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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203491

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203491

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCAREMOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2022, et un mémoire enregistré le 15 décembre 2022, M. A E et Mme. Elvira Stroe agissant tant en leur nom propre qu'en qualité de représentants légaux de leur fils mineur C G E, représenté par Me Lubrano-Lavera, demandent au juge des référés :

1°) de désigner un expert qualifié en matière de chirurgie orthopédique chargé de déterminer les préjudices subis par leur fils suite à son accueil aux urgences du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze le 11 juillet 2018 ;

2°) de statuer sur les dépens.

Ils soutiennent que :

- le 11 juillet 2018, leur fils C E chutait de sa hauteur sur le coude droit,

- le même jour, il a été conduit aux urgences du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze où il a fait l'objet d'une radiographie qui constatait une fracture de l'extrémité proximale radiale et ulnaire et un épanchement articulaire ;

- le 4 septembre 2020, leur fils se rendait au centre hospitalier d'Avignon suite à la persistance d'une importante déformation du coude et une pronosupination quasiment impossible ;

- le 15 décembre 2020, il se rendait à l'hôpital de la Timone à Marseille où a été constaté que la fracture initiale s'est compliquée d'une synostose radio ulnaire proximale avec déviation progressive en valgus ;

- du 7 au 9 janvier 2021, il y était hospitalisé et subissait une opération le 8 janvier 2021 ;

- le 22 avril 2021, les broches d'ostéosynthèse étaient retirées ;

- la persistance deux ans après la fracture d'une importante déformation du coude et une pronosupination quasi impossible, laissent à penser que la prise en charge du 11 juillet 2018 au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze et, notamment, le choix d'un traitement orthopédique, révèle une faute ;

- une demande d'expertise a été formulée devant la Commission d'indemnisation des accidents médicaux du Languedoc Roussillon, cette dernière a été rejetée le 16 septembre 2022 pour seuils de gravité non atteints.

Les requérants bénéficient de l'aide juridictionnelle totale pour cette procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, représenté par Me Caremoli, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, ne pas s'opposer à la mesure d'expertise mais compléter les missions ;

Il soutient que :

- la prise en charge a été analysée et considérée adaptée, consciencieuse et conforme aux données acquise de la science ;

- le 31 juillet 2018, il est confirmé que la fracture radiale et décubitale est non déplacée ;

- lors de l'ablation du plâtre, le chirurgien évoque une bonne consolidation en bonne position ;

- la complication survenue peut correspondre à une fusion osseuse entre le radius et le cubitus avec perte de pronosupination, il s'agit d'une évolution de la fracture totalement indépendante de la prise en charge.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L.511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ".

2. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d'un acte médical, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier, et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée. Dans l'hypothèse où une expertise a déjà été effectuée et que le juge des référés se trouve saisi d'une demande portant sur le même objet, cette recherche porte sur l'utilité qu'il y aurait à compléter ou à étendre les missions faisant l'objet de la première expertise.

3. En l'espèce, l'expertise demandée par M. E et Mme. Stroe est utile et entre dans le champ d'application des dispositions citées au point 1. Par conséquent, il y a lieu d'y faire droit et de fixer les missions de l'expert comme à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les dépens :

4. Aux termes de l'article R.761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article R. 761-1 du code de justice administrative qu'il appartient au seul président de la juridiction de désigner la ou les parties qui assumeront la charge des frais et honoraires d'expertise, après l'accomplissement de celle-ci. Dès lors, en l'état de l'instruction, la requête présentée par M. E et Mme. Stroe doit être rejetée.

O R D O N N E:

Article 1er : M. le Dr F B, domicilié 124 Avenue Georges Clemenceau, 34500 Béziers, est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, une expertise. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer l'entier dossier médical de M. C E et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze, le 11 juillet 2018 ainsi que les actes de soins qui ont été prodigués dans les établissements d'Avignon et Marseille ; convoquer et entendre contradictoirement les parties, après qu'elles aient eu communication du dossier médical ;

2°) procéder à l'examen médical de M. C E ; décrire son état de santé antérieur au 11 juillet 2018 ; décrire sa prise en charge médicale à compter de cette date par le centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze ; décrire son état de santé postérieur à cette prise en charge ; décrire son état de santé actuel ;

3°) dire si sa prise en charge, les diagnostics établis, le suivi et les traitements, interventions et soins prodigués ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science au moment où ils ont été pratiqués, s'ils étaient adaptés à l'état de santé du requérant, et aux symptômes qu'il présentait, et s'ils ont été exécutés conformément aux règles de l'art ; dire, le cas échéant, s'il s'agit d'une évolution de la fracture totalement indépendante de la prise en charge

4°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins, ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors de ses prises en charge, notamment si une erreur, une négligence ou un manquement dans la prise en charge ou le diagnostic et / ou si ce dernier a été tardif ; en pareil cas, dire s'il est à l'origine des séquelles dont M. C E fait état et s'il lui a fait perdre une chance sérieuse de guérison ou d'amélioration des troubles dont il était atteint ; donner son avis sur l'ampleur de la chance perdue par M. C E de voir son état de santé s'améliorer ou de le voir se dégrader en raison d'un manquement qui pourrait être reproché au centre hospitalier ;

5°) indiquer, le cas échéant, la date de consolidation et, en l'absence de consolidation, la date à laquelle il conviendra de revoir M. C E ;

6°) donner, s'il y a lieu, tous les éléments utiles d'appréciation sur les responsabilités encourues et les préjudices subis, patrimoniaux et extrapatrimoniaux, en distinguant les préjudices temporaires des préjudices permanents ; déterminer, notamment, la part des préjudices présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché aux établissements à l'exclusion de tout état antérieur éventuel, de toute cause étrangère ainsi que de soins ayant pu être pratiqués par d'autres établissements ou par d'autres praticiens ; apprécier également la perte de chance ;

7°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice professionnel), et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence M. A E et Mme. Elvira Stroe, de de leur fils C E, du centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze et la mutualité sociale agricole du Languedoc.

Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe sous forme électronique par le biais de la plateforme d'échanges dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance, accompagné de l'état de ses vacations, frais et débours.

Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et Mme. Elvira Stroe, au centre hospitalier de Bagnols sur Cèze, à la mutualité sociale agricole du Languedoc et M. M. le Dr F B expert.

Fait à Nîmes, le 6 juin 2023.

Le juge des référés,

P. D

La République mande et ordonne à la préfète du Gard ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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