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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300310

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300310

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023 Mme B A, représentée par Me Hamza, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n°2022-30-208-BCE du 30 décembre 2023 par lequel la préfète du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation dans le mois qui suivra la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte définitive de 50 euros par jour de retard ;

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation en violation de l'article 8 de la CESDH ;

- la décision est prise en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à son isolement et à ses engagements politiques :

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision sera annulée par voie d'exception ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la Convention européenne et l'article L. 721-4 du CESEDA ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la Convention européenne, sa cellule familiale ne pouvant se reconstituer au Liban.

Par un mémoire enregistré le 2 mars 2023 la préfète du Gard conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 février 2023 du Bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 mars 2022 :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Hamza, pour Mme A et Mme A elle-même, assistée par M. C, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

1. Mme B A, ressortissante libanaise née le 3 novembre 1960 à Taybee (Liban), est entrée en France pour la dernière fois le 9 septembre 2021 sous couvert d'un visa États Schengen à entrées multiples valable du 10 mai 2019 au 9 mai 2023, délivré en qualité d'ascendant non à charge. Elle a présenté le 1er décembre 2021 une demande d'asile, dont elle a été déboutée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée en date du 29 mars 2022, confirmée par une décision du 9 septembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Elle demande l'annulation, de l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel la préfète du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe son pays de renvoi.

2. L'arrêté attaqué a été signé, pour la préfète du Gard, par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture qui disposait, en vertu d'un arrêté du 11 juillet 2022 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, à l'exception de certaines matières au nombre desquelles ne figurent pas les décisions attaquées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit dès lors être écarté.

3. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de la requérante au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables, en particulier en examinant les conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de Mme A.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. La mesure d'éloignement a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". En l'espèce Mme A, dont le refus de demande d'asile a été jugé légal par la Cour nationale du droit d'asile, n'avait plus droit au maintien à ce titre sur le territoire français. La décision n'est dès lors pas entachée d'une erreur de droit. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces dossier que la préfète du Gard se serait crue liée par la décision de la cour pour prendre la décision d'éloignement, prise à la suite d'un examen particulier et complet de sa situation.

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme A, entrée en France sous couvert d'un visa à entrées multiples, n'avait pas vocation à demeurer sur le territoire français à l'issue des périodes de trois mois fixée par son visa. Elle a été déboutée de sa demande d'asile, et cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile, qui a jugé que ni les pièces du dossier ni les déclarations faites à l'audience devant la Cour ne permettaient de tenir pour établis les faits allégués et pour fondées les craintes énoncées, au regard tant de l'article 1er, A, 2 de la convention de Genève que de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La seule circonstance que l'intéressée, qui a vécu jusqu'à la soixantaine au Liban, a une fille et des petits enfants de nationalité française ne permet pas de regarder la décision d'éloignement comme prise en violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, d'autant qu'elle bénéficiait pour conserver ses liens familiaux d'un visa ad hoc, qui pouvait être renouvelé. La requérante ne justifie en outre d'aucune ressource ou projet professionnel. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté. Pour le même motif, et alors même que Mme A serait investie dans des activités associatives et souhaiterait s'intégrer en France, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa vie personnelle doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, la décision d'éloignement ne peut être regardée comme portant une atteinte à l'intérêt supérieur des petits-enfants de la requérante et le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. Le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme A ne peut qu'être écarté en l'absence d'illégalité entachant cette mesure.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". En l'espèce la situation de Mme A a été examinée très récemment par l'OFPRA et la CNDA, et la requérante ne justifie en l'instance d'aucun risque personnel en cas de retour au Liban. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations et dispositions ne peut être qu'écarté.

10. La requérante, qui a vécu au Liban jusqu'à la soixantaine et qui peut bénéficier de visas pour conserver ses relations familiales avec la famille de sa fille n'est pas fondée à invoquer une violation de son droit au respect de sa vie privée et familiale, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de la requérante dans son pays d'origine porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses petits enfants. Le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 précité de la Convention internationale des droits de l'enfant ne peut être qu'écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B A ne peut être que rejetée, y compris sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète du Gard et à Me Hamza.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

Le magistrat désigné,

F. D

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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