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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202983

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202983

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTODOROVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 octobre 2022 et le 18 novembre 2022, M. A E, représenté par Me Todorova, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Gard de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Todorova au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier dès lors qu'il y a une erreur sur son patronyme et sur sa date de naissance ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de la durée de son séjour et de l'avis du service de la main d'œuvre étrangère ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'ancienneté et de la continuité de son séjour en France et quant à l'exercice d'une activité professionnelle ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant un délai de départ de 30 jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Todorova, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain né le 6 janvier 1976, a sollicité, le 24 janvier 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er septembre 2022, la préfète du Gard a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions :

2. L'arrêté attaqué a été signé pour la préfète du Gard par M. D B, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la préfecture du Gard. Par arrêté n° 30-2022-01-03-002 du 3 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la Préfecture du Gard le même jour, M. B a reçu délégation de la préfète de ce département à l'effet de signer en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la préfète du Gard, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a énoncé les circonstances pertinentes de droit et de fait qui fondent la décision en litige. Il ne ressort ni de cette motivation ni des pièces du dossier que la préfète du Gard n'aurait pas procédé à un examen complet et sérieux de la situation personnelle de M. E. Par ailleurs, l'indication qu'il est né en 1986 et non en 1976 constitue une erreur de plume sans incidence sur la légalité de la décision en litige et n'est pas davantage susceptible de révéler un défaut d'examen de sa situation. En outre, l'indication erronée de ses prénom et nom à un seul endroit de l'arrêté ne saurait non plus constituer une erreur de fait. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, et non de celui de tous les étrangers qui soutiennent remplir les conditions pour séjourner de plein droit sur le territoire français.

5. M. E soutient qu'il réside sur le territoire national depuis plus de dix ans. Toutefois, il ne produit aucune pièce au titre de l'année 2013 ni pour la période courant du mois d'octobre 2020 au mois de novembre 2021. Ainsi, faute d'établir qu'il résiderait en France de manière habituelle depuis au moins dix ans à la date de la décision contestée, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Gard aurait dû consulter la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions sus-rappelées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Comme il a été dit au point 5, M. E n'établit pas la durée et la continuité de son séjour sur le territoire national dès lors qu'il ne produit aucune pièce pour la période allant du mois d'octobre 2020 au mois de novembre 2021. Il ne justifie pas davantage d'une insertion socio-professionnelle particulière bien qu'il exerce une activité salariée depuis le mois de décembre 2021 en qualité de cuisinier sous couvert d'un contrat à durée indéterminée. La circonstance que l'ensemble de ses frères et sœurs avec lesquels il entretient des relations suivies vivent régulièrement en France, à l'exception de l'une de ses sœurs qui vit en Espagne sous couvert d'un titre de séjour, ne suffit pas, par elle-seule, à établir qu'il a constitué en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc où il a vécu la majeure partie de son existence. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. E est célibataire et sans charge de famille et qu'il est hébergé chez l'un de ses frères. En outre, le requérant a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2017. M. E n'est, dans ces conditions, fondé à soutenir ni que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que cette même décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré l'erreur de droit doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

11. D'une part, comme indiqué aux points 5 et 7, M. E célibataire et sans charge de famille ne justifie pas avoir transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France depuis 2006. D'autre part, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de l'exercice d'une activité professionnelle du mois de mars au mois de septembre 2020 comme employé et depuis le mois de décembre 2021 en tant que cuisinier dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet. Toutefois, ces éléments, eu égard à la nature de l'expérience et des qualifications professionnelles de M. E et des caractéristiques de l'emploi concerné, ne constitue pas un motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, la préfète du Gard n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la situation de M. E ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels et en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement. La préfète n'a pas davantage méconnu ces dispositions.

12. En dernier lieu, il était loisible à la préfète du Gard, saisie d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en vue de la délivrance d'une carte de séjour temporaire pour l'exercice d'une activité salariée, de saisir pour avis la direction régionale des entreprises de la concurrence de consommation du travail et de l'emploi.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. Eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité prétendue du refus de titre de séjour doit être écarté.

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire :

15. Le requérant n'invoque aucune circonstance de nature à justifier qu'un délai de départ volontaire supérieur au délai de droit commun de trente jours lui soit accordé.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Todorova et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- Mme Bourjade, première conseillère,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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