jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203045 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | GHAEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Ghaemol Sabahy demande au tribunal :
- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle,
- l'annulation de l'arrêté n° 84/2022/1110 du 19 juillet 2022 par lequel le préfet du Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;
- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade en application de l'article L. 425-9 du Ceseda dans un délai d'un mois, et à défaut sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour;
- la mise à la charge de l'État d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué révèle une décision portant refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade en application de l'article L. 425-9 du CESEDA, qui n'a pas été instruite ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision querellée est entachée d'un vice de procédure faute d'avoir informé l'intéressée, lors de la délivrance de son attestation de demande d'asile, de son obligation de présenter concomitamment une demande de titre de séjour ;
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la mesure d'éloignement ne pouvait pas légalement se fonder sur l'article L. 611-1 4° du CESEDA et il appartenait au préfet de se prononcer sur la demande de titre de séjour ;
- le préfet s'est cru en situation de compétence liée et a entaché sa décision d'erreur de droit ;
- le motif opposé à sa demande est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 431-2 et R.431-7 du CESEDA ; l'information prévue par ces articles ne lui a pas été donnée et le délai prévu à l'article D. 431-7 ne lui est pas opposable ;
- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade telle que relevée par l'arrêté attaqué ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- le principe du droit à être entendu a été violé.
Par un mémoire enregistré le 27 octobre 2022 la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 25 octobre 2022 du Bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2022 :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Ghaemol Sabahy pour Mme C et de Mme C elle-même.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. Mme B C, ressortissante ivoirienne née le 23 mars 1997 à Abidjan a présenté une demande d'asile le 23 octobre 2019, dont elle a été déboutée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision en date du 22 octobre 2021, confirmée par une décision du 30 mai 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Elle demande l'annulation, de l'arrêté du 19 août 2022 par lequel le préfet de Vaucluse rejette sa demande de titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe son pays de renvoi.
2. Par un arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de la requérante au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme C, mentionnant les raisons pour lesquelles sa demande de titre de séjour au titre d'étranger malade était irrecevable et la requérante ne démontrant pas être exposée à des peines ou à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Côte d'Ivoire. Le moyen tiré d'un défaut de motivation ne peut être qu'écarté, de même que le moyen tiré d'une erreur de droit par défaut d'examen de sa situation. Il ne résulte pas par ailleurs de l'instruction la lecture de l'arrêté et des écritures en défense de la préfète qu'elle se serait crue lié, pour prendre la décision d'éloignement, par les décisions des instances compétentes en matière d'asile.
4. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il présente cette demande et à produire tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, qui a sollicité, par courriers reçus à la préfecture le 16 juin 2022 et le 7 juillet 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour en raison de son état de santé, aurait été empêchée de porter à la connaissance des services préfectoraux toutes les informations pertinentes susceptibles de venir au soutien de sa demande. Par suite, le droit de l'intéressée d'être entendue a bien été satisfait avant que n'intervienne l'arrêté litigieux.
5. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; " et aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 532-1 " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". En l'espèce Mme C, dont le refus de demande d'asile a été jugé légal par la Cour nationale du droit d'asile, n'avait plus droit au maintien sur le territoire français à compter du 30 mai 2022, date de lecture de la décision la concernant.
6. .Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ". La requérante en se bornant à alléguer un défaut d'information sur l'application de cet article n'établit pas que ces dispositions ne peuvent lui être opposées.
7. Ainsi qu'il a été dit, par un courrier reçu en préfecture le 16 juin 2022, soit postérieurement à la décision de la CNDA, Mme C a sollicité la régularisation de sa situation administrative pour raisons de santé. Les services préfectoraux en ont accusé réception le même jour, en demandant à l'intéressée de produire un certificat médical précisant la date à laquelle le diagnostic médical concernant sa maladie a été posé. En réponse la requérante a produit le 7 juillet 2022 la photocopie partielle d'un certificat médical établi le 25 janvier 2022 par un praticien hospitalier. Ce certificat fait seulement apparaître les dates des consultations suivies par la requérante, la première ayant eu lieu le 2 août 2021. Un certificat médical en date du 20 septembre 2022 est produit en l'instance, faisant apparaître une prise en charge à compter du 2 septembre 2021. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces certificats révélaient des circonstances nouvelles rendant la demande recevable au titre de la santé.
8. Le rejet pour irrecevabilité de la demande ne fait toutefois pas obstacle à l'application de plein droit des dispositions de l'article L. 425-9 du même code, selon lequel " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. (). Est également applicable à la situation de la requérante l'article L. 611-3 du même code, selon lequel " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
9. Mme C avait produit, antérieurement à la prise de l'arrêté du 19 août 2022, une copie partielle d'un certificat établi le 25 janvier 2022 par un praticien hospitalier, donnant la liste des consultations avec la requérante et elle produit en l'instance, un certificat du même praticien en date du 20 septembre 2022 qui indique sans autre précision que la requérante ne pourrait pas bénéficier dans son pays d'une prise en charge médicale et psychiatrique renforcée. Ces certificats ne comportent pas toutefois d'éléments d'information suffisamment circonstanciés et précis justifiant que Mme C présente un état de santé susceptible de la faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire pour raison de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 et de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que le préfet pouvait décider d'éloigner la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 4° précité, aucune disposition n'y faisant obstacle.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C ne peut être que rejetée, y compris ses demandes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1erer : Mme B C est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète de Vaucluse et à Me Ghaemol Sabahy.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. A
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2203045
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026