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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202705

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202705

vendredi 9 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantREBOLLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Rebollo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et prononcé une interdiction de retour de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-l'interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le choix de ne pas faire application des circonstances humanitaires pour s'abstenir d'édicter une décision d'interdiction de retour en France n'est pas motivé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho et Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bertrand, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022 :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Rebollo, représentant Mme B, qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, dont la délégation de signature a été produite en défense ; elle soutient en revanche que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français est stéréotypée, qu'elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que ses parents et sa sœur résident dans un camping à Marseille ; elle ajoute que l'interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement et qu'elle ne fait pas l'objet d'une motivation distincte.

- et celles de Mme B, assistée de Mme A, interprète en langue allemande, qui fait part de son accord pour quitter le territoire français mais qu'elle a nulle part où aller et que ses parents et sa sœur ne sont pas en situation régulière ne France.

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante serbe née le 1er janvier 2004 à Belgrade (Serbie), a été libérée de la maison d'arrêt de Nice le 6 septembre 2022 à l'issue de l'exécution d'une peine d'un an d'emprisonnement prononcée par le tribunal correctionnel de Nice le 21 janvier 2022 pour vol aggravé par deux circonstances. Par un arrêté du 6 septembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé une interdiction de retour de deux ans. Mme B, placée au centre de rétention administrative de Nîmes, demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. La décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne notamment que célibataire et sans enfant, Mme B ne justifie d'aucune circonstance particulière pour s'être maintenue irrégulièrement sur le territoire national et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'elle a été condamnée à une peine d'emprisonnement d'un an prononcée par le tribunal correctionnel de Nice le 21 février 2022 pour vol aggravé par deux circonstances, L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments qu'il a pris en compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

3. Si Mme B soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait dès lors que ses parents et sa sœur résideraient en France dans un camping marseillais, elle n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Célibataire et sans enfant, Mme B, ne justifie d'aucun lien familial ou intenses et stable sur le territoire français. A supposer même que ses parents et sa sœur se trouvent réellement sur le territoire national, la requérante a indiqué à l'audience qu'ils n'étaient pas en situation régulière. Ainsi, l'arrêté par lequel le préfet a obligé Mme B à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

7. Mme B, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'interdiction de retour.

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

10. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, Elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

11. La décision portant interdiction de retour sur le territoire est motivée en fait et en droit. Elle relève notamment que l'absence de circonstances humanitaires et que l'examen de la situation de Mme B relatif au prononcé de l'interdiction de retour et de sa durée a été effectué au regard notamment du huitième alinéa du III de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle ajoute que l'intéressée ne démontre pas avoir habituellement résidé en France depuis son arrivée, est célibataire sans enfant tandis que ses parents et sa fratrie résident en Serbie où elle dispose de fortes attaches comparativement à celles dont elle dispose en France et indique que son comportement constitue une menace pour l'ordre public compte tenu de la condamnation pénale citée au point 2. Le préfet n'est pas tenu de motiver particulièrement sa décision au regard de l'absence de circonstances humanitaires qui seraient de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et de ce que cette motivation ne serait pas distincte de celle de l'obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1 er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Rebollo.

Une copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nîmes.

Lu en audience publique le 9 septembre 2022.

La magistrate désignée,

B. D

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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