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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300543

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300543

mardi 22 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300543
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL FAVRE DE THIERRENS BARNOUIN VRIGNAUD MAZARS DRIMARACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 14 mars 2023, la commune de Potelières, représentée par Me Fontaine, demande au juge des référés, dans l'état de ses dernières écritures :

1°) de désigner un expert, sur le fondement des dispositions de l'article R. 5321 du code de justice administrative, chargé de se prononcer sur les désordres et non-conformités techniques affectant la station d'épuration communale ;

2°) de déclarer commune et opposable la mesure d'expertise à venir à la SARL Amevia Ingénierie, es qualité de maître d'œuvre, à la société LLOYD'S Londres, es qualité d'assureur et à la SMABTP, es qualité d'assureur de la SAS Labombe Bonnet ;

3°) de condamner solidairement la SARL Amevia Ingénierie, la société LLOYD'S Londres, et la SMABTP, de lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

• la mesure d'expertise sollicitée présente un caractère d'utilité dès lors que les vices affectant la structure sont susceptibles d'engager la responsabilité des constructeurs ;

• elle est nécessaire afin de préciser la nature des dommages, de chiffer précisément les dégâts ainsi que les mesures propres à y remédier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, la SMABTP représentée par Me Vrignaud de la Selarl d'avocats Favre de Thierrens-Barnouin-Vrignaud-Mazars-Drimaracci, conclut :

1°) à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête à raison du défaut de capacité à ester en justice du maire de la commune de Potelières ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que le tribunal prenne acte qu'elle formule les protestations et réserves d'usage ;

3°) de compléter la mission confiée à l'expert en lui demandant de préciser si la nature des désordres porte atteinte à la solidité de l'ouvrage et s'ils le rendent impropre à sa destination ;

4°) au rejet de la demande de la commune de Potelières concernant la condamnation solidaire des sociétés au paiement des frais d'instance ;

5°) à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Potelières les dépens ainsi que les frais d'expertise.

Elle soutient que la requête est irrecevable, en l'absence de justification du maire de sa qualité pour agir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, la SARL Amevia Ingénierie et la société d'assurance LLOYD'S Londres, représentées par Me Marle Plante, concluent :

1°) à ce que l'intervention de la Société LLOYD'S INSURANCE COMPANY soit admise et que la société LLOYD'S France soit mise hors de cause ;

2°) à ce que le tribunal prenne acte qu'elles ne s'opposent pas à la mesure d'expertise sollicitée sur laquelle elles formulent les protestations et réserves les plus expresses et circonstanciées sans reconnaissance aucune de quelque responsabilité ni garantie ;

3°) au rejet de la proposition de voir confier à l'expert la mission de " constater et analyser l'ensemble des désordres et non conformités techniques dont souffre d'ouvrage public sur toute son emprise, y compris la clôture et le local d'exploitation " ;

4°) au rejet la demande de la commune de Potelières concernant la condamnation solidaire des sociétés au paiement des frais d'instance.

Elles soutiennent que :

• la qualité et l'intérêt à agir de la commune seront vérifiées ;

• la commune a attendu neuf ans avant de se plaindre du désordre litigieux ;

• l'ouvrage en cause n'est pas soumis aux principes de la garantie décennale ;

• l'apparition si tardive des désordres pose la question de l'entretien de la station dont il n'est pas justifié ;

• l'installation a fait l'objet de modifications notamment en 2015, l'expert devra se prononcer sur le détails des modifications, leur date et leur nature ainsi que leur lien de causalité éventuels avec les griefs.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non recevoir :

1. Lorsque les dispositions ou stipulations applicables à une personne morale subordonnent à une habilitation par un de ses organes la possibilité pour son représentant légal d'exercer en son nom une action en justice, le représentant qui engage une action devant une juridiction administrative doit produire cette habilitation, au besoin après y avoir été invité par le juge. Toutefois, cette obligation ne s'applique pas, eu égard aux contraintes qui leur sont propres, aux actions en référé soumises, en vertu des dispositions applicables, à une condition d'urgence ou à de très brefs délais. Tel n'est pas le cas de l'action en référé prévue par l'article R. 532-1 du code de justice administrative qui n'est pas soumise à une condition ou à un délai de ce type.

2. Aux termes de l'article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22, le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune. ". Aux termes de l'article L. 2132-2 du même code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice. ". Aux termes de l'article L. 2122-22 du même code : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.

3. La compagnie d'assurances SMABTP a soulevé une fin de non recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête faute pour le maire de la commune de Potelières de démontrer sa capacité d'ester en justice. La commune de Potelières a produit la délibération du conseil municipal de Potelières autorisant le maire à ester en justice. Dès lors, la requête présentée par la commune de Potelières est recevable et la fin de non recevoir opposée par la SMABTP est écartée.

Sur l'intervention volontaire de la LLOYD'S INSURANCE COMPAGNY et la mise hors de cause de la LLOYD'S France SAS :

4. La société d'assurance LLOYD'S INSURANCE COMPAGNY justifie être venue aux droits de la société d'assurance LLOYD'S France SAS. Dès lors, il y a lieu d'admettre l'intervention volontaire de la société d'assurance LLOYD'S INSURANCE COMPAGNY et de mettre hors de cause la société d'assurance LLOYD'S France SAS.

Sur la mesure d'expertise :

5. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.

6. Les mesures d'expertise demandées par la commune de Potelières entrent dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 2 de la présente ordonnance.

Sur les réserves exprimées :

7. Il n'appartient pas au juge administratif de donner acte de protestations ou de réserves. Les conclusions en ce sens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

8. Devant les juridictions administratives, il appartient au président de la juridiction et non au juge des référés, de fixer par ordonnance les frais et honoraires qui seront dus à l'expert et de désigner la partie qui en assumera la charge. Il s'ensuit que les conclusions des parties tendant à réserver les dépens, ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Potelières.

O R D O N N E :

Article 1er : La société LLOYD'S France SAS est mise hors de cause et l'intervention volontaire de la société LLOYD'S INSURANCE COMPAGNY en qualité d'assureur de la SARL AMEVIA INGENIERIE est admise.

Article 2 : M. A B, domicilié 91 avenue André Ampère à Castelnau le lez (34170), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1) Se rendre sur les lieux, entendre les parties, se faire communiquer et prendre connaissance de tous documents, établir tous plans, croquis ou schémas utiles à la compréhension des faits de la cause ;

2) Se faire communiquer tous documents et pièces utiles établissant les rapports de droit entre les parties en cause, rechercher et préciser les liens contractuels unissant les parties, décrire les missions confiées par le maître de l'ouvrage à chacun des constructeurs qu'il attrait à la présente instance, et la manière dont les missions ont été effectivement remplies ;

3) Examiner l'ouvrage, décrire les désordres affectant la station d'épuration communale et, pour chacun d'eux, en déterminer la nature, leur date d'apparition, leurs causes et origines en indiquant s'ils sont imputables à un défaut de conception, à une non-conformité aux documents contractuels ou aux règles de l'art, à des défauts d'exécution ponctuels ou généralisés, décelables ou non lors de l'exécution des travaux, à un vieillissement accéléré de l'ouvrage ou à un défaut d'entretien ou une utilisation défectueuse de l'ouvrage, en produisant tous documents utiles relatifs à ces griefs ;

4) Indiquer la part imputable à chacune des causes et/ou des intervenants ;

5) Réunir les éléments d'information permettant au tribunal de dire si ces désordres sont de nature à compromettre la solidité de l'immeuble ou à le rendre impropre à sa destination dans l'immédiat ou à terme ;

6) Evaluer la nature et l'importance des travaux de reprise nécessaires pour remédier aux désordres et à remettre l'ouvrage en l'état prévu par le marché, au stade des travaux en cours ; en évaluer le coût et en fixer la durée compte tenu, le cas échéant, des nécessités de leur conception, de la passation des marchés et de l'exécution des travaux ;

7)Donner son avis sur l'existence d'améliorations et/ou de plus-values apportées à l'ouvrage par les préconisations des éventuelles solutions techniques ;

8)Donner son avis sur les préjudices de toute nature causés à la commune de Potelières, par ces désordres et en évaluer le coût ;

9)D'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra entendre tout sachant, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 6212 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 7 : Préalablement à toute opération l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative. Il avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 8 : L'expertise aura lieu au contradictoire de de la commune de Potelières, de la SARL AMEVIA INGENIERIE, de la société d'assurance LLOYD'S INSURANCE COMPANY et de la SMABTP.

Article 9 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dont un exemplaire sous format numérique avant le 26 janvier 2024. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 10 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 11 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 12 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Potelières, à la SARL AMEVIA INGENIERIE, la société d'assurance LLOYD'S France SAS, à à la société d'assurance LLOYD'S INSURANCE COMPANY, à la SMABTP et à M. A B, l'expert.

Fait à Nîmes, le 22 août 2023.

La juge des référés,

F. CORNELOUP

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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