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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300386

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300386

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGELY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2023 sous le n° 2300386, Mme C A demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité, la suspension de l'exécution de la décision du 22 décembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Marvejols :

-met fin à compter du 5 septembre 2022 à son congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

-prend en charge le remboursement des soins de rééducation en post-consolidation jusqu'au 4 décembre 2022 ;

-retire les décisions du 7 novembre 2022 et 29 août 2022 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Marvejols la somme de 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A, aide-soignante, soutient que :

*l'urgence est caractérisée, en effet :

-elle se retrouve sans rémunération depuis le 3 janvier 2023 ; d'une part, si la décision attaquée est suspendue, elle retrouve un plein traitement ; d'autre part, le congé de maladie ordinaire ouvrant droit à trois mois de plein traitement avant de passer à demi-traitement, et la décision attaquée la positionnant en congé de maladie ordinaire à compter du 5 septembre 2022, en fournissant un arrêt de travail justifié par une pathologie étrangère à l'accident de service, elle ne retrouvera en tout état de cause qu'un demi-traitement ;

*des doutes sérieux quant la légalité de la décision attaquée sont à relever, en effet :

-le signataire de la décision attaquée, M. B, est incompétent pour ce faire, celui-ci étant d'ailleurs directeur délégué et non directeur adjoint ;

-la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ; le conseil médical en formation plénière, réuni le 1er décembre 2022, est incompétent pour statuer sur sa réintégration à l'expiration de ses droits à congés, seul le comité médical en formation restreinte pouvant le faire ; le conseil médical en formation plénière n'a pu exploiter, sous peine de violer le secret médical, les documents médicaux transmis le 14 novembre 2022 ; elle a été privée de la possibilité de saisir le comité médical supérieur ;

-la décision attaquée est entachée d'un vice de forme au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2, L. 211-3, L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 35-17 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ; elle n'est pas motivée en droit alors qu'elle abroge un acte créateur de droits, la décision du 30 décembre 2021 reconnaissant son accident de service et portant placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

-la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 35-17 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ; alors que l'article 1er de la décision initiale du 30 décembre 2021 la place en congé pour invalidité temporaire imputable au service " jusqu'à réception du certificat médical final ", elle devait transmette un tel certificat médical final de consolidation avant que l'administration puisse mettre fin à son congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

-la décision attaquée du 22 décembre 2022 viole le principe de non-rétroactivité des actes administratifs, dès lors qu'elle prend effet avant le 26 décembre 2022, date de sa notification.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2023, dont une photocopie a été remise à l'intéressée avant l'audience, le centre hospitalier de Marvejols, représenté par Me Gely, avocat, conclut au rejet de la requête et réclame la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en soutenant que :

-à la suite d'une chute de Mme A le 16 mai 2021 dans un couloir de l'établissement, et après avis favorable rendu le 2 décembre 2021 par la commission de réforme, le centre hospitalier, par décision du 30 décembre 2021, a reconnu cet accident imputable au service et a placé l'intéressée en congé pour invalidité temporaire imputable au service ; par la suite, la requérante a été placée de manière ininterrompue en arrêt de travail par son médecin traitant et n'a pas, à ce jour, repris son activité professionnelle au sein du centre hospitalier ;

-toutefois, après expertise du 16 août 2022 concluant à une consolidation au 16 août 2022 et à une reprise de travail au 5 septembre 2022, une décision mettant fin au congé pour invalidité temporaire imputable au service a été prise le 29 août 2022, avec visite de reprise auprès du médecin du travail le 6 septembre 2022 ; après recours gracieux de l'intéressée, le centre hospitalier a retiré le 7 novembre 2022 cette décision du 29 août 2022 et a saisi le conseil médical en formation plénière, qui s'est réuni en formation plénière dans sa séance du 1er décembre 2022 au cours de laquelle Mme A a pu présenter ses observations, et qui a émis un avis favorable à une consolidation au 4 septembre 2022 avec arrêts de travail postérieurs relevant du congé de maladie ordinaire, à un taux d'invalidité de 5%, à une prise en charge post-consolidation de 3 mois pour les soins de rééducation et à l'aptitude de l'intéressée aux fonctions d'aide-soignante ; si Mme A a contesté dès le 3 décembre 2022 la composition du conseil médical, qui devait siéger selon elle en formation restreinte, réponse lui a été apportée le 12 décembre 2022 ; la décision attaquée a été prise le 22 décembre 2022 ;

-dans ces conditions, les arrêts de travail de l'intéressée relèvent du congé de maladie ordinaire à compter du 5 septembre 2022 et celle-ci, placée en position de récupération jusqu'au 4 janvier 2023, a été convoquée le 4 janvier 2023 devant le médecin du travail en vue de sa reprise prévue pour le 5 janvier 2023 ; toutefois, l'intéressée ne s'est présentée, ni à cette visite médicale, ni à son poste de travail, mais a présenté une prolongation d'arrêt de travail, sans aucune indication sur la pathologie en cause, allant du 4 janvier 2023 jusqu'au 1er mars 2023, en formant un recours gracieux rejeté le 23 janvier 2023 ;

*l'urgence n'est pas caractérisée, en effet :

-la suspension de traitement de la requérante est la conséquence, non de la décision attaquée, mais du fait qu'elle a refusé de se présenter tant dans son service que devant le médecin du travail ; alors que l'intéressée a été déclarée apte par le conseil médical, si celle-ci a pu produire un nouvel arrêt de travail pour ne pas reprendre ses fonctions, l'administration est en droit de ne pas en tenir compte en l'absence d'éléments médicaux nouveaux ; dans un tel cas, outre que l'agent perd le bénéfice de son traitement, il encourt le risque qu'une procédure d'abandon de poste soit intentée à son encontre ;

-la requérante ne justifie aucunement de la précarité de sa situation financière ;

*aucun moyen soulevé par Mme A n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en effet :

-M. B, directeur adjoint, est compétent pour signer la décision attaquée par délégation de signature du 12 avril 2021 régulièrement publiée ;

-le conseil médical réuni en formation plénière était bien compétent en l'espèce, s'agissant d'une question d'imputabilité au service ; à cet égard, si une erreur de plume a pu se glisser dans la décision finalement retirée du 29 août 2022, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée du 22 décembre 2022 ; en tout état de cause qu'un tel vice de procédure peut être " danthonysé " ;

-le moyen tiré d'une insuffisante motivation manque en fait ;

-aucune erreur de droit au regard de l'article 35-17 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 n'est caractérisée, la requérante en concluant de façon erronée que le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pourrait seul, et de son propre fait, mettre fin à son congé ;

-l'administration est tenue de placer un agent dans une situation légale et réglementaire, ce qui autorise, comme en l'espèce, la rétroactivité d'acte administratif individuel.

Vu :

-la requête par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général de la fonction publique ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

-la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

-le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

-le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 ;

-le décret n° 2022-351 du 11 mars 2022 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 21 février 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

*le rapport de M. Brossier, juge des référés ;

*les observations de Mme A, qui a développé oralement son argumentation écrite, en maintenant l'ensemble de ses conclusions et moyens, et en précisant que :

-elle a pu prendre connaissance avant l'audience du mémoire en défense du centre hospitalier ;

-s'agissant du vice d'incompétence soulevé, elle produit un organigramme du centre hospitalier relatif aux fonctions de M. B ;

-ne percevant plus un plein traitement d'invalidité, elle a commencé à toucher un demi-traitement de congé de maladie ordinaire, complété par un demi-traitement versé par le CGOS ; toutefois, le versement de ce demi-traitement de congé de maladie ordinaire a été rapidement interrompu ; son conjoint touche une pension de retraite ;

-son dernier arrêt de travail, qui émane du rhumatologue qui la suit, concerne son genou ; elle reste dans l'incapacité de marcher longtemps et ne peut donc reprendre, sans aménagement, son poste d'aide-soignante ; elle s'est présentée à ce titre devant le médecin du travail ;

*les observations de Me Gély, représentant le centre hospitalier de Marvejols, qui a développé oralement son argumentation écrite, en précisant que :

-Mme A ne s'est pas présentée lors de la reprise de travail prévue au début du mois de janvier 2023 ; si elle indique à l'audience qu'elle s'est présentée devant le médecin du travail, elle ne l'établit pas ; dans ces conditions, elle s'est elle-même mise dans la situation d'urgence qu'elle invoque ;

-Mme A n'invoque aucune erreur dans l'appréciation de son état de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte-tenu des circonstances de l'espèce.

3. Mme A, aide-soignante du centre hospitalier de Marvejols, a chuté en mai 2021 dans un couloir de l'établissement avec traumatisme du genou, et a vu cet accident reconnu imputable au service avec placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service. La décision attaquée, qui met fin à ce congé pour invalidité à compter du 5 septembre 2022 avec fin du versement corollaire d'un plein traitement, a pour conséquence de placer l'intéressée en position de congé de maladie ordinaire, avec plein traitement pendant trois mois et demi-traitement pendant neuf mois.

4. Il résulte de l'instruction que la requérante, qui reconnaît à l'audience qu'elle a été placée en congé de maladie ordinaire, d'abord à plein traitement puis à demi-traitement, indique que la prise en charge du demi-traitement complémentaire a été prise en charge par le CGOS (comité de gestion des œuvres sociales des personnels hospitaliers). Elle indique en outre que son conjoint perçoit une pension de retraite. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation financière. A cet égard, au titre de l'urgence, Mme A ne peut utilement se prévaloir du fait que le versement par son employeur du demi-traitement de congé de maladie ordinaire a rapidement été interrompu au cours du mois de janvier 2023, dès lors que cette décision de suspension de versement de demi-traitement résulte, non de la décision attaquée elle-même, mais du comportement de l'intéressée qui a refusé de donner suite à la convocation de reprise du travail qui lui a été adressée, en se bornant à faire état d'un nouvel avis de prolongation d'arrêt de travail relatif toutefois à la même pathologie du genou.

5. Dans ces conditions, Mme A ne peut se prévaloir d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, laquelle ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de la décision attaquée. Il en résulte que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " ;

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Marvejols, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par Mme A. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par le centre hospitalier de Marvejols.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2300386 de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Marvejols sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C A et au centre hospitalier de Marvejols.

Fait à Nîmes le 22 février 2023.

Le juge des référés,

J.B. BROSSIER

La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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