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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203003

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203003

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBELAÏCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2022, M. C B, représenté par Me Belaïche, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 4 octobre 2022 par lesquelles la préfète du Gard l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour d'un an et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté attaqué est entachée de vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier ;

- le droit d'être entendu a été méconnu en l'absence de débat contradictoire ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et a été prise en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

S'agissant du refus de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la scolarisation de ses enfants ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- cette décision est privée de base légale par suite de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est privée de base légale par suite de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- cette décision est privée de base légale par suite de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Achour, première conseillère.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Belaïche, représentant M. B,

- la préfète du Gard n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 26 décembre 1988, demande l'annulation des décisions du 4 octobre 2022 par lesquelles la préfète du Gard l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi, a prononcé une interdiction de retour d'un an et l'a assigné à résidence ;

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour :

Sur la légalité externe :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, qui disposait, aux termes de l'arrêté réglementaire du 3 janvier 2022, publié au recueil des actes administratifs du même jour d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de M. B au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, au regard notamment de la vie privée et familiale, et des éléments dont il disposait sur la situation personnelle du requérant. L'arrêté répond ainsi à la condition de motivation de l'obligation de quitter le territoire sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de la décision prononçant une interdiction de retour, et ne révèle aucun défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une mesure d'éloignement implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par les services de police le 3 octobre 2022, notamment sur l'irrégularité de son séjour en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'intervention de décisions qui l'affecteraient défavorablement et du principe du contradictoire doivent être écartés.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B soutient résider en France depuis 2016 avec son épouse et leurs deux enfants nés en France, scolarisées en classe de maternelle, et exercer le métier de coiffeur, il ressort des pièces du dossier que M. B et son épouse ont fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français sous trente jours en 2021 et se maintiennent en France en situation irrégulière. Le requérant ne démontre pas l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale en Algérie, pays dont son épouse et des filles ont également la nationalité, ni l'impossibilité pour ses filles d'être scolarisées dans ce pays. La circonstance que M. B exercerait le métier de coiffeur ne saurait suffire à démontrer qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux alors qu'il ne justifie pas d'une autorisation de travail et ne démontre pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où il est demeuré la majeure partie de sa vie. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, M. B n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni qu'elle porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public poursuivis.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

9. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait pour effet de séparer durablement M. B de ses filles ni de faire obstacle à leur scolarisation, celle-ci pouvant être poursuivie en Algérie, pays dont elles ont la nationalité. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision méconnait l'article 3-1 de la convention de New-York.

S'agissant du refus de délai de départ volontaire, de la fixation du pays de renvoi et de l'interdiction de retour :

10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 9, les moyens dirigés contre ces décisions et tirés, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B ne peuvent qu'être écartés en l'absence d'illégalité entachant cette mesure.

11. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 9, aucune erreur manifeste d'appréciation n'entache la décision portant refus de délai de départ volontaire ni celle portant interdiction de retour.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

12. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 9, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B ne peut qu'être écarté en l'absence d'illégalité entachant cette mesure.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Gard du 4 octobre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions en excès de pouvoir doivent être rejetées, de même que ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète du Gard et à Me Belaïche.

Lu en audience publique le 12 octobre 2022.

La magistrate désignée,

P. A

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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