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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203853

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203853

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantARMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 13, 16, 19 et 31 décembre 2022, et 3 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Armand, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet acte ;

2°) d'ordonner à la préfète du Gard de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de 1991.

Il demande la communication sous astreinte de 250 euros par jour de retard de l'ensemble des éléments sur lesquels s'est fondé la préfète pour vérifier son état civil.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il s'agit d'une demande de refus de renouvellement de titre de séjour ; son apprentissage est terminé et il ne peut travailler en l'absence de titre de séjour ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision les moyens tirés de ce que :

* les motifs de la décision implicite de refus de titre de séjour ne lui ont pas été communiqués en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

* le principe du contradictoire a été méconnu ;

* les droits de la défense ont été méconnus ;

* ses documents d'état civil sont authentiques ;

* il ne présente pas de menace pour l'ordre public ;

* il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour ; il suit une formation qualifiante et est intégré ;

* la décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* la décision est entachée d'une erreur de droit et de fait en estimant que sa demande de renouvellement était tardive ;

* la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

* la préfecture n'apporte pas la preuve que la décision expresse de rejet lui a été notifiée, dès lors la décision expresse du 23 décembre 2022 ne lui est pas opposable ; sa requête garde son objet ;

* entre la demande de titre de séjour et la décision expresse, sa situation factuelle a changé ;

* la décision est entachée de détournement de pouvoir, la stratégie judiciaire mise en en œuvre par la préfète pour les mineurs isolés interdit tout échange pendant l'instruction de la demande et devant le juge et réfute ainsi tout droit à défense, désintégrant tous les efforts d'intégration des mineurs isolés pour ensuite leur opposer le défaut d'intégration.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2022, la préfète du Gard conclut à l'irrecevabilité de requête, au non lieu à statuer et conclut au rejet de la requête.

Elle informe le tribunal qu'elle a pris une décision expresse de rejet de titre de séjour le 23 décembre 2022 qui abroge la décision implicite de refus de titre de séjour dont il est demandé la suspension.

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 novembre 2022 sous le numéro n°2203384 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique 3 janvier 2023 à 10h :

- le rapport de Mme Corneloup, juge des référés ;

- la juge des référés, en application de l'article R. 522-9 du code de justice administrative a soulevé le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin de suspension dirigées contre la décision implicite de refus de titre de séjour sont devenues sans objet ;

- les observations de Me Armand, représentant M. A, et de M. A, qui reprend les conclusions de sa requête par les mêmes moyens. Il soutient en outre que sa requête contre la décision implicite de refus de titre de séjour garde son objet, que le préfet en prenant une décision expresse de rejet en cours de procédure, déplace de façon illégale la date d'appréciation de la demande de titre de séjour et fait aussi échec au principe du contradictoire. Le préfet ne renverse pas la présomption d'authenticité des documents civils de M. A.

- la préfète du Gard n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité malienne, né le 30 décembre 2003, pris en charge par le Département du Gard en tant que mineur isolé à compter du 12 novembre 2020, a déposé le 30 décembre 2021 à sa majorité la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire ". ll demande la suspension de la décision implicite de rejet de titre de séjour du 2 juin 2022 de la préfète du Gard.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il résulte de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique que, dans les cas d'urgence, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente.

3. Au cas d'espèce, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la demande de communication des éléments sur lesquels s'est fondé la préfète pour vérifier l'état civil de M. A :

4. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée en ce sens par M. A dès lors que l'affaire est en état d'être jugée et que le principe du contradictoire a été respecté.

Sur l'étendue du litige :

5. Si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision.

6. Par l'arrêté du 23 décembre 2022, la préfète du Gard a opposé un refus explicite à la demande de titre de séjour présentée par M. A, lequel s'est substitué à sa décision implicite de refus du 2 juin 2022. Ainsi, contrairement à ce que soutient la préfète du Gard, la décision expresse n'a pas abrogé mais retiré la décision implicite de refus de titre de séjour.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision expresse de rejet a valablement été notifiée à M. A. Le retrait de la décision implicite de refus de titre de séjour n'a donc pas acquis un caractère définitif. Il y a donc lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale qui n'a pas perdu son objet. Dès lors, la préfète du Gard n'est pas fondée à soutenir que la requête serait irrecevable et de demander au tribunal de prononcer un non lieu à statuer sur la requête tendant à la suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fin de suspension :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

9. M. A demande la suspension de la décision en date du 2 juin 2022 par laquelle la préfète du Gard a rejeté implicitement sa demande de titre de séjour.

10. Il résulte de l'instruction que M. A est entré en France le 29 octobre 2020 alors qu'il était mineur. Il a intégré un CFA et conclu deux contrats d'apprentissage. Il a obtenu un CAP Spécialité Réalisations industrielles en chaudronnerie ou soudage, option A Chaudronnier le 5 juillet 2022 et est inscrit pour l'année 2022-2023 en BEP " Soudeur TIG et électrode enrobée ". Il résulte de l'instruction que le contrat d'apprentissage de M. A est suspendu à compter du 2 janvier 2023 jusqu'à ce qu'il soit en règle au regard de sa demande de titre de séjour. La formation de M. A étant suspendue, la condition tenant à l'urgence doit dès lors être regardée comme étant remplie.

11. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision implicite de refus de titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, il y a lieu de suspendre les effets de cet acte jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Pour assurer l'exécution de la suspension décidée au point 10, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et dès lors qu'une décision expresse de rejet a été prise le 23 décembre 2022, d'enjoindre à la préfète du Gard de délivrer à M. A, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travail, sans assortir cette injonction d'une astreinte, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision implicite de refus de titre de séjour du 2 juin 2022.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Armand, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de faire application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Armand de la somme de 1 000 euros. Dans le cas d'un refus définitif d'admission à l'aide juridictionnelle de l'intéressé, l'Etat versera cette somme à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite du 2 juin 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé l'admission au séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce que la formation collégiale statue sur la légalité de cet acte.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Gard de délivrer à M. A dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance une autorisation provisoire de séjour, assortie d'une autorisation de travail.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Armand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, l'Etat versera à Me Armand la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Cette somme sera versée à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas d'un refus définitif d'admission à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la préfète du Gard et à Me Armand.

Fait à Nîmes, le 6 janvier 2023.

Le juge des référés,

F. CORNELOUP

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203853

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