mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2203113 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BIFECK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 octobre 2022 et le 18 novembre 2022, Mme J G, représentée par Me Bifeck, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ; l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne permet pas de vérifier la composition de ce collège, ni que le médecin qui a rédigé le rapport n'a pas siégé au sein du collège de médecins rendant l'avis, ni même que le collège s'est prononcé sur le fait que l'intéressée pouvait effectivement bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine ; il n'est pas établi que le rapport médical a été transmis au collège de médecins conformément à l'article R. 454-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'avis est insuffisamment motivé dès lors qu'il n'indique pas la durée du traitement ; l'avis de l'OFII n'était pas joint à la décision attaquée ;
- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ; la préfète s'est crue liée par l'avis de l'OFII ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est privée de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 en l'absence de procédure contradictoire ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 423-23 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi ne mentionne pas le nom du pays de renvoi ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar ;
- et les observations de Me Bifeck, représentant Mme G.
Considérant ce qui suit :
1. Mme J G, ressortissante kosovare née le 6 mai 1956, a sollicité, le 18 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 septembre 2022, la préfète de Vaucluse a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi. Mme G demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, le refus de titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. L'obligation de motivation n'impose par ailleurs pas au préfet de mentionner l'ensemble des éléments dont il a tenu compte mais seulement ceux sur lesquels il fonde sa décision. Il est donc suffisamment motivé.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". L'article R. 425-11 de ce code dispose que " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 421-12 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Enfin, l'article R. 425-13 de ce code dispose : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () ".
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse a versé aux débats que le rapport médical a été établi le 29 décembre 2021 par le docteur E H et que l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII a été rendu le 10 mars 2022 par un collège de médecins composé de Mme F B, de M. A C et de Mme D I. Le rapport médical a été transmis au collège de médecins le 3 janvier 2022 ainsi qu'indiqué dans le bordereau de transmission produit par la préfète de Vaucluse.
5. D'autre part, le collège des médecins s'est prononcé sur l'ensemble des questions dont il était saisi et, plus particulièrement, il a estimé que l'intéressée pourrait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé kosovar, bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel son état de santé lui permettait de voyager. En outre, dans la mesure où la mention de la durée prévisible du traitement, prévue au b) de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, ne se justifie que lorsque l'étranger ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, et dès lors que l'avis du 10 mars 2022 considère que l'intéressée peut disposer dans son pays d'origine d'un traitement approprié à ses pathologies, cet avis n'avait pas à préciser de durée prévisible.
6. Enfin, les dispositions citées au point 3 n'imposent pas que l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII soit communiqué à l'étranger qui sollicite un titre de séjour en raison de son état de santé, ni même que le préfet joigne cet avis à la décision refusant le titre de séjour sollicité. En tout état de cause, cet avis a été produit par la préfète de Vaucluse dans le cadre de la présente instance.
7. Il résulte de ce qui précède que le vice de procédure allégué doit être rejeté dans toutes ses branches.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision contestée que la préfète de Vaucluse, qui pouvait s'approprier l'avis du collège de médecins de l'OFII, se serait cru liée par l'appréciation que cette instance a portée sur l'état de santé de la requérante. En outre, il ressort de ces mêmes termes que la préfète a pris en compte d'autres éléments de fait et de droit pour refuser à l'intéressée un titre de séjour, et notamment sa situation privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée en ce que la préfète de Vaucluse se serait crue en situation de compétence liée manque en fait et doit être écarté.
9. En quatrième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
10. Par l'avis du 10 mars 2022, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme G nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entrainer pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que le traitement approprié était disponible dans son pays d'origine vers lequel elle peut voyager sans risques. Compte tenu des termes de cet avis, il appartient à l'intéressée et non à la préfète de Vaucluse, d'établir que son traitement n'est pas disponible au Kosovo. Toutefois, la simple production de deux certificats médicaux indiquant que l'état de santé de la requérante nécessite la poursuite d'un traitement en France, lequel ne serait pas disponible dans son pays d'origine, dans des termes peu circonstanciés, n'est pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins du service médical de l'OFII. La requérante ne démontre pas non plus que son état de santé aurait défavorablement évolué depuis cet avis. Par ailleurs, Mme G n'établit pas ne pas disposer de ressources financières suffisantes pour accéder aux soins qui lui seraient indispensables. Dans ces conditions, la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
12. Si Mme G soutient qu'elle réside en France depuis 2016, les pièces peu variées qu'elle produit, consistant essentiellement pour chaque année en quelques courriers administratifs, une dizaine de documents médicaux et l'attestation d'aide médicale de l'Etat, ne sont pas suffisantes pour établir la résidence habituelle de l'intéressée sur le territoire français depuis cette date. Par ailleurs, les 3 attestations de commerçant qu'elle communique, qui se bornent à indiquer que l'intéressée est cliente depuis 2016, ne sont pas davantage de nature à justifier de la durée et la continuité de son séjour sur le territoire national. Elle ne justifie pas non plus d'une insertion socio-professionnelle particulière, n'a pas de revenu et est hébergée chez l'une de ses filles. La circonstance que ses deux filles, son gendre et ses deux petits-enfants vivent régulièrement en France ne suffit pas, à elle-seule, à établir qu'elle a constitué en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales au Kosovo où elle a vécu jusqu'à 64 ans. Par ailleurs, sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 2 février 2017, confirmée par des arrêts de la Cour nationale du droit d'asile du 10 mars 2017. Malgré la mesure d'éloignement édictée à son encontre par le préfet de Vaucluse le 17 juillet 2018, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal de Nîmes du 27 novembre 2018 et une ordonnance de la cour administrative d'appel de Marseille du 4 mars 2019, la requérante s'est maintenue sur le territoire français. Par arrêté du préfet de Vaucluse du 28 décembre 2018, elle a fait l'objet d'une assignation à résidence qu'elle n'a pas contestée. Mme G n'est pas, dans ces conditions, fondée à soutenir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que cette même décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, et non de celui de tous les étrangers qui soutiennent remplir les conditions pour séjourner de plein droit sur le territoire français.
14. Faute d'établir qu'elle résiderait en France de manière habituelle depuis au moins dix ans à la date de la décision contestée, Mme G n'est pas fondée à soutenir que la préfète de Vaucluse aurait dû consulter la commission du titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. En dernier lieu, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant dispose : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
16. La décision de refus de séjour attaquée n'ayant ni pour objet ni pour effet de séparer Mme G de ses petits-enfants, le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
17. En premier lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré du défaut de base légale de l'obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité prétendue du refus de titre de séjour doit être écarté.
18. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 figurant à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et relatives à la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme G.
19. En troisième lieu, la décision mentionne sans formulation stéréotypée les considérations utiles de droit et de fait qui l'ont motivée. La préfète, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments qu'elle a pris en considération, a suffisamment motivé sa décision. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
21. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été indiqué au point 10 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
22. Aux termes du dernier alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " () L'obligation de quitter le territoire français fixe le pays à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".
23. Dès lors que la nationalité de Mme G n'est pas contestée, la formulation " à destination du pays dont elle a la nationalité ou de tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible ", employée par la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions précitées.
24. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, le moyen tiré l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
25. Il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J G et à la préfète de Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 où siégeaient :
- M. Antolini, président,
- M. Lagarde, premier conseiller
- Mme Lahmar, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2023.
La rapporteure,
L. LAHMAR
Le président,
J. ANTOLINI
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026