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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2204065

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2204065

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2204065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRUFFEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 décembre 2022, M. C F, représenté par Me Ruffel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de l'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué n'est pas signé par une autorité habilitée ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont inopérants ou infondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Barbaroux représentant M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant marocain né le 4 octobre 1988, est entré en France le 19 septembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour de 30 jours valable du 2 septembre 2016 au 1er décembre 2016 délivré le 24 août 2016 par les autorités françaises. L'intéressé a sollicité le 28 avril 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement, à titre principal, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, de l'article L. 423-23 du même code. Par un arrêté du 10 août 2022, la préfète du Gard a rejeté cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de l'éloignement. M. F demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour la préfète du Gard par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard. Ce dernier disposait, aux termes de l'arrêté du 11 juillet 2022 de la préfète du Gard, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. D'une part, le requérant fait valoir qu'il réside en France depuis 2016 et qu'il y a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux. Toutefois, les pièces qu'il produit à l'instance sont insuffisamment probantes pour établir le caractère habituel du séjour de l'intéressé sur le territoire national depuis 2016. Par ailleurs, M. F, qui est célibataire et sans enfants, n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, où il aurait vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Enfin, en se bornant à se prévaloir d'un engagement associatif, de l'inscription à des ateliers sociolinguistiques et de promesses d'embauche de l'entreprise BBRD, le requérant ne démontre aucun insertion socio-professionnelle notable en France, étant précisé que l'intéressé ne démontre pas avoir exécuté la mesure d'éloignement édictée le 24 juillet 2019 à son encontre.

5. D'autre part, le requérant fait valoir qu'il s'occupe au quotidien de ses parents, lesquels souffrent de problèmes de santé importants. Il ressort des pièces du dossier que la mère de M. F s'est vu reconnaître un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80% et qu'elle est atteinte d'une affection de longue durée de nature néoplasique, un cancer au rectum ayant été pris en charge à partir de 2002 et ayant nécessité la mise en place d'une colostomie terminale définitive et d'une stomie digestive, alors que le père de l'intéressé s'est vu attribuer un taux d'incapacité égale à 50% et est atteint d'une cardiopathie ischémique chronique, d'une hypertension artérielle, de diabète, d'une hypercholestérolémie et de lésions par greffons artériels. Si les certificats médicaux du Dr D et du Dr A indiquent respectivement que l'état de santé de Mme F justifie la présence à ses côtés de ses enfants et nécessite la présence de ses enfants, C et E, ces certificats ne sont toutefois pas suffisamment circonstanciés pour établir que Mme F ne pourrait pas bénéficier de l'aide d'un tiers, ces certificats ne précisant notamment pas les actes de la vie quotidienne pour lesquels Mme F nécessiterait une aide. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Abdelkader F, né en 1992 et titulaire d'une carte de résident, ne serait pas en mesure d'aider ses parents, la circonstance qu'il occupe un emploi à plein temps ne suffisant pas à démontrer une telle impossibilité.

6. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la préfète du Gard n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que M. F ne justifiait pas de motif exceptionnel ou de considération humanitaire au sens de ces dispositions.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L 'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Au regard des éléments analysés aux points 4 et 5, la décision en litige n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. F une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à contester l'arrêté du 10 août 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, à Me Ruffel et à la préfète du Gard.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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