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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300136

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300136

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDEBUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023, M. A D, représenté par Me Debureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2022 par lequel la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de l'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Gard de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas signée par une autorité habilitée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant albanais né le 10 mai 2004, a présenté le 10 mai 2022 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 octobre 2022, la préfète du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 18 octobre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger. ".

3. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que la cellule familiale dont fait partie M. A D comporte ses deux parents, M. C D, ressortissant albanais né le 2 novembre 1975, et Mme E épouse D, ressortissante albanaise née le 7 novembre 1977, son frère aîné, Burim D, né le 1er août 2001, et ses deux sœurs cadettes, Mlle F D, née le 21 février 2009, et Mlle G D, née le 6 août 2013.

4. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que les parents du requérant ont présenté le 30 septembre 2016 des demandes d'asile, qui ont été rejetées par décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 24 avril 2017, ces décisions ayant été confirmées le 25 septembre 2017 par la Cour nationale du droit d'asile. Les intéressés ont alors fait l'objet de décisions les obligeant à quitter le territoire français en date du 26 décembre 2017.

5. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les époux D et leurs quatre enfants ont été hébergés par le centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) de la Luciole à Nîmes du 7 novembre 2016 au 19 juillet 2018, puis par une bénévole de l'association Quartier Libre, ainsi que l'indique l'attestation du 2 avril 2019 produite à l'instance, étant précisé que la préfète du Gard ne conteste pas que les intéressés ont enfin été hébergés par l'association Réfugiés Bienvenue Nîmes à compter de novembre 2019, les requérants produisant à l'instance la preuve d'un paiement de 350 euros correspond à leur participation au paiement d'un loyer, ainsi que les factures d'eau et d'électricité qu'ils ont acquittées. En outre, il ressort des pièces du dossier que les quatre enfants des époux D ont été scolarisés en France de manière continue à partir de l'année scolaire 2016-2017 jusqu'à l'année scolaire 2021-2022 incluse.

6. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les époux D et leurs quatre enfants doivent être regardés comme ayant résidé habituellement sur le territoire français depuis le 30 septembre 2016. Ainsi, le requérant, né le 10 mai 2004, justifie avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents. Il suit de là qu'en considérant que le requérant ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Gard a méconnu ces dispositions, étant précisé que la décision attaquée a été prise dans l'année suivant le dix-huitième anniversaire de l'intéressé.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 18 octobre 2022 pris par la préfète du Gard à l'encontre du requérant doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au moyen d'annulation retenu précédemment, l'exécution du présent jugement implique que la préfète du Gard délivre au requérant un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A D au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète du Gard en date du 18 octobre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Gard de délivrer à M. A D un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à la préfète du Gard et à Me Debureau.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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