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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202729

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202729

lundi 12 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDEBUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, Mme F D, représentée par Me Granier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant six mois, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de l'Hérault l'a placée en rétention administrative ;

2°) de solliciter la communication des pièces sur la base desquelles les décisions contestées ont été prises par le préfet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 000 euros à verser à son conseil.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individuel du dossier ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de six mois :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction et des circonstances humanitaires ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La procédure a été communiquée au préfet de l'Hérault, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Aymard, magistrat désigné,

- les observations de Me Granier, qui reprend en les développant les moyens de la requête ;

- les observations de Mme D, assistée par Mme C, interprète en langue roumaine ;

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante roumaine, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant six mois, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de l'Hérault l'a placée en rétention administrative.

Sur les conclusions tendant à la communication de pièces par le préfet :

2. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux litiges portant sur les obligations de quitter le territoire français sans délai en vertu de l'article L. 614-6 du même code : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ". L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication des pièces sur lesquelles l'administration s'est fondée pour prendre les décisions attaquées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Hérault s'est fondé pour prononcer à l'encontre de Mme D une obligation de quitter le territoire français. En outre, il ressort des termes mêmes de la décision en litige que le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de Mme D, a examiné le dossier de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Si Mme D se prévaut de la naissance de son enfant en France en avril dernier, du placement de ce dernier à l'aide sociale à l'enfance et du droit de visite bimensuel qu'elle exercerait, la requérante ne verse toutefois à l'instance aucun pièce étayant ses différentes affirmations, la naissance même de cet enfant n'étant pas établie. En outre, la requérante a déclaré, lors de son audition le 7 septembre 2022 par les services de police, que sa famille composée notamment de trois enfants, dont deux mineurs, de son père et de frères et sœurs vivent en Roumanie. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels la mesure d'éloignement contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la requérante ne justifie pas ses allégations relatives à l'enfant auquel elle aurait donné naissance en France en avril dernier et n'établit pas, par les pièces produites à l'instance, la naissance même de cet enfant. Dès lors, le moyen tiré de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 8 septembre 2022.

En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français pendant six mois :

9. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme A E, chef du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux au sein de la préfecture de l'Hérault. Cette dernière a reçu délégation à cet effet par arrêté du préfet de l'Hérault publié le 30 août 2022 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Hérault. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prononcer à l'encontre de Mme D une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de six mois, le préfet ayant notamment visé les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les éléments relatifs à la situation personnelle et administrative de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

11. En troisième lieu, la requérante soutient que le préfet aurait commis des erreurs d'appréciation quant à la durée retenue et au défaut de prise en compte des circonstances humanitaires propres à sa situation familiale et professionnelle au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, eu égard à l'activité professionnelle de prostitution de Mme D au titre de laquelle elle a été interpellée le 7 septembre 2022 par les services de police et des dangers et troubles qui y sont associés et à la situation personnelle de Mme D, telle qu'analysée au point 5, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché la décision contestée d'erreurs d'appréciation. Au demeurant, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ces dispositions concernent les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, et non les décisions d'interdiction de circulation sur le territoire français.

12. En quatrième et dernier lieu, pour les motifs exposés au point 7, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à contester la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de six mois en date du 8 septembre 2022.

14. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D sont rejetées.

15. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, au préfet de l'Hérault et à Me Granier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

L. GALAUP

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202729

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