mercredi 8 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300398 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LORION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 février 2023, et complétée par un mémoire enregistré le 7 février 2023, M. C A, demande au tribunal :
1) d'annuler les décisions en date du 2 février 2023 par lesquelles le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a fait interdiction de retour pour une durée de deux ans ;
2) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée témoignant de ce que le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside habituellement en France depuis 1981 ; il est par ailleurs père d'un enfant français ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie privée et familiale ;
- la décision portant interdiction de retour est entachée d'incompétence ; elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 8 février 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme B ;
-et les observations de Me Mihih, représentant M. A, et de M. A lui-même, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ; il sollicite en outre son admission à l'aide juridictionnelle provisoire et renonce au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte compte tenu de la délégation de signature dont il est justifié en défense ; des pièces complémentaires sont produites sur l'audience ;
-le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né en 1979 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 février 2023 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2 ° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu protéger de l'éloignement les étrangers qui sont en France depuis l'enfance, à raison de leur âge d'entrée et d'établissement sur le territoire. Dans ce cadre, les éventuelles périodes d'incarcération en France, si elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence, ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France depuis au plus l'âge de treize ans, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence, pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part.
4. Il est constant, au regard notamment des termes de l'arrêté litigieux et de l'absence de contestation sur ce point, que M. A est entré régulièrement en France en 1981, à l'âge de deux ans, dans le cadre d'une procédure de regroupement familial et y réside habituellement depuis. Il a bénéficié en dernier lieu d'une carte de résident valable de 2007 à 2017, laquelle n'a pas fait l'objet d'un renouvellement en raison des diverses condamnations pénales dont a fait l'objet M. A à compter de l'année 2004 notamment. Il a dès lors bénéficié de titres de séjour " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, renouvelés jusqu'au 9 janvier 2020. Si dans son mémoire en défense, le préfet fait valoir que le requérant ne justifie pas de sa résidence habituelle en France au regard des pièces produites ne permettant pas de le domicilier de manière certaine, il ressort néanmoins des termes de son arrêté que M. A n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il se trouve depuis décembre 1981 sur le territoire français, conformément à ses allégations étayées oralement lors de l'audience. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme justifiant résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Il ne pouvait dès lors pas légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que son comportement constitue une menace pour l'ordre public et que son séjour en France est ponctué de multiples périodes d'incarcération.
5. L'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne par voie de conséquence l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire, ainsi que de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté.
Sur les mesures d'exécution :
7. D'une part, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
9. Il est enjoint au préfet du Var de réexaminer la situation de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au vu des motifs d'annulation retenus par le tribunal et de l'ensemble de la situation de droit et de fait existant à la date de ce réexamen. A cet effet, pour permettre notamment à M. A de déposer une demande de titre de séjour, il incombe au préfet du Var, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la décision à intervenir.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté en date du 2 février 2023 par lequel le préfet du Var a fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français et lui a fait interdiction de retour pour une durée de deux ans est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Var de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. A, après lui avoir délivré, dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour valable le temps nécessaire à ce réexamen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Var.
Lu en audience publique le 8 février 2023.
La magistrate désignée,
W. B
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2300398
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026