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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300355

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300355

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. A C, représenté par Me Hamza, demande au tribunal :

- son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n°23/84/057G du 25 janvier 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'une année supplémentaire ;

- de supprimer le signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission Schengen.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les droits de la défense ;

- le préfet méconnaît les articles 3 et 8 de la CEDH.

Par un mémoire reçu le 22 mars 2023 la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 février 2022 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Hamza, pour M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1 Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la présente requête, de prononcer l'admission du requérant à l'aide juridictionnelle provisoire.

2. M. A C, né le 2 novembre 1997 à Sassandra (Côte d'Ivoire), de nationalité ivoirienne, a déclaré être entré sur le territoire français le 23 juillet 2021. Il a fait l'objet d'une mesure de réadmission vers l'Italie décidée le 10 février 2022 par le préfet de la Haute-Garonne, puis d'un arrêté de la préfète de Vaucluse en date du 14 octobre 2022, l'obligeant à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'une durée d'un an. Il a été interpellé en situation de travail non autorisé le 25 janvier 2023, et par arrêté en date du même jour, qui est l'acte attaqué, la préfète de Vaucluse a porté à deux ans la durée de l'interdiction.

3. Par un arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, la préfète de Vaucluse a accordé à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer les actes attaqués. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

4. L'arrêté contesté comporte, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la préfète, et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de M. C au regard des stipulations et dispositions législatives et réglementaires applicables à une prolongation d'interdiction de retour. Les moyens tirés d'une insuffisance de la motivation et d'une erreur de droit faute d'un tel examen ne peuvent être qu'écartés.

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. " et aux termes de l'article L. 612-11 : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; ". Ainsi qu'il est dit au point 1. le requérant a fait l'objet le 14 octobre 2022 d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le requérant s'étant volontairement maintenu irrégulièrement en France, la préfète pouvait, sans commettre d'erreur de droit, prendre la mesure de prolongation attaquée.

6. M. C s'est maintenu irrégulièrement en France, et a été interpellé en situation de travail illégal. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de prolongation le concernant soit entachée d'une erreur d'appréciation,

7. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré, comme en l'espèce, de la violation de l'article 41 de la charte, par une autorité d'un Etat membre est inopérant. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été effectivement privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce M. C, qui ne pouvait ignorer le caractère irrégulier de son maintien sur le territoire français et ses conséquences, ne fait valoir aucun fait ou argument qu'il aurait été privé de porter à la connaissance de l'administration et qui aurait pu aboutir à une absence de décision de prolongation de l'interdiction. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Le requérant ne justifie pas en quoi la prolongation d'un an de l'interdiction de retour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la violation de ce droit ne peut être qu'écarté.

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". M. C ne justifie par aucun élément ou document en quoi la prolongation de l'interdiction de retour l'exposerait à un risque en Côte d'Ivoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne et des dispositions de l'article L. 721-4 précités ne peut être qu'écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 ne peut être que rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de Vaucluse et à Me Hamza.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le magistrat désigné,

F. B

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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