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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203778

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203778

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203778
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGLORIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. E A, représenté par Me Glories, demande au Tribunal :

- l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2022, par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, lui interdit d'y retourner pour une durée de 24 mois et fixe son pays de renvoi ;

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- Les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'incompétence.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire

- la décision est entachée d'erreur de droit ou d'appréciation au regard de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant interdiction de retour

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation en France ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Glories pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant algérien né le 22 septembre 1991. Par un arrêté du 6 décembre 2022 dont il sollicite l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

2. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de M. A au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, qu'il s'agisse de l'obligation de quitter le territoire, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de retour. Le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait insuffisamment motivé doit donc être écarté.

3. L'arrêté attaqué a été signé, au nom du préfet des Pyrénées-Orientales, par M. D B, directeur de la citoyenneté et de la migration à la préfecture de ce département, qui disposait, en vertu d'un arrêté du 17 août 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture et librement accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, les arrêtés formalisant les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire

4. M. A se limite à soutenir que la décision est entachée d'erreur de droit ou d'appréciation au regard de la gravité de ses effets sur sa situation personnelle. A l'appui de ses allégations, il fait valoir que le centre de ses intérêts se trouve en Allemagne, où il souhaite retourner. Toutefois, le préfet soutient sans être contredit qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement prononcée par les autorités allemandes suite au rejet de sa demande d'asile dans ce pays. Marié en Algérie et sans enfant à charge, dépourvu de tout document d'identité et en situation irrégulière en France, il n'est pas fondé à invoquer une erreur d'appréciation du préfet des Pyrénées-Orientales, lequel n'a commis aucune erreur de droit en décidant de son éloignement.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour :

6. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

7. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision d'éloignement, présenté à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour, doit être écarté. M. A se limite à faire valoir " sa situation en France " alors que s'il présente une attestation d'hébergement, il ne justifie d'aucune circonstance particulière et qu'il est dépourvu de liens personnels sur le territoire français.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A, en ce compris ses conclusions aux fins de condamnation de l'Etat au paiement des frais de justice, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Lu en audience publique le 13 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

P. C

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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