefois, ses multiples condamnations et périodes d'incarcération, dont la dernière est très récente, et par suite le caractère très fragmentaire et ponctuel de ses relations avec ses enfants, ne permettent pas de considérer que la préfète de Vaucluse aurait commis une erreur de droit ou d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. D à quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
12. Ainsi qu'il a été dit au paragraphe 7 du présent jugement, la préfète de Vaucluse n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence du requérant constituait une menace pour l'ordre public. Elle pouvait dès lors, pour ce seul motif et sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
13. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de la préfète de Vaucluse compte tenu de la durée de séjour en France de l'intéressé, eu égard au conditions dudit séjour, doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D, en ce compris ses conclusions aux fins d'injonction et de condamnation de l'Etat au paiement des frais de justice, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de Vaucluse.
Lu en audience publique le 2 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
P. E
La greffière,
M.E KREMER
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 222618
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026