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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2204032

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2204032

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2204032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022, par lequel la préfète du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé un pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et lui délivrer, dans les mêmes conditions, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord modifié du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- et les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en 2007. Suite à son mariage avec une ressortissante française le 14 novembre 2020, il a sollicité, le 22 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 18 octobre 2022, la préfète du Gard a rejeté cette demande, a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 11 juillet 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs n°60 de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Si M. A déclare être entré en France en 2007, il ne produit aucun élément de nature à établir cette affirmation ou la régularité de son arrivée sur le territoire français. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement émise par le préfet des Pyrénées-Atlantiques en 2016, date à laquelle il n'avait toujours pas déposé de demande de titre de séjour, mesure qu'il n'a pas exécutée. Il résulte des mentions de cette décision qu'à l'occasion de son audition par les services de la police aux frontières, M. A s'était prévalu, afin de justifier de ses intérêts privés et familiaux en France, d'une relation nouée avec une ressortissante française placée sous curatelle. La préfète produit à l'instance le procès-verbal d'audition de cette personne, daté du 25 juillet 2016, dont il résulte que M. A lui avait infligé des violences et qu'il avait déposé un dossier de mariage sans son accord dans le but de régulariser son droit au séjour. Par ailleurs, le 14 novembre 2020, M. A s'est marié avec une autre ressortissante française. Suite à des violences conjugales qu'il a perpétrées sur celle-ci en état d'ébriété, il a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Nîmes du 18 mai 2022 à huit mois d'emprisonnement assortis de deux ans de sursis ainsi qu'à l'interdiction d'entrer en contact avec son épouse et de se présenter à son domicile. La production de factures et d'un bail de location établis à leurs deux noms, pour la plupart antérieurement à cette condamnation, n'est donc nullement de nature à démontrer qu'une communauté de vie subsisterait entre eux, alors au surplus que le requérant a interdiction d'approcher son épouse. En outre, à l'exception de quelques bulletins de salaire pour l'année 2022, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir une quelconque insertion en France, alors qu'il se prévaut pourtant d'une présence sur le territoire français d'une durée de quinze ans. Enfin, il n'est nécessairement pas dépourvu d'attaches avec son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans au moins. Au regard de l'ensemble de ces éléments, M. A ne démontre nullement faire preuve d'une insertion au sein de la société française, ni y avoir déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux. La préfète du Gard n'a donc pas méconnu les dispositions et stipulations précitées, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

5. La décision attaquée mentionne les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est donc suffisamment motivée et ne révèle aucun défaut d'examen particulier de la situation de M. A.

6. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 4 s'agissant de la décision de refus de titre de séjour, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et ne méconnaît pas le droit au respect de la vie privée et familiale du requérant.

7. Si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, il n'invoque utilement aucun élément à l'appui de cette allégation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. M. A ne démontre pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il n'est donc pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle fixant le pays de destination.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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