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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203666

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203666

mercredi 4 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGILBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022, Mme A D, représentée par Me Gilbert, demande au tribunal :

- son admission à l'aide provisionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n°84/2022/114 du 28 octobre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il présente une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante constituant une violation de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il présente une erreur manifeste d'appréciation constituant une méconnaissance des dispositions de l'article 3-1 de la Convention internationale sur les droits de l'enfant.

II. Par une requête enregistrée le 24 novembre 2022, M. C D, représentée par Me Gilbert, demande au tribunal :

- son admission à l'aide provisionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n°84/2022/113 du 28 octobre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- d'enjoindre à la préfecture de Vaucluse de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

- de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il présente une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant constituant une violation de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il présente une erreur manifeste d'appréciation constituant une méconnaissance des dispositions de l'article 3-1 de la Convention internationale sur les droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 4 janvier 2023 le rapport de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Les recours de Mme A D et de son époux M. C D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission des requérants à l'aide juridictionnelle provisoire.

3. Mme A D, ressortissante nigériane, née le 25 décembre 1991 à Benin City (Nigeria) et son époux M. C D, de même nationalité, né le 12 avril 1987 à Benin City (Nigeria), sont entrés en France en 2019 avec leur enfant mineure née en 2016 en Italie. Deux autres enfants sont nés en France en 2019 et 2020.

4. Mme A D et M. C D demandent l'annulation des arrêtés du 28 octobre 2022 de la préfète de Vaucluse rejetant leur admission au séjour en qualité de réfugié, les obligeant à quitter dans un délai de trente jours le territoire français et fixant le pays de destination. Les requérants avaient déposé en octobre 2019 une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) respectivement le 30 juin 2021 et le 9 août 2021. La légalité de ces décisions a été confirmée le 28 juin 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), statuant sur le cas des époux et de leurs trois enfants.

5. Chacun des arrêtés contestés comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière des requérants au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme et M. D, qui n'ont pas présenté de demande de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile et qui n'ont pas justifié leurs craintes en cas de retour au Nigeria. Le moyen tiré d'un défaut de motivation ne peut être qu'écarté, de même que le moyen tiré d'une erreur de droit par défaut d'examen de leur situation. Il ne résulte pas par ailleurs de l'instruction que la préfète se serait crue liée, pour prendre la décision d'éloignement, par les décisions des instances compétentes en matière d'asile.

6. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il présente cette demande et à produire tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient été empêchés de porter à la connaissance des services préfectoraux toutes les informations pertinentes susceptibles de venir au soutien de leurs demandes. Par suite, le droit des intéressés d'être entendue a bien été satisfait avant que n'intervienne les arrêtés litigieux.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

7. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; " et aux termes de l'alinéa 2 de l'article L. 532-1 " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". En l'espèce les requérants, dont le refus de demande d'asile a été jugé légal par la Cour nationale du droit d'asile, n'avaient plus droit au maintien sur le territoire français à compter du 28 juin 2022.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. En l'espèce, les requérants sont entrés en France en 2019, et n'y ont séjourné légalement que sous couvert de leurs demandes d'asile. Ils n'avaient pas vocation à rester sur le territoire français à la suite du rejet de la demande d'asile et ne justifient pas d'une impossibilité de reconstituer leur vie privée et familiale au Nigeria. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention ne peut être qu'écarté.

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Les requérants n'établissent pas que l'intérêt supérieur de leurs enfants mineurs, nés en 2016, 2019 et 2020, qui ne doivent pas être séparés de leurs parents, serait de vivre nécessairement en France. La mesure d'éloignement n'est dès lors pas contraire aux stipulations précitées.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". Ces stipulations font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Les requérants, dont la situation a été examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ne justifient par aucun nouvel élément ou document la réalité des risques auxquels ils allèguent être exposés au Nigeria. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme et M. D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués du 28 octobre 2022. Par voie de conséquence leurs conclusions à fin d'injonction et de condamnation de l'État sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent elles-aussi être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2203666 et n° 2203667 sont jointes.

Article 2 : Mme A D et M. C D sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : Les requêtes de Mme A D et de M. C D sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. C D, à la préfète de Vaucluse et à Me Gilbert.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

et 2203667

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