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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300320

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300320

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantABID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 30 janvier 2023, M. C B F, représenté par Me Abid, demande au tribunal:

- l'annulation de l'arrêté n° 2023-306 du 28 janvier 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre à la préfecture des Alpes-Maritimes de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du CESEDA et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la CESDH ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la motivation est insuffisante ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

Sur l'interdiction de retour :

- la motivation est insuffisante ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2023 M. B F demande le transfert du dossier au tribunal administratif de Nice, du lieu de sa résidence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 8 mars 2022 le rapport de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

2. Par arrêté du 28 janvier 2023, qui est l'acte attaqué, le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à l'encontre de M. C B F, ressortissant tunisien né le 19 juillet 1992 à Mahdia (Tunisie) une obligation de quitter le territoire français, assortie d'une décision fixant le pays de destination et d'une interdiction de retourner sur le territoire français d'une durée d'un an.

3. L'arrêté du 28 janvier 2023 a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme H E, directrice de la réglementation de l'intégration et des migrations. Par arrêté n°2022-864 du 17 octobre 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, publié au recueil des actes administratifs spécial n°240-2022 le 18 octobre 2022, Mme E a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes notamment les refus de séjour et les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il vise notamment les stipulations de l'article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application pour chaque décision. L'arrêté précise en outre notamment les motifs pour lesquels le préfet a considéré que M. B F était en séjour irrégulier et pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement nonobstant le fait qu'il se déclare marié avec une ressortissante française, ainsi que les motifs justifiant l'interdiction de retour d'une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ". M. B F, entré en France en 2016 sous couvert d'un visa délivré au titre de conjoint d'une ressortissante française, après son mariage en Tunisie, a bénéficié d'un titre de séjour temporaire, dont il n'a pas demandé le renouvellement, tout en se maintenant sur le territoire français. Le préfet pouvait dès lors faire légalement application au requérant du 2° précité.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. B F fait valoir qu'il est marié avec une ressortissante française. Il ne ressort pas toutefois des pièces du dossier que l'intéressé ait une vie conjugale avec Mme G A, ressortissante française. Quant à sa relation avec une autre ressortissante française, qui l'héberge, M. B F ne justifie ni de sa nature ni de son ancienneté, ni qu'il ne pourrait poursuivre en Tunisie cette relation. L'intéressé ne peut être par ailleurs, eu égard à ses multiples condamnations pénales, regardé comme intégré dans la société française. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 ne peut être qu'écarté. Doit être également écarté, pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste que le préfet aurait commise dans l'appréciation de la situation du requérant.

Sur la décision privant le requérant d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1er Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 612-3 " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; ". Le préfet, en l'espèce, était fondé à faire application du cas de menace pour l'ordre public et sur le cas d'absence de demande de renouvellement, pour refuser un délai de départ.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. B F ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur l'interdiction de retour :

9. Compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision d'éloignement, présenté à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour, doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2023 ne peut être que rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1erer : M. C B F est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C B F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B F, au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Abid.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

Le magistrat désigné,

F. D

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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