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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300542

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300542

vendredi 17 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBARAKAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 14 et 15 février 2023, M. D A, représenté par Me Barakat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet de l'Hérault a pris à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français en direction de son pays d'origine ou de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible et a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Barakat, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père de 5 enfants nés en France ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision d'interdiction de retour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à M. Antolini, vice-président.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Antolini, magistrat désigné,

- et les observations de Me Barakat, pour M. A, assisté de M. M'Halla interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué du 13 février 2023, le préfet de l'Hérault a pris à l'encontre de M. A une obligation de quitter sans délai le territoire français et a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. L'arrêté en litige a été signé par Mme C B, cheffe de la section éloignement de la préfecture de l'Hérault, en vertu d'une délégation de signature consentie le 21 septembre 2022 par arrêté préfet de l'Hérault régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mesure d'éloignement et de la décision d'interdiction de retour manque dès lors en fait et doit être écarté. Il ne ressort enfin ni de la motivation de l'arrêté en litige ni d'aucune des pièces du dossier que le préfet de l'Hérault n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation de M. A.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est marié avec une compatriote de nationalité française avec qui il a eu 3 enfants. M. A s'est toutefois séparé de son épouse et a eu deux autres enfants avec une seconde femme. Il ressort enfin des procès-verbaux d'audition de sa nouvelle compagne qu'ils ne vivent pas ensemble et qu'elle ne veut pas vivre avec lui en raison de sa violence envers elle. Il ne ressort en revanche d'aucune des pièces produites que M. A participerait à l'entretien ou à l'éducation de ses 5 enfants. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant à son encontre une mesure d'éloignement, le préfet de l'Hérault aurait méconnu le droit qu'il tient des stipulations sus rappelées à mener une vie privée et familiale.

5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Comme il vient d'être dit, M. A ne démontre pas participer à l'entretien ou à l'éducation de ses 5 enfants. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 précité ne peut dès lors être qu'écarté.

6. Selon l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". Comme il vient d'être dit, M. A ne démontre pas contribuer à l'entretien ou à l'éducation de ses 5 enfants. Le moyen tiré de la violation des dispositions sus rappelées ne peut dès lors être qu'écarté.

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

8. Il ressort des pièces versées au débat que M. A a été interpellé en raison des actes de violence qu'il perpétrait sur sa nouvelle compagne alors qu'il était sous influence de l'alcool. Il ne ressort en revanche d'aucune des pièces du dossier qu'il contribuerait à l'entretien ou à l'éducation de ses 5 enfants et qu'il aurait noué des relations avec eux. M. A n'établit pas dès lors qu'il justifiait de circonstances humanitaires permettant au préfet de ne pas édicter une interdiction de retour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté qu'il conteste est entaché d'excès de pouvoir et à en demander l'annulation. Il y a lieu en conséquence de rejeter sa requête, en ce comprises les conclusions qu'elle comporte tendant au paiement des frais liés au litige.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et préfet de l'Hérault.

Fait à Nîmes le 17 février 2023.

Le magistrat désigné,

J. ANTOLINILa greffière,

E. PAQUIER

La république mande et ordonne préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300542

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