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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2300710

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2300710

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2300710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBOURCHENIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023 au tribunal administratif de Strasbourg et reçue au tribunal administratif de Nîmes le 28 février 2023 après une ordonnance de renvoi et un mémoire reçu le 20 mars 2023, M. B A, représenté par Me Hubert, demande au tribunal :

- l'annulation de l'arrêté n° DII/BEA/57/2023/116 du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de la Moselle l'oblige à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre le préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- d'enjoindre le préfet de lui délivrer une carte de séjour d'un an portant la mention "admission exceptionnelle au séjour" dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient dans le dernier état de ses écritures que :

Sur l'obligation de quitter le territoire sans délai et la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant à sa date d'entrée et à l'absence de résidence habituelle et effective en France ;

- sa situation n'a pas été examinée attentivement et la décision a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ; il peut bénéficier d'une carte de séjour sur le fondement vie privée et familiale sur le fondement de l'article 6 2 de l'accord franco-algérien.

Sur la décision d'interdiction de retour :

- la décision est prise en violation de l'article L. 612-6 du CESEDA et de l'article 8 de la CEDH et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 13 mars 2023 le préfet de la Moselle conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés, mais que le cas échéant le 2° de l'article L. 611-1 du CESEDA pourrait se substituer au 1°.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Zaïr substituant Me Hubert, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité algérienne, né le 7 juillet 1996 à Mostaganem (Algérie) a fait l'objet d'une remise par les autorités allemandes le 24 janvier 2023. Placé en retenue il n'a pas pu alors justifier être entré régulièrement en France ni y être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et par arrêté en date du 24 janvier 2023, qui est l'acte attaqué, le préfet de la Moselle a obligé M. A à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination a prononcé une interdiction de retourner sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. Le préfet de la Moselle a, par un arrêté du 21 octobre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, donné délégation à M. C E, directeur adjoint, chef du bureau de l'éloignement et de l'asile, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions dévolues à cette direction, à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté, signé par M. E, serait entaché du vice d'incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;/ 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ". En l'espèce l'obligation de quitter le territoire a été fondée par le préfet de la Moselle sur le 1° précité, M. A n'ayant pas pu, à la date de la décision, justifier d'une entrée régulière. L'intéressé ayant pu produire en l'instance une copie de son passeport revêtu d'un visa C Schengen, mentionnant une arrivée le 10 décembre 2021, le préfet demande en l'instance que la mesure d'éloignement puisse être également fondée sur le 2°. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu plus d'un an sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. La décision contestée aurait pu dès lors être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, également sur le fondement du 2°. L'intéressé ayant été mis à même de présenter des observations sur la demande du préfet d'appliquer le 2°, et celle-ci étant fondée, il y a lieu d'y faire droit et d'écarter le moyen tiré d'une erreur de droit.

4. M. A fait valoir que l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ce qui concerne l'irrégularité de son entrée en France et l'existence d'une résidence habituelle et effective. Toutefois le préfet a examiné la situation du requérant au regard des éléments de la situation personnelle du requérant que celui-ci a portés à sa connaissance, et des documents dont il disposait. Or il est constant que M. A, lorsqu'il a été interpellé venant d'Allemagne, ne justifiait ni de la possession d'un passeport, ni d'être entré régulièrement en France, ni de la résidence effective et permanente qu'il indiquait partager avec sa compagne, avec laquelle il s'est marié le 4 février 2023. C'est dès lors sans erreur de fait que le préfet a pu mentionner que l'intéressé était entré irrégulièrement en France et qu'il ne justifiait pas d'une résidence habituelle et effective. En tout état de cause l'erreur de fait alléguée est sans incidence sur le bien-fondé de l'obligation de quitter le territoire, qui n'a pas été prononcée sur le motif d'une absence de résidence habituelle et effective. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen attentif de la situation personnelle et familiale de M. A.

5. Aux termes de l'alinéa 2 de l'article 6 de la 'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :/ 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". M. A, qui est marié à une ressortissante française, entre dans la catégorie des ressortissants algériens qui peuvent bénéficier à ce titre d'un certificat de résidence. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations, qui ne lui sont pas applicables ne peut dès lors être qu'écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". M. A se prévaut de sa relation avec une ressortissante française, avec laquelle il s'est marié le 4 février 2023 à Avignon, et de sa parfaite intégration. Toutefois il n'est présent que depuis un peu plus d'un an en France, où il a vécu sciemment en situation irrégulière, en ne demandant pas de titre de séjour. Lorsque, comme en l'espèce, les autorités se trouvent mises devant le fait accompli, ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles que l'éloignement du membre de la famille qui est ressortissant d'un pays tiers peut être jugé incompatible avec les dispositions de l'article 8 (CEDH, 3 oct. 2014, aff. 12738/10, grande ch., Jeunesse c/ Pays-Bas, § 96). Le requérant ne justifiant pas de telles circonstances le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut être qu'écarté. Il en est de même du moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision privant M. A d'un délai de départ :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". M. A est dans la situation prévue par le 2° précité. Dès lors, même s'il peut se prévaloir d'une résidence habituelle et effective en France, la décision le privant de départ pouvait être prise sur le fondement du seul 2°.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. La décision du 24 janvier 2023 portant interdiction de retour d'une durée d'un an édictée à l'encontre de M. A est suffisamment motivée en droit et en fait. Elle précise les éléments de la situation du requérant au vu desquels elle a été édictée, dans son principe et dans sa durée, et notamment l'absence de justification de circonstances humanitaires particulières et l'absence de liens stables et intenses de M. A en France. Si ce dernier point n'a pas été confirmée par les éléments fournis ensuite par M. A, l'existence de tels liens ne peut être regardée comme des circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 précité, et cette mention erronée reste sans effet sur la légalité de la décision de principe de prendre une interdiction de retour.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A, majeur et célibataire, est entré en France fin 2021. Si le requérant se prévaut pour contester la durée de l'interdiction de retour, des attaches personnelles qu'il a en France, à savoir son épouse et sa sœur, de ne pas présenter de menace pour l'ordre public et d'être parfaitement intégré par le travail, il est constant qu'il y a vécu en situation irrégulière, sans présenter de demande de titre de séjour dans un but qui ne peut être, en l'absence de justification sur ce point du requérant, que de dissimuler sa présence à l'administration préfectorale, et que la situation matrimoniale dont il se prévaut est très récente. Il ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre, si le couple le souhaite, sa relation matrimoniale hors de France durant la période d'interdiction de retour. Ainsi le préfet de la Moselle n'a pas commis d'erreur d'appréciation ou pris une mesure disproportionnée en fixant à une année cette interdiction.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A ne peut être que rejetée, y compris ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2300710 de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Moselle et à Me Hubert. Copie en sera adressée à la préfète de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le magistrat désigné,

F. D

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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