mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2300414 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | CHABBERT-MASSON |
Vu la procédure suivante :
Par requête enregistrée le 1er février 2023, M. A C, représentée par Me Chabbert-Masson, demande au tribunal :
- l'annulation de l'arrêté n°23/84/070Q du 31 janvier 2023 par lequel la préfète de Vaucluse l'oblige à quitter le territoire français sans délai et fixe son pays de renvoi ;
- d'ordonner à la préfète de lui délivrer un titre de séjour dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.
- d'ordonner, à titre subsidiaire, à la préfète de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente de sa décision une autorisation de séjour avec droit au travail ;
- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'arrêté portant refus de titre de séjour ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour ;
- le refus implicite de titre de séjour est entaché d'un vice de motivation, dès lors qu'il n'a pas été répondu à sa demande de communication des motifs ;
- la décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du CESEDA ; ils sont en France depuis six ans, travaillent, leurs deux filles sont scolarisées et ils sont intégrés ;
- la décision est prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- il est fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour ;
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'arrêté refusant un délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision est prise en violation de l'article L. 612-2 du CESEDA ; il n'entre dans aucun des cas visés par cet article.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 :
- le rapport de M. B,
- et les observations de Me Chabbert-Masson, pour M. A C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant albanais né le 10 novembre 1985 à Barbullush (Albanie) est entré en France avec son épouse et leurs deux filles mineures en 2016, selon ses déclarations. La demande d'asile des époux a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 juillet 2017, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 décembre 2017. Les époux ont présenté une demande de régularisation en décembre 2021 qui a été rejetée par une décision implicite. Par arrêté du 31 janvier 2023, qui est l'acte attaqué, la préfète de Vaucluse a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai.
2. Par arrêté du 1er septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans ce département n° 84-2022-083 du même jour, la préfète de Vaucluse a donné à M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfète de Vaucluse, délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. ".
4. Il ressort de l'examen de l'acte attaqué que l'obligation de quitter le territoire a été prise sur le fondement des 4° et 6°, et non sur celui du 3, le préfet se bornant à rappeler dans un considérant le refus implicite de titre de séjour opposé aux époux C. Le moyen tiré de l'illégalité du refus implicite du titre de séjour est dès lors inopérant et ne peut être qu'écarté.
5. Il est constant d'une part que la demande d'asile de M. C a été rejetée et que l'intéressé exerce illégalement le métier de coiffeur. La préfète pouvait dès lors légalement fonder la mesure d'éloignement attaquée sur les 4° et 6° précité.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. C fait valoir que sa famille et lui-même sont bien intégrés en France, y travaillant, lui comme coiffeur et son épouse comme cuisinière de restaurant, et leurs filles nées en 2009 et 2013 poursuivant leurs études. Toutefois, ayant été débouté de sa demande d'asile, le requérant n'avait pas vocation à demeurer sur le territoire français, et l'installation familiale dont il se prévaut ne pouvait avoir qu'un caractère précaire. Il est constant que les personnes qui sans se conformer aux règlements en vigueur, mettent par leur présence sur le territoire d'un Etat contractant les autorités de ce pays devant un fait accompli, ne peuvent d'une manière générale faire valoir une espérance légitime qu'un droit au séjour leur sera accordé (CEDH, 13 mai 2003, n°53102/99, Chandra c :l Pays Bas ; CEDH, 6 juillet 2006, n°13594/03, Yash Priya c. Danemark). En l'espèce, le requérant ne justifie ni que sa vie privée et familiale ne peut pas se poursuivre en Albanie, ni d'une situation exceptionnelle sur le territoire français, ni par suite d'une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard du but poursuivi de maîtrise de l'immigration irrégulière. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas des pièces du dossier, pour le même motif, que la décision d'éloignement soit entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. En l'espèce il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de M. C porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, qui est de suivre leurs parents et qui pourront être scolarisées en Albanie. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 précité ne peut être qu'écarté.
Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;/3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et aux termes de l'article L. 613-2 " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". En l'espèce la décision de refuser à M. C un délai de départ volontaire n'est motivée ni en droit ni en fait. Elle doit dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, être annulée.
Sur les conclusions à fins d'injonction :
9. Conformément à l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. C son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2.
Sur les frais liés au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. C dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise par arrêté du 31 janvier 2023 de la préfète de Vaucluse sont rejetées.
Article 2 : L'arrêté du 31 janvier 2023 de la préfète de Vaucluse est annulé en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire à M. C.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : En application des dispositions de l'article L. 614-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. C qu'il est obligé de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de Vaucluse et à Me Chabbert-Masson.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
Le magistrat désigné,
F. B
La greffière,
M-E KREMER
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026