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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203621

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203621

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHABBERT-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022, M. A E D, représenté par Me Chabbert Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que la préfète n'a pas saisi la commission du titre de séjour en violation des dispositions de l'article L. 435-1 alinéa 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Chabbert-Masson, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant marocain, déclare être entré en France en février 2009 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 12 octobre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 octobre 2022, la préfète du Gard a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour la préfète du Gard par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 11 juillet 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs n°60 de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' () ".

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. D'une part, M. D soutient que la préfète du Gard a méconnu les dispositions précitées en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sans saisir la commission du titre de séjour. Cependant, s'il ressort des pièces du dossier que M. D bénéficiait bien d'un visa Schengen de court séjour valable du 16 février au 2 avril 2009, sa date d'entrée sur le territoire français n'est pas établie, aucun tampon permettant de le démontrer n'étant apposé sur son passeport. De plus, les pièces produites par le requérant pour les années 2010 et 2012 à 2016 au moins, à savoir majoritairement des courriers qui lui ont été adressés par les organismes de sécurité sociale, sa banque, son assurance, l'administration fiscale, des ordonnances et des relevés bancaires, ne permettent nullement d'établir qu'il était installé en France de manière durable et continue pendant cette période au moins. Par suite, M. D ne justifie pas qu'il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, et il n'est donc pas fondé à soutenir que la préfète du Gard a méconnu les dispositions précitées en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sans consulter la commission de titre de séjour.

6. D'autre part, M. D fait valoir que la préfète du Gard a violé les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour. A ce titre, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain. En l'espèce, la préfète du Gard a examiné, faisant ainsi usage de son pouvoir de régularisation, la possibilité d'admettre exceptionnellement au séjour M. D tant en sa qualité de salarié, au regard des stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-marocain, qu'au titre de sa vie privée et familiale.

7. S'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour du requérant en qualité de salarié, la préfète du Gard a relevé que le requérant n'avait pas produit à l'appui de sa demande un contrat de travail visé par les autorités compétentes, ce que M. D ne conteste pas. En tout état de cause, M. D ne produit à l'instance que quelques bulletins de paie en 2011, 2017, 2018, 2019, 2021 et 2022. Il ne démontre donc pas une intégration professionnelle justifiant qu'il soit exceptionnellement admis au séjour en cette qualité.

8. S'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour du requérant au titre de sa vie privée et familiale, il ressort des pièces du dossier que M. D est célibataire et sans charge de famille. S'il se prévaut de la présence en France de ses deux frères et de neveux et nièces et s'il produit différentes attestations établies par eux, cette seule circonstance est insuffisante pour démontrer qu'il y aurait déplacé le centre de sa vie privée et familiale, alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches avec son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 50 ans au moins. En outre, le requérant ne démontre aucune insertion sociale en France, et son insertion professionnelle est insuffisante, ainsi qu'il l'a été dit au point précédent. Par suite, la situation de M. D ne relève pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la préfète du Gard aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 8 s'agissant de la décision de refus de titre de séjour, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

L. B

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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