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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203777

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203777

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGLORIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Glories, demande au Tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° 22/84/406 du 5 décembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixe son pays de renvoi ;

- l'annulation de l'arrêté n° 22/84/406 du 5 décembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse l'assigne à résidence ;

- d'enjoindre à la préfète de le convoquer au bureau des étrangers afin de lui délivrer un titre de séjour de parent d'enfant français, à défaut, d'enjoindre la préfète de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

- d'enjoindre la préfète de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen effectué en application de la décision portant interdiction de retour sur le territoire national compte tenu de l'annulation de cette décision.

Il soutient que :

L'arrêté est entaché :

- d'incompétence de l'auteur de l'acte car les décisions attaquées n'ont pas été signées par la préfète elle-même. Il n'est pas justifié d'une délégation de signature au profit du signataire des actes. Par conséquent, les décisions contestées sont entachées d'un vice d'incompétence de son auteur sous réserve de la preuve contraire apportée par l'administration ;

- d'insuffisance de motivation car l'administration n'a pas indiqué de façon suffisamment précise les raisons de fait et de droit qui fondent ses décisions, la motivation des arrêtés n'est pas conforme aux exigences posées par les articles L.211-2 et suivants du Code des relations entre le public et l'administration ;

- de non-respect du principe de contradictoire car la préfète a pris les décisions contestées sans lui laisser la possibilité de faire valoir ses observations préalables, ce qui est contraire aux dispositions des articles L.121-1 et suivants du Code des relations entre le public et l'administration ;

- de défaut d'examen car il est manifeste que l'autorité administrative n'a pas procédé à un examen individuel et approfondi de sa situation avant de prendre à son encontre les décisions querellées ;

- d'erreur manifeste d'appréciation car la préfète a méconnu sa situation personnelle ;

- de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de ses attaches personnelles et familiales en France, car les décisions attaquées portent atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, la préfète du Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Glories pour M. B, assisté par M. M'Halla, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est un ressortissant tunisien né le 1er février 1994. Par un arrêté du 5 décembre 2022 dont il sollicite l'annulation, la préfète du Vaucluse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des documents produits à l'instance par l'intéressé, que M. B vit à Nîmes avec sa compagne de nationalité française, qu'ils ont eu ensemble deux enfants nés le 6 novembre 2022, reconnus le 15 novembre 2022 par le requérant et hospitalisés en néonatologie au centre hospitalier d'Avignon. M. B produit une attestation du service de néonatologie de l'hôpital attestant de sa présence à l'hôpital depuis de la naissance des enfants et de sa participation à leurs soins aux côtés de leur mère, une attestation de sa compagne déclarant qu'il contribue à l'entretien de ses enfants, des factures d'achat de matériel de puériculture et de vêtements et qu'ils vivent ensemble depuis le 6 février 2021 ainsi que plusieurs clichés en compagnie de ses nourrissons.

4. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce appréciées à la date du présent jugement, au vu des preuves apportées par l'intéressé de son investissement auprès de sa compagne et de ses deux enfants, compte tenu des conséquences qu'auraient sur sa compagne et ses enfants l'éloignement de l'intéressé, la décision de la préfète du Vaucluse l'obligeant à quitter le territoire français a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, les décisions attaquées doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement n'implique en l'état aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de Vaucluse en date du 5 décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de Vaucluse.

Fait à Nîmes, le 16 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. C

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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