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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203365

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203365

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203365
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantYOUCHENKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 novembre et 9 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Youchenko, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet de Vaucluse a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de l'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, de lui délivrer, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et pendant le délai de réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail et de prendre une décision dans les deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière eu égard, de première part, à l'absence de délibération collégiale des médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et, de deuxième part, à l'incompétence du médecin-rapporteur et des médecins composant le collège des médecins de l'OFII et, de troisième part, à l'irrégularité de la procédure suivie dans le cadre de la saisine pour avis du collège de médecins de l'OFII ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

La procédure a été communiquée à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas produit de mémoire.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 14 janvier 1991, s'est vu délivrer en qualité d'étranger malade une autorisation provisoire de séjour de neuf mois valable jusqu'au 4 mars 2019, puis un titre de séjour valable jusqu'au 18 juin 2020. L'intéressé ayant sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étranger malade ", le préfet de Vaucluse a pris à son encontre un arrêté du 13 juin 2022 par lequel il a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de l'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté en date du 13 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'avis médical en date du 9 septembre 2021, que vise le préfet de Vaucluse dans la décision attaquée, a été signé par les trois médecins composant le collège de médecins de l'OFII. Cet avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant ", laquelle fait foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, alors que le requérant ne rapporte pas la preuve du défaut de délibération du collège des médecins de l'OFII, le moyen tiré de ce que le collège des médecins de l'OFII n'aurait pas délibéré avant de rendre son avis doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le médecin rapporteur et les trois médecins ayant composé le collège des médecins de l'OFII qui a donné son avis sur l'état de santé de M. B avaient été désignés par une décision du directeur général de l'OFII en date du 1er octobre 2021, régulièrement mise en ligne sur le site internet de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée a été prise au terme d'une procédure irrégulière en raison de l'incompétence du médecin-rapporteur et des médecins membres du collège de l'OFII doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () ".

5. D'une part, le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait tirée de ce que le rapport établi par le médecin-rapporteur ne fait pas état de son traitement à base de Brentuximad et du port d'un port-a-cath.

6. S'il ressort en effet des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du Dr D en date du 23 juin 2021, que M. B, qui est en rémission complète persistante d'un lymphome de Hodgkin stade IV pulmonaire, fait l'objet d'un traitement à base de Brentuximad et porte un port-a-cath, le fait que ces éléments n'aient pas été mentionnés par le médecin-rapporteur n'a pas été susceptible, en l'espèce, d'avoir eu une influence sur le sens de l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII et de la décision en litige, eu égard notamment aux informations et documents médicaux dont disposait le collège des médecins de l'OFII, et n'a pas privé le requérant d'une garantie. Par suite, ce moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie dans le cadre de la saisine pour avis du collège des médecins de l'OFII serait irrégulière.

7. D'autre part, le requérant soutient que le traitement médicamenteux qu'il suit n'est pas disponible dans son pays d'origine.

8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B, le préfet de Vaucluse s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 9 septembre 2021 selon lequel, si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne nécessite pas son maintien sur le territoire français dès lors qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Maroc, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine.

10. Le requérant avance que le traitement à base de Brentuximab dont il bénéficie actuellement n'est pas disponible dans son pays d'origine. Toutefois, les pièces produites par le requérant au soutien de cette affirmation ne sont pas suffisamment probantes pour remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. En effet, le certificat établi le 5 juillet 2022 par le Dr E, médecin généraliste, qui mentionne des " difficultés d'accessibilité géographiques " est peu circonstancié. La circonstance que l'Adcetris et le Brentuximad ne soient pas disponibles sur les sites internet medicament.ma et medicaments-maroc.com ne permet pas d'établir que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier au Maroc d'un traitement équivalent à celui qu'il suit actuellement.

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de Vaucluse ne s'est pas estimé en situation de compétence liée par rapport à l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

14. Le requérant se prévaut de sa présence en France depuis février 2018 et d'attaches familiales sur le territoire français. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que M. B réside de manière habituelle en France depuis février 2018 dans le cadre notamment de sa prise en charge médicale. Ensuite, si le père de l'intéressé est titulaire d'un titre de séjour en tant que travailleur temporaire et que l'un de ses frères dispose d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, le requérant est célibataire et sans charge de famille et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales et privées dans son pays d'origine où vivent, selon les mentions non contestées de l'arrêté en litige, sa mère et un membre de sa fratrie. En outre, au plan médical, il ressort des pièces versées à l'instance que M. B est considéré depuis 2020 comme en rémission complète persistante d'un lymphome de Hodgkin stade IV, ainsi qu'il a été dit précédemment, et fait l'objet depuis lors d'un suivi semestriel au centre hospitalier d'Avignon. Enfin, si M. B justifie avoir suivi, de fin 2019 à début 2021, des formations professionnalisantes et d'apprentissage de la langue française et avoir occupé des emplois salariés depuis avril 2021, cette insertion professionnelle, bien que réelle, ne revêt pas un caractère notable en dépit du statut de travailleur handicapé de l'intéressé. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

16. Eu égard à la situation de M. B telle qu'analysée précédemment au point 14, le préfet de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que l'intéressé ne justifiait pas de motif exceptionnel ou de considération humanitaire au sens de ces dispositions.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour qu'il conteste.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

18. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, M. B ne saurait utilement se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision attaquée serait privée de base légale.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

20. Le requérant soutient que la décision attaquée serait entachée d'incompétence négative et que le préfet de Vaucluse n'aurait pas examiné la situation de M. B au motif qu'il n'aurait pas vérifié la situation de l'intéressé au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, dès lors que le préfet a considéré que M. B peut effectivement bénéficier au Maroc d'un traitement approprié, le préfet a implicitement mais nécessairement estimé que l'intéressé ne pouvait pas bénéficier de la protection contre l'éloignement prévue par les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et dès lors que le préfet n'était pas tenu de mentionner expressément les dispositions précitées, le moyen tiré du défaut d'examen et de l'incompétence négative doit être écarté.

21. En troisième lieu, eu égard à ce qu'il a été dit précédemment aux points 7 à 10, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Vaucluse aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.

22. En quatrième lieu, eu égard à ce qu'il a été dit aux points 7 à 10 et 14, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

23. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

24. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de séjour étant rejetées, M. B ne saurait se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour soutenir que la décision attaquée serait privée de base légale.

25. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi qu'il conteste.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

26. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation du requérant sont rejetées, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Doivent également être rejetées les conclusions formées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, l'Etat n'étant pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Youchenko et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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