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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2202996

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2202996

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2202996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantBECHEROT-GATTA-HUGUENIN VIRCHAUX-ARNAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022 et un mémoire en registré le 7 novembre 2022, Mme A D épouse B, représentée par Me Huguenin-Virchaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022, par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de renouveler son titre de séjour au titre du regroupement familial, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de réexaminer sa situation et sa demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été épris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord modifié du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse B, ressortissante tunisienne née le 1er février 1986 à Mareth (Tunisie), qui a épousé le 30 août 2018 M. B, ressortissant ivoirien titulaire d'un titre de séjour mention " parent d'enfant français ", est entrée en France le 16 février 2020 sous couvert d'un visa de long séjour délivré dans le cadre de la procédure de regroupement familial puis a bénéficié d'un titre de séjour à ce titre, dont elle a demandé le renouvellement le 21 septembre 2021. Par un arrêté du 20 septembre 2022, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D épouse B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par arrêté du 23 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans ce département du même jour, la préfète de Vaucluse a donné à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfète de Vaucluse, délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des pièces du dossier, qu'épouse depuis le 30 août 2018 d'un ressortissant ivoirien titulaire d'un titre de séjour mention " parent d'enfant français ", Mme D épouse B a bénéficié, après mise en œuvre de la procédure de regroupement familial, d'un droit au séjour sur le territoire français du 16 février 2020, date de son entrée régulière en France sous couvert d'un visa de long séjour. Un enfant est né de cette union le 16 février 2021. Elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour le 21 septembre 2021. Toutefois, son époux a fait l'objet le 14 février 2022 d'un refus de renouvellement de son titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français. Elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans en Tunisie où elle n'établit ni même n'allègue être isolée et elle est récemment arrivée sur le territoire national, où elle ne se prévaut d'aucun autre lien familial ou personnel que son époux qui n'est plus autorisé à y séjourner. Elle ne fait enfin mention d'aucune circonstance qui s'oppose à ce qu'elle retourne vivre en Tunisie avec sa fille et son mari ou dans le pays d'origine de celui-ci. Ainsi, l'arrêté en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Cette décision n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien modifié ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A supposer que l'intéressée ait entendu soulever un tel moyen, et sans méconnaitre les efforts d'intégration dont elle se prévaut dans sa requête, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressée.

5. En deuxième lieu, selon l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de rupture de la vie commune ne résultant pas du décès de l'un des conjoints, le titre de séjour qui a été remis au conjoint d'un étranger peut, pendant les trois années suivant l'autorisation de séjourner en France au titre du regroupement familial, faire l'objet d'un retrait ou d'un refus de renouvellement. / Lorsque la rupture de la vie commune est antérieure à la demande de titre, l'autorité administrative refuse d'accorder ce titre. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas si un ou plusieurs enfants sont nés de cette union, lorsque l'étranger est titulaire de la carte de résident et qu'il établit contribuer effectivement, depuis la naissance, à l'entretien et à l'éducation du ou des enfants dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil.

6. Mme D épouse B qui ne s'est pas vue délivrer une carte de résident dans le cadre du regroupement familial mais une carte de séjour temporaire, n'est pas fondée à soutenir que la préfète de Vaucluse aurait commis une erreur de droit dans l'application des dispositions citées au point précédent dont elle ne remplit pas les conditions cumulatives.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme D épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie tenue aux dépens ou la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse B et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

Mme Bertrand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

B. C

Le président,

P. PERETTILe greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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