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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203378

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203378

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE PORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 novembre 2022 et le 30 août 2023, et les pièces complémentaires enregistrées le 22 novembre 2022, la SCI La Roseraie, Mme K D et M. H I représentés par Me Le Port de la SELARL Awen Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Calvisson a délivré un permis de construire à la SAS Valérie Chovet Promotion ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Calvisson et de la SAS Valérie Chovet Promotion une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt pour agir du fait de la qualité de voisine immédiate du projet de la SCI La Roseraie et de l'atteinte qu'il est susceptible de porter à ses conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de son bien ;

- le projet nécessitait la délivrance d'un permis de démolir en application de la combinaison des articles L. 421-3 et L. 451-1 du code de l'urbanisme ;

- la notice contenue dans le dossier de demande de permis ne répondait pas aux exigences de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- le projet architectural ne respectait pas les dispositions des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- les dispositions de l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme ont été méconnues.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre 2022, 3 février, 2 août et 11 septembre 2023, la SAS Valérie Chovet Promotion, représentée par Me Blanc de la SELARL Blanc-Tardivel-Bocognano conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI La Roseraie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en raison d'un défaut d'intérêt pour agir des requérants ;

- la requête est tardive en tant qu'elle a été présentée pour Mme D et la SCI La Roseraie ;

- M. I et Mme D n'ont pas produit de titre justifiant de leur qualité pour agir en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention enregistré le 28 août 2023, Mme J F E, M. et Mme L F E, M. et Mme A B et Mme C G, représentés par Me Gonzalez, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 12 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Calvisson a délivré un permis de construire à la SAS Valérie Chovet Promotion ;

2°) de condamner la commune de Calvisson aux entiers dépens ;

3°) de mettre deux sommes de 3 500 euros à la charge respective de la commune de Calvisson et de la SAS Valérie Chovet Promotion en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt pour agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- la direction départementale des territoires et de la mer aurait dû être consultée ;

- le projet nécessitait la délivrance d'un permis de démolir ;

- le permis délivré méconnait les articles UD10 et UD12 du règlement du plan local d'urbanisme de Calvisson ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation concernant l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

- l'accès et la desserte du projet présentent un risque pour la sécurité publique justifiant un refus sur le fondement des articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et UD3 du règlement du plan local d'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Roux,

- les conclusions de Mme Bourjade-Mascarenhas, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gonzales, représentant la SCI La Roseraie et autres, et de Me Rouault, représentant la SAS Valérie Chovet Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté en date du 12 mai 2022, le maire de la commune de Calvisson a délivré à la SAS Valérie Chovet Promotion un permis de construire un immeuble comportant 7 logements sur un terrain classé en zone UD au plan local d'urbanisme communal. En vue d'obtenir le retrait de cette autorisation, M. H I a saisi le maire de Calvisson d'un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. M. I, Mme D et la SCI La Roseraie demandent l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il est soutenu que le maire aurait dû consulter la direction départementale des territoires et de la mer en raison d'un risque d'inondation auquel serait exposé le secteur où se situe le terrain d'assiette du projet. Toutefois, ce moyen présenté sans établir la réalité et l'intensité d'un risque affectant le terrain d'assiette, ni sur aucun un fondement légal ou règlementaire, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ". Il ressort du formulaire Cerfa du dossier déposé en mairie par la société pétitionnaire que sa demande a porté à la fois sur la démolition totale de l'immeuble existant sur le terrain d'assiette de son projet et la construction d'un nouvel immeuble. Ainsi, l'arrêté en litige a, conformément à ces dispositions, légalement autorisé les travaux de démolition projetés sans que l'obtention préalable d'un permis de démolir ait été nécessaire.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire qu'il comportait la notice descriptive, exigée par l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, faisant état de la situation initiale du terrain, ainsi que des photographies du site avant travaux et un plan de l'état des lieux sur lequel ont été reportés les arbres existants sur le terrain d'assiette. De plus, le plan de masse annexé à cette demande a permis de localiser les habitations voisines visibles également sur les documents photographiques. Le maire a ainsi disposé des informations suffisantes pour apprécier l'environnement du projet ainsi que l'état initial du terrain et de ses abords.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier de demande de permis qu'il présente un projet architectural ayant permis à l'autorité administrative d'apprécier suffisamment précisément, au regard de l'ensemble des différentes pièces le composant, notamment le plan de situation, le plan de masse, la notice, une description du traitement des clôtures et des espaces libres, les divers plans de coupe, la pièce PC6 relative à l'insertion et les pièces PC7 et 8 relatives à l'environnement proche et lointain, la nature exacte du projet, les travaux extérieurs, les plantations à maintenir et à planter, l'insertion du projet sans son environnement proche et lointain et son impact visuel par rapport aux constructions avoisinantes, conformément aux exigences des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme.

6. En cinquième lieu, l'article UD10 du règlement du plan local d'urbanisme applicable renvoi à l'application de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme aujourd'hui codifié à l'article R. 111-27 de ce code, qui dispose que " le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites et paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". L'article UD10 dispose également que " Le style architectural du nouveau bâtiment sera soit contemporain soit mimétique par rapport à l'architecture locale. Le nouveau bâtiment devra s'intégrer harmonieusement dans son environnement en matière de couleurs, de matériaux et de volume ".

7. Il ressort des pièces du dossier et du règlement applicable à la zone UD dans laquelle se situe le terrain d'assiette du projet, qu'elle correspond à une zone urbaine où l'édification d'immeubles collectifs et les constructions en R+2 est autorisée. Si le secteur compte des maisons individuelles, aucune pièce du dossier ne vient établir qu'il ne comporterait pas des bâtiments de tailles et d'architectures variées ainsi que des immeubles collectifs. L'existence d'une unité architecturale lui conférant un caractère ou un intérêt particulier n'est pas établie. L'aspect extérieur du projet d'immeuble collectif en R+2 autorisé, dont l'impact visuel sera limité à la fois par son implantation à cheval sur deux restanques, ses proportions et la rupture de l'effet massif qu'assurent son architecture, est marqué par des volumes simples rappelant les anciennes bastides provençales, un parement en pierre sèches, une enduit de façade aux tonalités régionales, une toiture à quatre pans couvertes de tuiles romanes en terre cuite, des ouvertures aux proportions inspirées des canons de l'architecture locale, agrémentées de volets à persiennes à deux ventaux. Le maire a donc pu considérer sans erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article UD10, ni d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, que ce style s'avérait mimétique par rapport à l'architecture locale et n'était pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants.

8. En sixième lieu, l'article UD12 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que : " dans la mesure du possible () des plantations existantes, notamment lorsqu'il s'agit de sujets remarquables de leur taille ou de leur âge et dès lors que leur état phytosanitaire le permet ". Ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet d'imposer aux pétitionnaires de concevoir le projet permettant la conservation du plus grand nombre d'arbres existants sur le terrain d'assiette. Ainsi, à la supposée établie, la circonstance alléguée selon laquelle le projet n'aurait pas été conçu en fonction d'une analyse paysagère du site visant à la conservation d'un maximum d'arbres ne suffit à considérer que les dispositions de l'article UD12 auraient été méconnues, alors notamment qu'il n'est pas démontré, ni même soutenu, que des sujets remarquables au sens de ces dispositions seraient présents sur le terrain d'assiette et devraient être supprimés à l'occasion des travaux autorisés par le permis de construire en litige.

9. En septième lieu et dernier lieu, l'article UD3 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que : " Les accès doivent être adaptés à l'opération qu'ils doivent desservir et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique. Le nombre des accès sur les voies publiques peut être limité dans l'intérêt de la sécurité ". Selon l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

10. D'une part, la seule augmentation alléguée de la circulation routière, notamment sur la route D400, du fait de la création de sept nouveaux logements ne suffit à considérer que les conditions de desserte et d'accès au projet autorisé par le permis de construire en litige présenteraient une dangerosité particulière, ne seraient pas adaptées à l'opération au sens et pour l'application des dispositions précitées du code de l'urbanisme et du plan local d'urbanisme et justifiaient qu'un refus de permis soit opposé. D'autre part, s'il est fait état des nuisances diverses que serait susceptible d'entrainer la mise en œuvre du chantier, notamment relatives à la poussière, au bruit ou à la dégradation de la chaussée par le passage de camions, ces considérations propres à l'exécution des travaux sont étrangères à la fois aux caractéristiques de la desserte et de l'accès au projet, que règlemente l'article UD3, et à la situation, aux caractéristiques, à l'importance et à l'implantation du projet qui seules doivent être prises en compte par l'autorité administrative, sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, pour apprécier le risque d'atteinte à la sécurité publique que le projet est susceptible d'entrainer.

11. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à fonder l'annulation de l'arrêté du 12 mai 2022. Les conclusions présentées à cette fin par les requérants et les intervenants, sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité ou celle des moyens invoqués à leur soutien, ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Calvisson et de la SAS Valérie Chovet Promotion, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI La Roseraie, de Mme D et de M. I, une somme au titre des frais exposés par la SAS Valérie Chovet Promotion et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme K D, de M. H I et de la SCI La Roseraie est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme K D, à M. H I, à la SCI La Roseraie, à la commune de Calvisson, à la SAS Valérie Chovet Promotion, à Mme J F E, à M. et Mme L F E, à M. et Mme A B et à Mme C G.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Galtier, première conseillère,

Mme Lahmar, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

G. ROUX L'assesseure la plus ancienne,

F. GALTIER

La greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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