mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | RUFFEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, Mme D, représentée par Me Ruffel, demande au tribunal :
- son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
- l'annulation l'arrêté de la préfète du Gard du 22 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ;
- à titre subsidiaire la suspension de l'exécution cet arrêté ;
- d'ordonner la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;
- de mettre à la charge de l'Etat de payer la somme de 1 500 euro à verser à Me Ruffel en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la motivation est insuffisante ;
- il n'a pas été procédé à un examen réel et complet et l'article L. 542-4 du CESEDA a été méconnu ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la CESDH en la privant de pouvoir assister à l'audience ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision est dépourvue de base légale ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen ;
- la décision est prise en violation des articles 3 de la CEDH et L. 721-4 du CESEDA ;
Sur la demande de suspension :
- elle a pu obtenir de nouveaux documents appuyant sa demande d'asile ; ils sont en cours de traduction ;
- l'OFPRA ne remet pas en doute le service de la requérante dans les forces armées de son pays, mais n'a pas été convaincu par l'absence de preuve de l'existence des pressions subies de la part de son supérieur hiérarchique, que seule sa présence à l'audience permet d'apprécier.
Par un mémoire enregistré le 14 novembre 2022 la préfète du Gard conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La requérante a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision en date du 23 novembre 2022 du Bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 novembre 2022 :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Carbonnier, pour Mme D et de Mme D elle-même, assistée de Mme C interprète en langue arménienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. Mme A D, née le 20 avril 1985 à Aygek (URSS) de nationalité arménienne, a formulé le 15 décembre 2021 une demande d'asile qui a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) selon la procédure accélérée de l'article L. 531-24 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rejetée le 29 avril 2022, notifiée le 7 juillet 2022. Par un arrêté du 22 septembre 2022, la préfète du Gard a obligé Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme D demande au tribunal de prononcer l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
2. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de la requérante au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme D.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
3. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".
4. La demande d'asile de Mme D a été rejetée le 29 avril 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée. Par suite, la requérante entrait dans les cas où l'autorité administrative pouvait légalement édicter à son endroit la mesure attaquée.
5. Il ressort de la lecture même de l'arrêté contesté que la préfète du Gard s'est livrée à un examen réel et complet de la situation de Mme D au regard de ses droits au séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de sa situation doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Mme D n'est entrée en France qu'à la fin de l'année 2021 et n'y justifie d'aucun lien particulier. En sa qualité de demandeur d'asile déboutée, elle n'avait pas vocation à demeurer sur le territoire français. Ayant bénéficié de la procédure de demande d'asile pouvant être légalement appliquée aux ressortissants arméniens, elle n'est pas fondée à soutenir que le fait de ne pas pouvoir assister à l'audience de la Cour nationale du droit d'asile constitue une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ou entache la décision d'éloignement d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. D'une part, en vertu du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". D'autre part, aux termes des dispositions de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, lorsqu'il envisage d'éloigner un étranger du territoire national, de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences exceptionnelles sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait une éventuelle interruption des traitements suivis en France. En l'espèce la préfète du Gard avait saisi le collège des médecins de l'OFII du cas de Mme D, lequel a rendu le 4 avril 2022 l'avis que le défaut de prise en charge médicale pour la pathologie de la requérante ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que son état de santé lui permettait de voyager. Les documents produits en l'instance émanant du CHRU Montpellier et concernant une hospitalisation aux urgences le 18 novembre 2022, n'infirment pas cet avis, de même que le certificat médical établi le 23 novembre 2022 par un médecin généraliste et acupuncteur, mentionnant les deux opérations subies en août et octobre 2022 par Mme D. Le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 611-3 9° ne peut être qu'écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme D ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
9. En se bornant à soutenir que la préfète du Gard n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation et à dénoncer les agissements de son supérieure hiérarchique dans l'armée arménienne, et en produisant son mémoire daté du 26 septembre 2022 qu'elle a adressé à la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), Mme D n'apporte, à l'appui de ses allégations faisant état de ses craintes de violences en cas de retour dans son pays d'origine, aucun élément probant de nature à établir la réalité de menaces personnelles et actuelles. La requérante n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la décision distincte par laquelle la préfète du Gard a fixé le pays de renvoi serait intervenue en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur les conclusions à fins de suspension :
10. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Selon l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ". En l'espèce Mme D, en se bornant à faire valoir le caractère indispensable de sa présence à l'audience de la CNDA et en produisant son mémoire daté du 26 septembre 2022 à l'intention de la cour, n'invoque aucun élément sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire français en application des dispositions précitées. Il suit de là que ces conclusions doivent être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions, en annulation, en suspension et en injonction, de la requête de Mme D doivent être rejetées. Il en est de même de ses demandes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à la préfète du Gard et à Me Ruffel.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. B
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2203108
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026