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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203726

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203726

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNICOLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022, M. B A, représenté par Me Nicolet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et dans l'attente de lui délivrer dans les mêmes conditions une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision viole les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la préfète s'est estimée à tort liée par la décision de refus de titre de séjour et ainsi méconnu son pouvoir d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation individuelle.

La requête a été régulièrement communiquée à la préfète de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord modifié du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, a été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien, est entré en France en avril 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. Il a ensuite bénéficié d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier valable du 17 mai 2019 au 16 mai 2022. Le 1er juillet 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 novembre 2022, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé pour la préfète de Vaucluse par M. E

C, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Par un arrêté du 1er septembre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans ce département, la préfète de Vaucluse a donné à M. E C délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté du 2 novembre 2022 mentionne sans formule stéréotypée les considérations utiles de droit qui en constituent le fondement, notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également les considérations utiles de fait qui l'ont motivé. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux est suffisamment motivé et le simple fait qu'il ne mentionne pas spécifiquement les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas de nature à rendre irrégulière cette motivation.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention ''salarié''. / Après trois ans de séjour régulier en France, les ressortissants tunisiens visés à l'alinéa précédent peuvent obtenir un titre de séjour de dix ans. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. / Les autres ressortissants tunisiens ne relevant pas de l'article 1er du présent Accord et titulaires d'un titre de séjour peuvent également obtenir un titre de séjour d'une durée de dix ans s'ils justifient d'une résidence régulière en France de trois années. Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence professionnels ou non, dont ils peuvent faire état et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Ces titres de séjour confèrent à leurs titulaires le droit d'exercer en France la profession de leur choix. Ils sont renouvelables de plein droit ". En vertu du point 2.3.3 du protocole du 28 avril 2008 : " Le titre de séjour portant la mention ''salarié'', prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi ". Aux termes du premier alinéa de l'article 11 de l'accord du 17 mars 1988 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

5. Il résulte des stipulations et dispositions précitées que la délivrance à un ressortissant tunisien d'un premier titre de séjour en qualité de salarié est subordonnée, d'une part, à la production d'un visa de long séjour et d'autre part, à la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. En outre, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de faire droit à la demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail déposée par M. A, la préfète de Vaucluse s'est fondée sur l'absence de production par ce dernier tant du contrat de travail visé par les autorités compétentes que du visa de long séjour requis par les dispositions précitées.

6. Ainsi, si M. A fait valoir qu'il a bien produit un contrat de travail visé par les autorités compétentes à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, cette circonstance, quand bien même elle serait établie, est sans influence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour litigieuse dès lors que le requérant ne conteste pas ne pas avoir produit le visa de long séjour qui est bien requis par les dispositions précitées, contrairement à ce qu'il fait valoir. La préfète de Vaucluse pouvait donc légalement refuser de l'admettre exceptionnellement au séjour pour ce motif, et le moyen tiré de la violation de l'article 3 de l'accord franco-tunisien doit être écarté.

7. En deuxième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. La préfète de Vaucluse n'ayant pas fait usage du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose pour apprécier l'opportunité d'une mesure de régularisation sur ce fondement, le moyen tiré de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en avril 2019 sous couvert d'un visa de court séjour, puis qu'il a bénéficié d'un titre de séjour en la qualité de travailleur saisonnier. Il établit avoir occupé plusieurs emplois entre mai 2019 et août 2019 puis entre mars 2020 et octobre 2022. Par ailleurs, il bénéficie depuis le mois d'avril 2022 d'un contrat à durée indéterminée en la qualité d'opérateur de production. Il fait également valoir qu'il dispose d'un véhicule et d'un compte bancaire, qu'il a déposé une demande de logement social et qu'il a déjà été volontaire pour le don du sang. Enfin, si M. A soutient résider chez sa sœur et son beau-frère et leur apporter son aide en raison des pathologies dont ils souffrent eux-mêmes ainsi que certains de leurs enfants, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, compte tenu du caractère récent de son arrivée en France et de l'absence de liens personnels développés sur le territoire français, le requérant ne peut être regardé comme y ayant déplacé le centre de sa vie privée et familiale, alors au surplus qu'il ne soutient pas être dépourvu d'attaches en Tunisie où il a vécu la majorité de son existence, et ce malgré l'insertion professionnelle dont il fait état. Par suite, la préfète de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que M. A ne pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à invoquer par

la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète de Vaucluse se serait estimée liée par la décision par laquelle elle a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A pour l'obliger à quitter le territoire français, et donc qu'elle aurait méconnu son pouvoir d'appréciation. Par ailleurs, si le requérant soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation individuelle, il n'apporte aucun élément à l'appui de ce moyen.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

L. D

Le président,

J. ANTOLINI

La greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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