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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203049

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203049

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantESSAKHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 07 octobre 2022 et un mémoire reçu le 29 novembre 2022, M. E A, représenté par Me Parracone, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté n°22/84/323 du 06 octobre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an avec un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et fixe son pays de renvoi.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la motivation est insuffisante ;

- les conditions de son interpellation sont illégales ; la décision est entachée d'une erreur de droit ou à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il ne s'est pas soustrait à l'arrêté d'assignation à résidence de 2021 ;

- il avait droit à ce que sa demande de titre de séjour vie privée et familiale soit examinée avant que soit prise une décision d'éloignement ;

- la Société Mariani a présenté à la Préfecture une demande d'autorisation de travail le concernant pour conclure un contrat de travail avec un salarié étranger résidant en France dont la Préfecture lui a accusé réception le 19 mai 2022 ; la Société Mariani a relancé la Préfecture par mail le 21 septembre 2022 et il lui a été répondu que la demande était toujours en cours ; l'offre d'emploi qu'elle avait mise sur le Pôle Emploi pour rechercher un carreleur n'a pas été suivie d'effet comme plusieurs autres d'ailleurs, et la Société Mariani a insisté sur les difficultés qu'elle rencontre pour recruter dans le courrier qu'elle a adressé à la Préfecture du Vaucluse le 30 juin 2022 ;

- l'absence de délai est injustifiée dès lors que son adresse est parfaitement connue de l'administration ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; ses parents sont décédés, de même que sa compagne, ses deux frères, dont l'un est français, vivent en France ; il n'a plus personne au Burkina Faso et vit en France depuis sept ans ;

- il lui est impossible de retourner dans son pays, les circonstances qui l'ont poussé à le quitter sont toujours d'actualité et ont été aggravées par la situation politique actuelle au Burkina Faso.

Par un mémoire enregistré le 30 novembre 2022 la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Parracone, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. M. E A, né le 10 février 1986 à Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), ressortissant burkinabé, demande l'annulation de l'arrêté de la préfète de Vaucluse du 6 octobre 2022, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduite d'office et prononçant une interdiction de retourner sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A s'était vu refuser un titre de séjour étranger malade le 8 janvier 2021, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Il avait déposé une nouvelle demande de titre de séjour en juillet 2022. L'arrêté du 6 octobre 2022 a été pris après que l'intéressé a été contrôlé en situation de travail illégal sur un chantier de construction.

2. L'arrêté attaqué a été signé pour la préfète de Vaucluse par Mme C D, sous-préfet chargé de mission, qui a reçu délégation de signature pour signer les décisions relatives à la police des étrangers par arrêté du 1er septembre 2022 de la préfète de Vaucluse, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde le préfet, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière du requérant, en particulier en examinant les conditions de son entrée et de son maintien sur le territoire français, et son interpellation en situation de travail illégal.

4. Si M. A soutient que les conditions de son interpellation étaient illégales, de telles circonstances ne peuvent toutefois pas être utilement invoquées à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. ". Si M. A, ainsi que le rappelle la préfète de Vaucluse dans la motivation de son arrêté, a demandé en juillet 2022 à être régularisé, cette demande, contrairement à ce que soutient le requérant, ne faisait pas obstacle à ce qu'il fasse l'objet, sans qu'il y ait été encore répondu, à une mesure d'éloignement fondée, après l'interpellation du requérant, sur le 6° précité.

6.. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. M. A fait valoir qu'il est en France depuis sept ans et qu'il n'a plus de famille au Burkina Faso, alors que deux de ses frères, dont l'un de nationalité française, sont présents sur le territoire français, et qu'il bénéficie d'une demande d'autorisation de travail pour un emploi de carreleur faite par la Société Mariani dans un secteur qui serait en tension, et qui serait toujours en cours d'instruction. M. A n'a toutefois jamais été en situation régulière sur le territoire français, il est célibataire sans charge de famille et âgé de plus de 35 ans, et il ne saurait se prévaloir d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale du seul fait de la présence de deux frères et de sa durée de séjour, lequel, ainsi qu'il a été dit, a toujours été irrégulier, et d'une promesse d'embauche.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas examinée la situation personnelle du requérant et que la décision d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A, alors même qu'une demande d'autorisation de travail serait en cours d'instruction.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 8°L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité,() ". C'est sur ce fondement que la préfète de Vaucluse a fondé sa décision de priver le requérant d'un délai de départ, et non au motif d'une absence de justification d'une résidence effective. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions, alors même que l'adresse du requérant était connue de l'administration.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant ne justifie d'aucun risque personnel en cas de retour en Algérie. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations ne peut être qu'écarté. M. A, qui fait valoir une impossibilité de retour au Burkina Faso, aggravée par la situation actuelle, ne justifie toutefois d'aucun risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à la préfète de Vaucluse et à Me Parracone.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2203049

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