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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202963

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202963

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP AMIEL - SUSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 septembre 2022 et des mémoires enregistrés les 31 mars et 4 mai 2023, M. A B, représenté par Me Susini, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 avril 2022, par lequel le maire de la commune de Cavaillon a délivré un permis d'aménager à la société d'études azuréennes portant sur 24 lots à bâtir, ensemble la décision par laquelle cette autorité a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cavaillon une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir contre l'arrêté attaquée dès lors qu'il est usufruitier d'une maison située sur la parcelle cadastrée section AS n° 211, jouxtant le terrain d'assiette du projet, jusqu'alors non bâti ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 1AUh4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Cavaillon dans la mesure où le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par le réseau public d'assainissement et ne prévoit aucun équipement d'assainissement collectif public permettant par temps de pluie la rétention des eaux usées ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le système d'assainissement individuel qu'il prévoit comporte un risque de pollution de la nappe phréatique ;

- le maire de Cavaillon était tenu de refuser de délivrer le permis d'aménager en litige dans la mesure où il n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique les travaux destinés à édifier un ouvrage d'équipement du système

d'assainissement collectif public seront exécutés ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dans la mesure où il comporte une prescription renvoyant à une instruction complémentaire ultérieure portant notamment sur la réalisation par chaque pétitionnaire d'une étude de sol à transmettre au service public d'assainissement non collectif avant dépôt de permis de construire ;

- il méconnaît les dispositions du b) de l'article 1AUh4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Cavaillon ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 441-1 du code de l'urbanisme et de l'article L. 211-1 du code de l'environnement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dans la mesure où il comporte une prescription renvoyant à une instruction complémentaire ultérieure portant sur la création d'un ouvrage de rétention dont les caractéristiques et le dimensionnement devront être précisées ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme au regard du risque incendie, en ce qui concerne, d'une part le caractère incertain de l'édification d'un poteau incendie, et d'autre part, l'absence de prise en compte des préconisations du SDIS portant sur la création d'une aire de retournement et la mise en place de deux poteaux incendie ;

- il méconnaît également les dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dans la mesure où il renvoie à une concertation ultérieure la vérification de l'absence de risque d'incendie ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier de la demande de permis d'aménager que le raccordement au réseau que s'engage à financer le pétitionnaire soit réservé à la seule desserte des constructions prévues par son projet ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 1AUh11 du règlement du PLU et contrarie les objectifs de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Bas de Vidauque " ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 1AUh3 du règlement du PLU dans la mesure où les caractéristiques de la voie de desserte du projet ne permettent pas de desservir de manière satisfaisante un lotissement comportant 24 lots.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 novembre 2022, les 2 et 5 mai 2023, la société d'études azuréenne, représentée par Me Zago, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société pétitionnaire fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive et que M. B ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre l'arrêté qu'il attaque ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ou sont inopérants.

- les nouveaux moyens figurant dans le mémoire enregistré le 31 mars 2023 sont irrecevables dès lors qu'ils ont été soulevés postérieurement à l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, la commune de Cavaillon, représentée par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 650 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés ou sont inopérants.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lagarde,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Susini, pour M. B, et celles de Me Zago, représentant la société d'études azuréennes.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 avril 2022, le maire de la commune de Cavaillon a délivré à la société d'études azuréennes un permis d'aménager 24 lots à bâtir, sur les parcelles cadastrées section AP n° 0038 et n° 212. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et de la décision par laquelle le maire de Cavaillon a rejeté son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la société d'études azuréennes :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a, par courrier en date du 9 juin 2022, formé un recours gracieux contre l'arrêté du 12 avril 2022 par lequel le maire de Cavaillon avait délivré un permis d'aménager à la société d'études azuréennes. Le requérant joint à sa requête une copie d'écran issue du site internet de La Poste permettant d'établir que le courrier par lequel le maire de Cavaillon a rejeté expressément son recours gracieux lui a été notifié le 2 août 2022. Dès lors que la société pétitionnaire ne produit aucun élément qui permettrait de remettre en cause cette date de notification, elle n'est pas fondée à soutenir que la requête de M. B, enregistrée le 29 septembre 2022, serait tardive.

4. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est usufruiter de la parcelle cadastrée section AS n° 211 jouxtant le terrain d'assiette du projet. Il fait valoir, sans être contredit, que ce terrain est actuellement uniquement occupé par deux constructions à vocation agricole. Au regard de l'ampleur du projet, qui porte sur un lotissement comprenant 24 lots, ainsi que des flux de circulation que celui-ci va engendrer, il est fondé à soutenir que ce projet affecte directement les conditions de jouissance de son bien. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la société pétitionnaire tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Cavaillon applicables au secteur 1AUh : " La zone 1AUh correspond aux secteurs d'urbanisation future à vocation d'habitat. / Elle comprend trois sous-secteurs : / () - 1AUhd correspondant à l'extension de l'urbanisation quartier dit " C ". / Ces secteurs font l'objet d'Orientations d'Aménagement et de Programmation dont ils devront respecter les prescriptions. ". Aux termes des dispositions de l'article 1AUh4 du règlement du PLU relatives aux eaux usées : " Toute opération, construction ou installation doit évacuer ses eaux résiduaires par des canalisations souterraines raccordées au réseau d'assainissement collectif public, en respectant les caractéristiques de ce réseau. Dans l'attente de la création de la nouvelle station d'épuration intercommunale Cavaillon / Les Taillades, les nouveaux projets pourront être accordés seulement si un équipement du système d'assainissement collectif public permet, par temps de pluie, la rétention des eaux usées. Les périodes de temps de pluie correspondent aux périodes pendant lesquelles le débit transitant dans le réseau de collecte est influencé par la présence d'eaux pluviales (cf. note technique du 7 septembre 2015 relative à la mise en œuvre de certaines dispositions de l'arrêté ministériel du 21 juillet 2015). L'évacuation des eaux usées retenues pendant les temps de pluie se fera de manière progressive, à l'issue des périodes de temps de pluie considérées, sans saturation du réseau public de collecte. Les ouvrages techniques à la charge de l'aménageur devront être dimensionnés pour respecter les caractéristiques du rejet admissible hors temps de pluie, qui seront déterminées par le gestionnaire du réseau public. / L'évacuation des eaux et matières usées dans les fossés, cours d'eau ou réseaux d'eau pluviale est interdite. ". La notice des annexes sanitaires du PLU précise, en ce qui concerne le secteur Vidauque, que : " Le raccordement du quartier déjà urbanisé au réseau d'assainissement non collectif n'est pas prioritaire actuellement. Le quartier sera laissé en zonage d'assainissement non collectif dans le cadre du zonage d'assainissement en cours de révision. En ce qui concerne le secteur AUhd, il devra être raccordé à une micro-station d'épuration d'environ 200 équivalent/habitants ".

7. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1AUh4 du règlement du PLU de la commune de Cavaillon, complétées par les mentions figurant dans la notice des annexes sanitaires du PLU, que, contrairement à ce que soutiennent tant la commune de Cavaillon que la société pétitionnaire, les opérations d'aménagement prévues spécifiquement au sein du secteur 1AUhd dans lequel est situé le terrain d'assiette du projet nécessitent un raccordement à une station d'épuration d'environ 200 équivalent / habitants. Cet élément a, en outre, été mentionné à plusieurs reprises dans le rapport de présentation du PLU. Les dispositions dont se prévalent la commune et la société pétitionnaire indiquant que le quartier " sera laissé en zonage d'assainissement collectif " ne portent que sur la partie déjà urbanisée du secteur 1AUhd, ce qui exclut le terrain d'assiette du projet, très majoritairement non bâti. Il est constant que cette station n'a pas été construite à la date de la décision attaquée, et que le projet ne prévoit aucun raccordement à une telle station, ni par ailleurs à aucun équipement du système d'assainissement collectif public permettant, par temps de pluie, la rétention des eaux usées. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 1AUh4 du règlement du PLU doit être accueilli.

8. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Aux termes de l'article R. 111-5 du même code : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ".

9. En vertu des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

10. Il ressort des pièces du dossier que le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de Vaucluse a considéré, dans un avis en date du 17 janvier 2022, que le projet en litige ne permettait pas aux véhicules de lutte contre l'incendie d'accéder à l'ensemble des lots dans des conditions satisfaisantes, dans la mesure où il ne comportait pas d'aires de retournement garantissant auxdits véhicules de pouvoir faire demi-tour en trois manœuvres au maximum. Il a, en conséquence, émis une préconisation portant sur la création de telles aires. Il n'est pas contesté par la société pétitionnaire que le projet en litige n'a pas pris en compte cette préconisation. Les services instructeurs de la commune de Cavaillon ont considéré quant à eux que les conditions d'accessibilité aux lots étaient suffisantes. La société pétitionnaire se prévaut uniquement d'une attestation, au demeurant peu étayée, établie par un géomètre-expert, aux termes de laquelle les trois placettes prévues par le projet permettent aux véhicules d'incendie et de secours d'effecteur les manœuvres idoines. Cet élément est insuffisamment probant pour contredire utilement l'appréciation portée par le SDIS de Vaucluse sur les conditions d'accessibilité à l'ensemble des lots. Par ailleurs, le SDIS a considéré que la défense extérieure contre l'incendie n'était pas assurée dès lors que le point d'eau incendie le plus proche était situé à plus de 500 mètres du terrain d'assiette du projet. Le SDIS préconisait en conséquence l'implantation de deux nouveaux poteaux d'incendie. Si la société pétitionnaire fait valoir que le projet prévoit une telle implantation, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, les modalités d'alimentation en eau desdits poteaux sont inconnues, de sorte que leur fonctionnement effectif n'est pas garanti. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme invoqué par M. B doit être accueilli en ses deux branches.

11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'apparaît susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de justice administrative :

12. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis () d'aménager, () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. ".

13. Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée, sont susceptibles d'être régularisés, le juge doit surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation. Il invite au préalable les parties à présenter leurs observations sur la possibilité de régulariser le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme. Le juge n'est toutefois pas tenu de surseoir à statuer, d'une part, si les conditions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme sont réunies et qu'il fait le choix d'y recourir, d'autre part, si le bénéficiaire de l'autorisation lui a indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

14. L'illégalité relevée au point 7 qui affecte la totalité du projet litigieux, n'apparait pas susceptible d'être régularisée sur le fondement des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Cavaillon et par la société d'études azuréennes au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Cavaillon de la société d'études azuréennes une somme de 1 200 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 12 avril 2022, par lequel le maire de la commune de Cavaillon a délivré un permis d'aménager à la société d'études azuréennes, ainsi que la décision par laquelle cette autorité a rejeté le recours gracieux formé par M. B sont annulés.

Article 2 : La commune de Cavaillon versera une somme de 1 200 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société d'études azuréennes versera une somme de 1 200 euros à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Cavaillon et par la société d'études azuréennes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Cavaillon et à la société d'études azuréennes.

Copie en sera transmise à la procureure de la République près le tribunal judiciaire d'Avignon en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

F. LAGARDELe président,

J. ANTOLINI

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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