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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203483

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203483

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203483
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLORION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2022 sous le n° 2203483, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, ayant pour avocat Me Lorion, demande au Tribunal :

1°) l'annulation de l'arrêté n° 2022-30-243/BEA du 16 novembre 2022 par lequel la préfète du Gard l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée de trois ans et fixe son pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. B, de nationalité tunisienne, outre qu'il sollicite la production de son entier dossier, soutient que :

*en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

-elle est entachée d'incompétence ;

-elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

*en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

-elle est entachée d'une erreur dans l'appréciation de la durée interdiction de retour prononcée, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

La préfète du Gard a versé des pièces au dossier le 18 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, modifié, fait à Paris le 17 mars 1988 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 29 décembre 2020 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à M. Brossier, vice-président, les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 novembre 2022 :

*le rapport de M. C ;

*les observations de Me Lorion, avocat commis d'office, pour et en présence de M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, en précisant que :

-s'agissant des moyens tirés du vice de compétence de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il s'en remet à ses écritures ;

-s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige d'une durée de trois ans, il ne représente pas une menace pour l'ordre public, n'ayant jamais été condamné pénalement.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1.M. B, de nationalité tunisienne, demande au tribunal d'annuler les décisions en date du 16 novembre 2022 de la préfète du Gard portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. S'agissant d'un cas d'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'avocat commis d'office, désigné pour représenter M. B, a droit à une rétribution en application de l'article 19-1 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Sur la production de l'entier dossier :

3. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise.". La préfète du Gard a produit les pièces relatives à la situation administrative de M. B dont ses services sont en possession. L'affaire est en état d'être jugée. Le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances en l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de M. B détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées tiré du vice de compétence :

4. L'arrêté attaqué a été signé par Marc Zattara, chef du bureau des étrangers au sein du service des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par arrêté règlementaire de la préfète du Gard du 13 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Il s'ensuit que le vice de compétence soulevé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, né en janvier 1998, est entré selon ses déclarations en France en 2019 seulement. Il ne démontre aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée par le préfet de la Savoie, en ne respectant pas l'assignation à résidence associée. Il ne démontre pas de vie privée et familiale ancrée dans la durée en France, étant sans charge de famille et ne contestant pas la mention de la décision attaquée selon laquelle il est en instance de divorce. Il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où il n'est pas contesté qu'y réside sa mère. Dans ces circonstances, M. B n'est fondé à soutenir, ni que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la préfète aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions attaquées n'accordant aucun délai de départ volontaire et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

9. M. B ne développe aucun moyen spécifiquement dirigé contre ces décisions.

En ce qui concerne la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

11. Il ressort de l'arrêté attaqué que la préfète du Gard a étudié la situation de l'intéressé au regard des quatre critères prévus par l'article L. 612-10 précité, lequel ne confère pas à ces critères un caractère cumulatif exigeant que la situation de l'étranger doive être défavorable au regard de chacun d'eux.

12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que compte tenu de la situation irrégulière de M. B, de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement que l'intéressé n'a pas été exécutée en se soustrayant à son assignation à résidence et de sa situation familiale en France telle que décrite au point 7, la préfète du Gard n'a commis pas d'erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, alors même que la présence de l'intéressé ne constituerait pas une menace pour l'ordre public.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

15. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

16. M. B a bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête visées ci-dessus formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans le présent litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Gard et à Me Lorion.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

J.B. C

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à préfète du Gard, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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