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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2204053

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2204053

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2204053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 décembre 2022 et des mémoires enregistrés les 20 et 24 février 2023, M. B A, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2022 par lequel la préfète du Gard a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la préfète du Gard la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 janvier et 13 février 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Misselin, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français le 1er décembre 2014 au bénéfice d'un visa de court séjour expirant le 13 janvier 2015. Le 8 juin 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en la qualité de salarié auprès de la préfète du Gard. Par un arrêté du 7 décembre 2022, dont M. A demande l'annulation, la préfète du Gard a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. L'arrêté attaqué a été signé pour la préfète du Gard par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture, qui disposait, en vertu d'un arrêté du 11 juillet 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français litigieux doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il résulte de l'arrêté du 7 décembre 2022 que celui-ci comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète s'est fondée pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète du Gard n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation révélant un défaut d'examen particulier de la situation de M. A doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 1er décembre 2014 par le biais d'un visa de court séjour valable jusqu'au 13 janvier 2015, et qu'il s'y est ensuite maintenu irrégulièrement. Il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français le 23 avril 2018, décisions qu'il n'a pas exécutées, et n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour que le 8 juin 2021. En outre, les éléments qu'il produit pour les années 2015 à 2017 au moins, à savoir principalement des ordonnances médicales, des attestations d'élection de domicile et des courriers qui lui ont été adressés par la sécurité sociale, la direction générale des finances publiques et une entreprise de transports publics ne permettent pas d'établir qu'il se serait installé de manière continue et définitive en France à compter du 1er décembre 2014. S'agissant de la période allant de 2018 à 2022, M. A se prévaut de son insertion professionnelle en produisant un certificat de capacité qui lui a été délivré suite à la formation de technicien en cuisine qu'il a suivie en 2018-2019, ainsi que différents contrats de travail à durée déterminée et indéterminée pour des postes d'aide cuisinier et de cuisinier, et les certificats de travail correspondants. Cependant, ces éléments sont insuffisants pour démontrer qu'il aurait déplacé en France le centre de sa vie privée et familiale, d'autant plus que la préfète du Gard produit en défense un procès-verbal de renseignement établi le 31 janvier 2023 dans lequel son dernier employeur indique qu'il a licencié M. A en janvier 2023 en raison de sa situation irrégulière. Enfin, si le requérant se prévaut de la présence en France de ses deux sœurs en situation régulière et de celle de ses nièces et neveux et produit à ce titre des attestations affirmant qu'ils se voient régulièrement, cette circonstance est insuffisante à démontrer qu'il aurait déplacé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, alors qu'il est célibataire et sans charge de famille. Au regard de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Gard a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Pour les mêmes raisons, la préfète du Gard n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation pour l'admettre au séjour.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord-franco algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " (). Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al.4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a exclusivement sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié et sans présenter de demande sur le fondement de l'article 7 de l'accord-franco algérien du 27 décembre 1968. De plus, il ne justifie ni même n'allègue avoir présenté un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi et ne dispose pas d'un visa de long séjour. Il ne peut donc pas utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 7 b) de l'accord-franco-algérien modifié.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () : " 5° Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). "

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A a exclusivement sollicité son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié sans présenter de demande sur le fondement de l'article 6, 5° de l'accord-franco algérien du 27 décembre 1968. Il ne peut donc utilement se prévaloir de la violation de ces stipulations. En tout état de cause, ainsi qu'il l'a été dit au point 5, le refus de la préfète du Gard de l'admettre au séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard des motifs de ce refus.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

11. Pour les mêmes raisons qu'exposé précédemment au point 5 s'agissant de la décision de refus de titre de séjour, en l'absence d'élément particulier invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui vient être dit que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Antolini, président,

M. Lagarde, premier conseiller,

Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

L. C

Le président,

J. AntoliniLa greffière,

A. Olszewski

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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