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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300525

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300525

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantANAV-ARLAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2023 sous le n° 2300525, et un mémoire enregistré le 8 mars 2023, M. B A, représenté par Me Biscarrat, avocat, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 6 janvier 2023 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Caderousse l'a placé en disponibilité d'office pour raison de santé, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de le réintégrer juridiquement avec reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD de Caderousse la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

-employé depuis l'année 2002 par l'EHPAD de Caderousse depuis 2002, maître-ouvrier titulaire puis nommé technicien hospitalier stagiaire en janvier 2021, il est en arrêt de travail depuis le 3 mars 2021 ; une expertise médicale réalisée en août 2021 a conclu à une possible reprise du travail avec éviction de port de charge lourde ; une expertise médicale réalisée en novembre 2022 a conclu à une reprise du travail avec aménagement de poste évitant le port de charge supérieure à 15 kg et les mouvements d'antéflexion prolongés et répétés, et, à défaut, à un reclassement ; il a sollicité en décembre 2022 une visite de reprise, son médecin traitant préconisant une reprise à temps partiel ; le 3 janvier 2023, le médecin expert a conclu à une inaptitude totale et définitive à son poste de travail justifiant un reclassement ; le 6 janvier 2023, par la décision attaquée, il a été placé en disponibilité d'office pour raison de santé, " à titre provisoire à compter du 9 janvier 2023 dans l'attente des suites à donner à sa situation " ;

*l'urgence est caractérisée, en effet :

-depuis le mois de février 2023, ses ressources financières sont considérablement réduites alors qu'il est marié et père de trois enfants, et il n'acquiert plus de droits sociaux ; il a dû prendre attache auprès de l'assureur de son prêt immobilier pour solliciter la suspension de ses échéances ; les charges mensuelles du foyer atteignent 2728 euros ; ses ressources mensuelles sont réduites à 941 euros ; il a dû solliciter le rachat d'un contrat financier pour débloquer en urgence la somme de 3263 euros ; il va devoir limiter certaines dépenses et, notamment, ne peut poursuivre certains soins d'hypnothérapie et de psychomotricité ;

*des doutes sérieux quant la légalité de la décision attaquée sont à relever, en effet :

-en premier lieu, la décision attaquée n'est pas motivée au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, alors que le placement en disponibilité nécessite la réunion de plusieurs conditions cumulatives ; l'administration n'ayant pas précisé les raisons qui l'ont conduit à prendre la décision attaquée, il n'a pas été mis à même de faire valoir ses droits à la défense ;

-en deuxième lieu, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'administration aurait dû solliciter l'avis du conseil médical sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions, en application de l'article 36 du décret nº 88-386 du 19 avril 1988, alors que le rapport d'expertise du 2 janvier 2023 le concernant conclut à une inaptitude à son poste de travail avec reclassement ;

-en troisième lieu, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 29 du décret n° 88-976 du 13 octobre 1988, dès lors que le fonctionnaire placé en disponibilité pour raison de santé doit avoir épuisé l'intégralité de ses droits à congés ; tel n'est pas le cas en l'espèce, dès lors que son accident de service du 3 mars 2021 a été consolidé à la date du 22 août 2022, qu'au-delà de cette date, il s'est vu prescrire des arrêts de travail pour maladie ordinaire, et qu'à la date de la décision attaquée, le 6 janvier 2023, il continuait à bénéficier de ses droits en congé maladie ordinaire, lesquels, en application de l'article L. 822-2 du code général de la fonction publique peuvent atteindre la durée totale d'une année, soit jusqu'au 22 août 2023 ; en outre, il peut au-delà de cette période solliciter le bénéfice de congés longue maladie dans les conditions prévues à l'article L. 822-13 du même code ;

-en quatrième lieu, il est en droit de bénéficier de la période de préparation au reclassement prévue à l'article L. 826-2 du code général de la fonction publique pendant une durée maximale d'un an, période qui ne peut débuter qu'au terme du congé pour raison de santé en application de l'alinéa 2 de l'article 2 du décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ; son employeur ne justifie pas d'obstacles rencontrés à son reclassement effectif.

Par un mémoire enregistré le 7 mars 2023, et un mémoire enregistré le 8 mars 2023, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Caderousse, représenté par Me Anav-Arlaud, avocat, conclut au rejet de la requête et réclame la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'EHPAD de Caderousse soutient que :

*l'urgence n'est pas caractérisée, en effet :

-M. A touche à compter du mois de février 2023 l'indemnisation prévue par le décret n° 60-58 du 11 janvier 1960 ; un agent ne perçoit un demi-traitement doit justifier de ses difficultés financières, ce que le requérant ne démontre pas en l'espèce ; les éléments financiers produits par le requérant sont tronqués, dès lors qu'il ne touche pas 941 euros par mois, mais 1414 euros net ; à cet égard, sur le bulletin de salaire de février 2023, il importe de tenir compte d'une régularisation en raison d'un trop-perçu en janvier 2023 ; le revenu imposable de l'épouse du requérant, au regard de son salaire imposable déclaré, s'élève à 1643 euros par mois ;

*aucun moyen soulevé par M. A n'est susceptible de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, en effet :

-la décision attaquée est motivée en droit et en fait, notamment par référence au rapport d'expertise médicale du 2 janvier 2023 ;

-s'agissant de l'absence de saisine du conseil médical, l'argumentation du requérant est incohérente en ce que, d'un côté, elle invoque la nécessaire saisine de ce comité au sujet de son aptitude et son éventuel reclassement, tout en reprochant, d'un autre côté, l'absence de reclassement immédiat ;

-au 6 janvier 2023, l'intéressé ne produit plus d'arrêts de travail mais demande sa réintégration, alors que le rapport d'expertise médicale du 2 janvier 2023 conclut à une aptitude totale et définitive à ses fonctions, avec reclassement professionnel ; dans ces conditions, l'EHPAD, qui doit assurer la santé et la sécurité de ses agents, ne pouvait réintégrer immédiatement l'intéressé, lequel a été placé à titre provisoire en position de disponibilité pour raisons de santé, compte tenu d'éléments contradictoires concernant son état de santé ; l'administration a l'obligation de placer un agent dans une position statutaire et en l'espèce, l'EHPAD se trouve en situation de compétence liée, n'ayant pas d'autres possibilités que de placer le requérant à titre provisoire en position de disponibilité pour raisons de santé, dans l'attente d'une décision à venir de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou de mise à la retraite, selon la teneur de l'avis qui sera rendu ; l'administration est tenue de régulariser rétroactivement la situation de son agent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général de la fonction publique ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

-la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

-le décret nº 88-386 du 19 avril 1988 ;

-le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;

-le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brossier, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 9 mars 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Brossier, juge des référés ;

-les observations de Me Botreau, représentant l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Caderousse, qui a développé oralement son argumentation écrite.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Il résulte de ces dispositions que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte-tenu des circonstances de l'espèce.

3. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de sa mise en disponibilité, M. A, maître-ouvrier titulaire nommé technicien hospitalier stagiaire en janvier 2021, a été placé sous le régime indemnitaire prévu par le décret n° 60-58 du 11 janvier 1960 relatif au régime de sécurité sociale des agents permanents des départements, des communes et de leurs établissements publics n'ayant pas le caractère industriel ou commercial. A ce titre, alors que son revenu imposable déclaré en 2021 s'élevait à 28489 euros, soit 2374 euros par mois, il perçoit à compter du mois de février 2023 un traitement brut réduit de 984 euros et des prestations en espèces de sécurité sociale, soit un total mensuel net moyen, avancé par l'EHPAD et non contesté de 1414 euros. Par ailleurs, si le requérant invoque un salaire mensuel de son épouse de 1275 euros, celle-ci a déclaré en 2021 un revenu imposable de 19722 euros, soit 1643 euros par mois. Le foyer touche en outre mensuellement 500 euros de prestations familiales. Dans ces conditions, et au regard des charges mensuelles du foyer invoquées à hauteur de 2728 euros, dont 1004 euros de crédit immobilier, la décision attaquée ne porte pas à la situation financière de M. A une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. La circonstance invoquée par le requérant, tirée de ce que la position de disponibilité lui fait perdre l'acquisition de droits sociaux, ne caractérise pas non plus une situation d'urgence au sens de cet article L. 521-1.

4. Il résulte de ce qui précède que, dans les circonstances de l'espèce, M. A ne peut se prévaloir d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision attaquée doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Les conclusions à fin suspension de M. A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que la présente ordonnance ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les conclusions formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Caderousse, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. A. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A une somme au titre des frais non compris dans les dépens exposés par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Caderousse.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2300525 de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Caderousse sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Caderousse.

Fait à Nîmes le 10 mars 2023.

Le juge des référés,

J.B. BROSSIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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