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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202868

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202868

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOULIER CLAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 septembre 2022, 26 septembre 2022 et 25 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Soulier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a procédé au retrait de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de retrait de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu et l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; il n'a pas été mis à même de présenter des observations avant que ne soit prise la décision attaquée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est privée de base légale du fait de l'illégalité du retrait du titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2022, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Soulier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 15 juin 1982, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable du 10 juin 2022 au 9 juin 2025. Par un arrêté du 22 septembre 2002, la préfète de Vaucluse lui a retiré ce titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. Il demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de retrait de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, qui disposait, aux termes de l'arrêté n° 84-2022-09-01-000005 de la préfète de Vaucluse du 1er septembre 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 84-2022-083 du 1er septembre 2022, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés ou décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception des arrêtés et décisions de désaffectation des lieux cultuels et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Il en résulte toutefois également que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu.

4. Le droit d'être entendu implique en principe que l'autorité préfectorale mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ressort des indications figurant dans l'arrêté attaqué que le respect de la procédure contradictoire, et plus particulièrement du droit d'être entendu, a été assuré dans le cadre de l'audition pénale menée par les services de la police aux frontières après l'interpellation de M. B le 22 septembre 2022 alors qu'il était en train de travailler illégalement sur une exploitation agricole à Gigondas. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision qu'il conteste serait intervenue en violation de ses droits.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut être retirée à tout employeur, titulaire d'une telle carte, en infraction avec l'article L. 8251-1 du code du travail ainsi qu'à tout étranger qui méconnaît les dispositions de l'article L. 5221-5 du même code ou qui exerce une activité professionnelle non salariée sans en avoir l'autorisation. ". En application de l'article L. 421-34 de ce code : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "travailleur saisonnier" d'une durée maximale de trois ans./ () Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an./ La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". L'article L. 5221-5 du code du travail dispose : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour retirer la carte de séjour pluriannuelle et faire obligation à M. B de quitter sans délai le territoire français, la préfète de Vaucluse s'est fondée à la fois sur l'exercice, par M. B, d'une activité professionnelle en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail ainsi que sur son maintien sur le territoire au-delà d'une durée de six mois en méconnaissance de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Le titre de séjour dont bénéficiait M. B en qualité de travailleur saisonnier l'autorisait à résider régulièrement sur le territoire pour une durée de six mois par an. Il ressort des pièces du dossier que M. B est rentré sur le territoire national le 10 novembre 2021. Le requérant n'établit pas, par les pièces qu'il produit, avoir ensuite quitté la France le 10 mai 2022 pour y revenir au mois de juillet 2022. Il s'ensuit qu'il résidait irrégulièrement sur le territoire depuis plus de six mois. En outre, M. B exerçait, à la date du contrôle par les services de police dans une exploitation agricole, une activité professionnelle sous couvert d'un contrat de travail non visé par les autorités compétentes, en méconnaissance de l'article L. 5221-5 du code du travail. La préfète de Vaucluse n'a ainsi pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 432-7 et L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché la décision attaquée d'une erreur de droit. Elle n'est pas davantage entachée d'un défaut de base légale.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / () ".

9. M. B, dont le titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier ne lui donnait pas vocation à s'établir durablement en France, n'établit pas être isolé en Tunisie, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où vivent son épouse et ses deux enfants. Ainsi que dit au point 7 il ne bénéficiait pas d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Il ne ressort pas non plus des pièces produites qu'il était intégré socialement. Ainsi, quand bien même il n'aurait jamais fait l'objet d'une procédure judiciaire et ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète de Vaucluse dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes raisons, la décision de retrait du titre de séjour n'est pas entachée d'une erreur de fait quant à sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

11. Eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité prétendue du refus de titre de séjour doit être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 22 septembre 2022. Il y a lieu en conséquence de rejeter sa requête en ce comprises les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qu'elle comporte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- Mme Bourjade, première conseillère,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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