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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300664

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300664

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHASSID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 23 et 24 février 2023 et 23 mars 2023, Mme B C, représentée par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023 par lequel la préfète de Vaucluse lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou, en cas d'annulation de la seule décision fixant le pays de destination, de lui " délivrer une assignation à résidence " ;

3°) de mettre à la charge de la préfète de Vaucluse la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît tant l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnait l'article 7 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du pouvoir de régularisation de la préfète.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par voie d'exception d'illégalité des décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2023, la préfète de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Peretti,

- et les observations de Me Belaïche substituant Me Hassid, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tunisienne, a sollicité le 22 septembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 23 janvier 2023, la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. C'est la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Christian Guyard, secrétaire général de la préfecture de Vaucluse. Ce dernier dispose, aux termes de l'arrêté réglementaire du 9 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°84-2022-127, d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés, requêtes et mémoires présentés dans le cadre de recours contentieux, décisions, circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application et détaille la situation personnelle et familiale de la requérante avant de mentionner qu'elle ne fait état d'aucun motif exceptionnel ou humanitaire. L'arrêté litigieux comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'un défaut de motivation doit par suite être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. Quand bien même Mme C ne pourrait effectivement bénéficier d'une mesure de regroupement familial en raison des faibles ressources de son époux, il n'en demeure pas moins qu'elle entre dans les catégories d'étrangers qui ouvrent droit au regroupement familial. Par suite, la requérante ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen tiré de la violation de cet article doit être écarté comme inopérant. En outre, si la requérante indique être entrée sur le territoire français en 2011, fait valoir son mariage avec un ressortissant tunisien, M. E A D, titulaire d'une carte de résident, et relève qu'un enfant est né de leur relation en 2013, ces éléments ne sauraient suffire à caractériser l'existence de liens intenses, stables et anciens en France dès lors, d'une part, qu'ils ne sont établis par aucune pièce utile au dossier et, d'autre part, qu'il ressort des pièces du dossier que la requérante a quitté le territoire français en 2014 avec leur enfant, à la suite d'une première décision de refus de titre de séjour accompagnée d'une obligation de quitter le territoire en date du 12 aout 2013. Si la requérante se prévaut alors de divers visas qui lui ont été accordés en 2017, 2018 et 2022, ces documents, qui ne démontrent au mieux qu'une présence ponctuelle, et non une présence durable sur le territoire français comme elle le soutient, ne permettent pas non plus de démontrer que la requérante disposerait d'un ancrage stable et d'une particulière intensité en France. Mme C n'apporte en outre aucun élément relatif à son insertion dans la société française et n'établit pas, par les pièces produites, avoir placé en France le centre de ses intérêts. Elle ne démontre pas davantage être dépourvue de tout lien dans son pays d'origine, où elle a vécu la majorité de sa vie, ni qu'elle ne pourrait pas, avec son époux, reconstituer sa cellule familiale en Tunisie, dont ils ont tous deux la nationalité. Il ressort enfin des pièces du dossier que le fils de Mme C et de M. A D, F A D, a quitté la France en 2014 avec sa mère et a été scolarisé en Tunisie entre 2019 et 2022, de sorte que rien ne s'oppose à ce qu'il continue sa scolarité dans ce pays. Par suite, en estimant que la requérante ne disposait pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, Mme C n'établit pas que les liens dont elle se prévaut en France seraient d'une intensité telle que la décision qui lui est opposée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il ne ressort des pièces du dossier aucune circonstance particulière qui ferait obstacle à ce qu'elle rejoigne son pays d'origine le temps de l'instruction d'une demande de regroupement familial à son profit. Par ailleurs, si M. E A D, le père de M. F A D, réside effectivement en France, cette seule circonstance ne suffit pas à considérer que la décision de refus de séjour en litige porterait atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant, étant observé que les stipulations précitées n'ouvrent pas le droit aux époux du choix de leur pays de résidence. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, de l'article 7 de l'accord franco-tunisien et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doivent être écartés.

8. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 7, la préfète de Vaucluse n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de Mme C ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée au regard de motifs exceptionnels et en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité de la portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit points 5 et 7, que la préfète de Vaucluse a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de l'intéressée, ni qu'elle a méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Mme C n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au conseil de Mme C.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, (premier) conseiller,

Mme Achour, (première) conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le président rapporteur,

P. PERETTIL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

P. PARISIEN

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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