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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202690

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202690

vendredi 9 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantREBOLLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022, M. D A, représenté par Me Rebollo, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions attaquées ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-l'interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le choix de ne pas faire application des circonstances humanitaires pour s'abstenir d'édicter une décision d'interdiction de retour en France n'est pas motivé ;

- la durée de l'interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho et Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bertrand, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022 :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Rebollo, représentant M. A, qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté, dont la délégation de signature a été produite en défense ; elle fait valoir que son client a fui le Pakistan à raison de conflits autour des terres familiales mais a dû y laisser ses enfants ; elle soutient que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français est stéréotypée, que l'interdiction de retour ne fait pas l'objet d'une motivation distincte et que la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de la situation de son client qui travaille en France depuis 4 ans ;

- et celles de M. A, assisté de M. B, interprète en langue ourdou, qui confirme les propos de son avocate.

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 1er janvier 1990 à Gurjranwala (Pakistan), déclare être entré en France courant 2019. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 12 octobre 2021. Par un arrêté du 4 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français a et a prononcé une interdiction de retour de deux ans. M. A, placé au centre de rétention administrative de Nîmes, demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande tendant à la communication de l'ensemble des pièces sur lesquelles s'est fondé le préfet pour prendre l'arrêté contesté :

2. L'affaire est en état d'être jugée, que le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. La décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment que l'intéressé est célibataire sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens intenses et stables et qu'il conserve toutes ses attaches dans son pays d'origine. Elle ajoute que l'intéressé est défavorablement connu pour exhibition sexuelle et vol et qu'il présente un comportement qui constitue un risque pour l'ordre public. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas à l'autorité préfectorale de mentionner l'ensemble des éléments qu'elle a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. A ne justifie d'aucun lien familial ou personnel intense et stable sur le territoire national où il indique être venu pour travailler. Il a vécu jusqu'à l'âge de 29 ans au moins au Pakistan, où il n'établit pas être isolé. Ainsi, l'arrêté par lequel le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour les mêmes motifs et quand bien même M. A travaillerait-il en France depuis 4 ans, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

7. M. A, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'interdiction de retour.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

10. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, Elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. La décision portant interdiction de retour sur le territoire est motivée en fait et en droit, de manière distincte de l'obligation de quitter le territoire français. Elle relève notamment l'absence de circonstances humanitaires et indique que l'examen de la situation de M. A relatif au prononcé de l'interdiction de retour et à sa durée a été effectué au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que l'intéressé déclare être entrée en France en 2019 mais ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire et sans enfant et dépourvu d'attaches familiales sur le territoire alors que les membres de sa famille résident au Pakistan et qu'il est défavorablement connu pour exhibition sexuelle et vol, de sorte que sa présente en France constitue une menace pour l'ordre public. Le préfet n'est pas tenu de motiver particulièrement sa décision au regard de l'absence de circonstances humanitaires qui seraient de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et de ce que cette motivation ne serait pas distincte de celle de l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

12. M. A ne démontre pas l'existence de circonstances humanitaires qui justifieraient qu'une interdiction de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Ainsi qu'il a été dit, il est arrivé en France en 2019, n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement le 12 octobre 2021 et ne se prévaut d'aucune attache familiale ancienne, intense et stable sur le territoire français Son comportement constitue en outre une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été précédemment signalisé pour vol et pour exhibition sexuelle. Dans ces conditions, l'interdiction de retour prononcée à son encontre à hauteur de deux ans n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation et sa durée n'est pas disproportionnée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Rebollo.

Une copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nîmes.

Lu en audience publique le 9 septembre 2022.

La magistrate désignée,

B. C

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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