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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202889

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202889

vendredi 14 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantGARREAU

Résumé IA

Le tribunal administratif de Nîmes a rejeté la requête de Mme A, agent hospitalier, qui contestait le refus du centre hospitalier Le Mas Careiron de la réintégrer sur un poste d'hygiéniste à mi-temps thérapeutique. La juridiction a considéré que la décision de l'affecter sur un poste de préparatrice en pharmacie constituait une mesure d'organisation du service, insusceptible de recours pour excès de pouvoir. Les moyens tirés du non-respect des préconisations du médecin du travail, de l'existence d'une sanction déguisée et de faits de harcèlement moral ont été écartés comme infondés. La demande indemnitaire de Mme A a également été rejetée, faute pour elle d'établir un lien entre le préjudice allégué et un comportement fautif de l'administration. La décision s'appuie sur les dispositions du code général de la fonction publique et du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Soulier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juillet 2022 par laquelle le centre hospitalier Le Mas Careiron a rejeté sa demande de réintégration dans ses fonctions d'hygiéniste ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Le Mas Careiron de la réintégrer à mi-temps thérapeutique sur un poste d'hygiéniste, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le centre hospitalier Le Mas Careiron à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral et financier qu'elle estime avoir subi du fait du harcèlement moral dont elle a été victime, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de notification de la demande préalable ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier Le Mas Careiron la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier n'établit pas qu'une affectation sur le poste de préparatrice en pharmacie serait conforme à l'organisation et à l'intérêt du service ;

- la décision refusant sa réintégration sur le poste d'hygiéniste à mi-temps thérapeutique contrevient aux préconisations du médecin du travail ; l'aptitude prononcée par le médecin du travail porte sur le poste d'hygiéniste et en considération de son état de santé ;

- cette décision est constitutive d'une sanction déguisée ;

- la responsabilité pour faute du centre hospitalier est engagée dès lors qu'elle a fait l'objet de faits répétés d'harcèlement moral ;

- les préjudices subis du fait du harcèlement moral subi doivent être indemnisés à hauteur d'une somme de 10 000.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2023, le centre hospitalier Le Mas Careiron, représenté par Me Garreau, conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête tendant à la contestation du courrier de l'avocat du centre hospitalier est irrecevable ;

- la réaffectation de Mme A sur un emploi de préparatrice en pharmacie, constitue une mesure d'organisation du service, prise dans l'intérêt du service, insusceptible de recours ;

- les autres moyens de la requête sont infondés ; aucun motif médical ne s'oppose au changement d'affectation ;

- les faits de harcèlement moral ne sont pas établis ;

- la requérante n'établit pas que le préjudice moral qu'elle allègue serait imputable à des faits de harcèlement moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,

- et les observations de Me Garreau, représentant le centre hospitalier Le Mas Careiron.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, agent titulaire du centre hospitalier Le Mas Careiron, a occupé les fonctions de préparatrice en pharmacie jusqu'en 2015 puis a bénéficié d'une décharge syndicale de 80 %. Après avoir obtenu un diplôme universitaire d'hygiéniste, elle a été affectée en septembre 2019 sur l'emploi d'hygiéniste puis a été placée en congé de maladie ordinaire du 22 février 2021 au 22 mars 2021, puis de nouveau à compter du 7 mars 2022. Après avoir fait part à la direction des ressources humaines de ses difficultés relationnelles avec la coordinatrice des soins, Mme A a été informée au cours de l'entretien du 16 février 2022 qu'elle serait affectée sur le poste de préparatrice en pharmacie lorsqu'elle serait en mesure de reprendre son activité. Par un courrier du 17 juin 2022, Mme A a demandé au centre hospitalier de la réintégrer dans ses fonctions d'hygiéniste et de lui verser une indemnité de 5 000 euros en réparation du préjudice moral résultant de faits de harcèlement moral. Par un courrier du 25 juillet 2022, le conseil du centre hospitalier Le Mas Careiron, a informé la requérante du rejet de ses demandes. Par le présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler ce courrier du 25 juillet 2022 et de condamner le centre hospitalier le Mas Careiron à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral et financier qu'elle estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont elle aurait été victime.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle() ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête () ".

3. Il résulte des dispositions des articles 4 et 6 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques que, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires excluant l'application d'un tel principe dans les cas particuliers qu'elles déterminent, les avocats ont qualité pour représenter leurs clients devant les administrations publiques sans avoir à justifier du mandat qu'ils sont réputés avoir reçu de ces derniers dès lors qu'ils déclarent agir pour leur compte. Si ces dispositions autorisent également les personnes publiques à se faire représenter par des avocats dans leurs relations avec les autres personnes publiques ou avec les personnes privées, aucune décision administrative ne saurait toutefois résulter des seules correspondances de ces derniers, en l'absence de transmission, à l'appui de ces correspondances, de la décision prise par la personne publique qu'ils représentent.

4. Le présent recours est dirigé contre la lettre du 25 juillet 2022 par laquelle le conseil du centre hospitalier Le Mas Careiron a indiqué au conseil de la requérante que l'affectation de celle-ci sur le poste de préparatrice en pharmacie, poste de catégorie A, correspondant aux emplois qu'elle est susceptible de pourvoir au regard de son grade, constituait une mesure d'organisation du service prise dans l'intérêt du service, insusceptible de recours et qu'en l'absence de harcèlement moral, il ne serait pas donné de suites aux demandes formulées dans son recours préalable du 17 juin 2022. Si cette lettre rejette la demande de Mme A, elle ne saurait être regardée pour autant comme une décision administrative susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir en l'absence de transmission, à l'appui de cette correspondance, de la décision prise par le directeur du centre hospitalier sur la demande de Mme A. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation du refus de réintégration dans les fonctions d'hygiéniste et d'injonction sous astreinte sont irrecevables.

5. En revanche, la demande indemnitaire préalable présentée le 17 juin 2022 par Mme A auprès du centre hospitalier a été implicitement rejetée le 17 août suivant du fait du silence gardé pendant deux mois par le directeur du centre hospitalier sur cette demande. Le délai de recours contentieux, mentionné à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, ouvert à l'encontre de cette décision implicite de refus n'était pas expiré lorsque Mme A a introduit son recours, le 26 septembre 2022, devant le tribunal administratif. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de Mme A sont recevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

7. ll appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration à laquelle il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

8. Mme A soutient que sa supérieure hiérarchique n'a eu de cesse d'exercer une surveillance étroite sur son activité et de dénigrer son travail et ses compétences par l'envoi de courriels utilisant le tutoiement et des termes comminatoires. Toutefois, les courriels versés au dossiers, s'ils peuvent témoigner d'un ton parfois inapproprié de la supérieure hiérarchique dans la manifestation de son agacement face aux sollicitations de la requérante, notamment en cas de non-respect par celle-ci des instructions et consignes de sa hiérarchie, ne permettent pas à eux seuls d'établir que la hiérarchie de Mme A s'adresserait à elle de manière méprisante et désobligeante ni que ses initiatives auraient fait l'objet d'un discrédit systématique contrairement à ce qu'elle soutient. En outre, il ressort du courriel du 1er septembre 2020, que le tutoiement est également employé par la requérante dans ses échanges avec sa hiérarchie. S'il n'est pas contesté qu'elle n'a pas été conviée à une réunion du CHSCT ni informée de l'existence d'un cluster au sein d'un établissement, ces seuls éléments ne sauraient suffire à établir qu'elle aurait fait l'objet d'une mise à l'écart et d'un isolement alors que les faits reprochés se sont déroulés dans un contexte tendu de crise sanitaire. Par ailleurs, la circonstance que Mme A a dû communiquer son planning de travail relevait de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été empêchée de communiquer directement avec les cadres du service. Enfin, la requérante, qui soutient qu'elle souffre d'un effondrement dépressif lié aux conditions de travail, produit en ce sens des arrêts de travail et établit également être suivie par un psychiatre. Toutefois, les certificats médicaux des 25 février 2022 et 22 juin 2022 faisant état d'un état anxiodépressif persistant en lien avec les conditions de travail malgré un traitement médicamenteux sont en contradiction avec les avis d'aptitude à la reprise du médecin du travail établis aux mêmes dates les 18 février 2022 et 15 septembre 2022 dont se prévaut également la requérante. Les témoignages peu circonstanciés des deux collègues de Mme A, faisant état pour l'essentiel du ressenti de celle-ci, ne sauraient suffire à établir que les conditions de travail de l'intéressée auraient été susceptibles d'altérer sa santé mentale.

9. Il s'ensuit que Mme A ne produit pas d'éléments de nature à laisser présumer l'existence d'agissements excédant les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique ou d'organisation du service, caractérisant un harcèlement moral.

10. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de comportement fautif de l'administration les conclusions indemnitaires de Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Le Mas Careiron, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de

Mme A la somme demandée par le centre hospitalier Le Mas Careiron au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Le Mas Careiron au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier Le Mas Careiron

Délibéré après l'audience du 5 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Chamot, présidente,

Mme Sarac-Deleigne, première conseillère,

M. Cambrezy, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.

La rapporteure

B. SARAC-DELEIGNE

La présidente,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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